Après le fond du Danube, le repos éternel pour des juifs victimes des nazis hongrois
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Après le fond du Danube, le repos éternel pour des juifs victimes des nazis hongrois

Quelque 200 personnes ont assisté dans un cimetière juif de la ville à la cérémonie également conçue comme un hommage "à tous ceux dont on n'a pas retrouvé les dépouilles"

Des manifestants allument des bougies à un rassemblement à Budapest pour protester contre un projet de loi visant à faire de la Hongrie une victime de l'Occupation (Crédit : Cnaan Liphshiz/JTA)
Des manifestants allument des bougies à un rassemblement à Budapest pour protester contre un projet de loi visant à faire de la Hongrie une victime de l'Occupation (Crédit : Cnaan Liphshiz/JTA)

Les dépouilles de juifs exécutés durant la Seconde Guerre mondiale à Budapest, qui ont reposé durant des décennies au fond du Danube, ont été inhumées vendredi mettant aussi un point final à une quête conflictuelle de leur identité.

Des travaux en 2011 sur la structure du pont Marguerite, qui enjambe le fleuve à Budapest, avaient mis au jour, coincés au pied d’un pilier, des os humains appartenant à plus de vingt personnes, dont des femmes et des enfants.

Tout converge pour les désigner comme victimes des exécutions de masse perpétrées sur les bords du fleuve par des membres du parti pro-nazi hongrois des Croix fléchées, au pouvoir entre octobre 1944 et mars 1945.

« Je m’en souviens comme si c’était hier », a confié à l’AFP, lors de la cérémonie, le rabin Peter Kardos, rescapé de ces exactions alors qu’il avait huit ans.

« Nous étions des centaines alignés près de la rivière quand a été ordonné aux enfants de s’éloigner. Ma mère nous a emmenés mon frère et moi », a-t-il ajouté, soulignant sa « chance qu’ils n’aient pas tué les enfants ce jour-là ».

Quelque 200 personnes ont assisté dans un cimetière juif de la ville à la cérémonie également conçue comme un hommage « à tous ceux dont on n’a pas retrouvé les dépouilles », a observé Andras Heisler, responsable de la plus importante organisation juive de Hongrie, Mazsihisz.

Le président de la fédération des communautés juives de Hongrie, Andras Heisler, lors de la conférence sur la vie juive et l'antisémitisme à l'institut Tom Lantos, en octobre 2013 (Crédit : capture d'écran Youtube/Tom Lantos Institute)
Le président de la fédération des communautés juives de Hongrie, Andras Heisler, lors de la conférence sur la vie juive et l’antisémitisme à l’institut Tom Lantos, en octobre 2013 (Crédit : capture d’écran Youtube/Tom Lantos Institute)

Dans un premier temps, faute de certitude sur l’identité des victimes et les causes des décès, les os sont restés entreposés plusieurs années.

Puis en août 2015, des tests ADN menés par un étudiant en anthropologie sur les dépouilles, dont certaines portaient des traces de balles, ont conclu, avec une quasi certitude, à l’origine juive ashkénaze de neuf de quinze des fragments examinés. Pour six autres, cette origine a été jugée possible.

La communauté juive a cependant bataillé plusieurs mois avec les autorités hongroises qui préféraient une cérémonie non confessionnelle. Elles n’excluaient pas la possibilité que les os proviennent de victimes des bombardements allemands sur le pont en 1944.

Un accord a finalement été trouvé. Les relations de la communauté juive avec le gouvernement de Viktor Orban ont depuis 2010 été jalonnées de polémiques où les dirigeants hongrois ont été accusées de minimiser le rôle de leur pays dans la Shoah qui a vu périr quelque 600.000 Juifs hongrois.

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