Après une décennie florissante, la Startup Nation rêve encore plus grand
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Après une décennie florissante, la Startup Nation rêve encore plus grand

Ces dix dernières années, les accords sont devenus plus importants, les créateurs de startups cherchant à faire grandir leur entreprise et à développer des technologies innovantes

Photo d'illustration de la fin de l'année et de la dernière décennie (Crédit : DaLiu iStock by Getty Images)
Photo d'illustration de la fin de l'année et de la dernière décennie (Crédit : DaLiu iStock by Getty Images)

Les dix dernières années ont vu prospérer ce qu’on appelle la « Startup Nation », qui attire l’attention d’un nombre croissant de multinationales – qui s’arrachent les entreprises et technologies israéliennes et établissent des centres locaux de recherche et développement dans le pays.

Les entrepreneurs de start-ups qui, dans le passé, désiraient vendre leurs firmes au plus offrant aussi rapidement que possible, restent dorénavant plus longtemps à la barre et lèvent davantage de financements auprès des sociétés de capital-risque ou de fonds d’investissement privés pour permettre à leurs compagnies de se développer.

Selon les données compilées par PwC Israel, l’État juif a connu 587 exits – définis comme offres publiques initiales de participation ou d’actions, ou fusion-acquisition des start-ups israéliennes – au cours des dix dernières années pour un montant total de 70 milliards de dollars. L’accord de la décennie a été l’acquisition par le géant technologique américain Intel Corp. de Mobileye, start-up spécialisée dans la conduite autonome et basée à Jérusalem, pour le montant spectaculaire de 15,3 milliards de dollars en 2017.

Également au cours de la dernière décennie, des entrepreneurs ont vendu leurs compagnies et sont revenus dans la sphère high-tech pour monter de nouvelles firmes – cette fois avec plus d’audace, de compétences et d’expérience, aidant ainsi à former une nouvelle génération de chefs d’entreprise spécialisés dans les technologies.

Saul Singer with a copy of "Start-Up Nation" (Photo credit: Nati Shohat/Flash90)
Saul Singer avec une copie de « Start-Up Nation » (Crédit: Nati Shohat/Flash90)

« La start-up nation est devenue plus forte, plus grande, plus profonde et s’est renforcée selon presque tous les critères – qu’il s’agisse du nombre de start-ups ou du montant de financement en capital-risque soulevé », expliquait Saul Singer lors d’un entretien téléphonique accordé au Times of Israel.

Saul Singer, en collaboration avec Dan Senor, a écrit le livre « Start-Up Nation » qui a donné son surnom à Israël et qui a défini, dans une grande mesure, la décennie qui a suivi sa publication en 2009.

Au cours des dix ans qui viennent de s’écouler, explique l’auteur, l’écosystème technologique du pays « a gagné en maturité. Nous avons plus d’entrepreneurs en série, plus de personnes qui ont lancé des firmes multiples, qui ont rencontré des échecs ou des succès et qui construisent aujourd’hui des compagnies ayant une meilleure chance de réussite ».

« Il y a également beaucoup d’entrepreneurs qui veulent faire quelque chose qui, selon eux, est significatif pour le monde – quelque chose qui, ils le pressentent, pourra changer les choses. Ils sont donc ambitieux non seulement en termes de réussite financière, mais également en termes d’impact sur le monde ».

Plus de 6 400 start-ups opèrent au sein de l’Etat juif aujourd’hui, selon Start-Up Nation Central, qui suit le secteur.

Photo d’illustration : Des développeurs de programme, start-ups et innovation (Crédit : scyther5; iStock by Getty Images)

Ces entrepreneurs nourrissent des rêves plus grands et se battent pour créer des firmes plus importantes. Alors que dans le passé, il fallait s’établir au sein de la Silicon Valley pour lever 50 millions de dollars auprès des investisseurs, les chefs d’entreprises parviennent aujourd’hui à obtenir des financements de plus en plus considérables en Israël auprès des sociétés de capital-risque étrangères et des multinationales constamment à la recherche d’opportunités. Et tandis que les accords s’élevaient auparavant à des milliers ou des millions de dollars, ceux d’aujourd’hui – ainsi que les évaluations des firmes – se chiffrent en milliards.

Selon une liste compilée par Techcrunch, au mois de décembre 2019, sur plus de 500 licornes existantes – ces firmes technologiques privées estimées à une valeur dépassant le milliard de dollars – 30 ont été fondées par des Israéliens.

En 2019, la valeur totale des exits a atteint un montant de 9,9 milliards de dollars avec 80 accords, conclus à une moyenne de 124 millions de dollars. Un chiffre à comparer avec 2010, où les exits avaient représenté 1,2 milliard de dollars avec 23 accords d’une moyenne de 51 millions de dollars, selon les données collectées par PwC Israel.

La décennie a été par ailleurs marquée par une année record en termes d’exits – 2014, avec des accords qui ont atteint 14,9 milliards de dollars. Est ensuite venue l’année 2015, qui a vu presque 11 milliards de dollars d’exits.

Sheryl Sandberg, la chef du Bureau des Opérations de Facebook, à gauche, et la responsable générale de Facebook en Israël, Adi Soffer Teeni inaugurent le nouvel espace du géant des réseaux sociaux appelé Playground pour les startups à Tel Aviv, le 14 août 2019. (Shoshanna Solomon/Times of Israël)

Des délégations de représentants d’entreprises et des responsables gouvernementaux étrangers se sont également rendus en Israël – des déplacements que le fondateur et directeur-général de la société de capital-risque OurCrowd, Jon Medved, a qualifié de sorte de « pèlerinage » en terre sainte pour y étudier l’écosystème technologique israélien et voir comment copier au mieux la formule.

D’autres entreprises étrangères s’installent localement. Environ 362 corporations multinationales sont installées en Israël – c’est Intel Corp. qui a occupé la première place de ce classement entre 2014 et 2019. Le géant américain a participé à 52 accords d’investissement de capital-risque dans le pays.

Il a également acquis cinq entreprises pour un total de 17,5 milliards de dollars entre 2014 et 2019, selon un rapport établi par le centre de recherche IVC, les cabinets juridiques GKH et les Industries israéliennes de technologie avancée (IATI), organisation-cadre des firmes technologiques qui opèrent en Israël. Google et Microsoft ont été également très actifs au cours des cinq dernières années, achetant 10 et huit firmes respectivement.

Les universités ne sont pas restées à la traîne – proposant des cours d’entrepreneuriat adaptés aux besoins spécifiques de la Start-Up Nation.

Maintenir les firmes en Israël

Au cours des dernières années, certaines start-ups israéliennes achetées par des multinationales ont eu tendance à maintenir leurs activités en tant qu’unité séparée travaillant de manière pratiquement indépendante pour préserver leur identité, leurs ressources et leur agilité – plutôt que d’être avalées et de disparaître au sein d’une plus grande corporation.

Le professeur Amnon Shashua, (à gauche), vice-président d’Intel et directeur général de Mobileye, arrive sur scène au CES sur le siège arrière d’une voiture autonome durant le discours inaugural historique donné par le directeur-général d’Intel, Brian Krzanich, (à droite). (Crédit : Walden Kirsch/Intel Corp)

Mobileye, par exemple, fabricant de technologies de conduite autonome acheté par Intel Corp. en 2017, a maintenu son identité au sein d’Intel – devenant le centre de développement de technologies de conduite assistée ou autonome de la multinationale.

De la même manière, le fabricant de puces Nvidia, qui a conclu un accord visant à acquérir Mellanox Technologies Ltd., dont le siège est à Yokneam, en Israël, pour la coquette somme de 6,9 milliards de dollars – un accord encore en attente de permis de régulation avant son ultime finalisation – a fait savoir que Mellanox conserverait son indépendance.

Pour sa part, Habana Labs, avalé par Intel pour un montant de deux milliards de dollars au mois de décembre, conservera également toute sa liberté d’action.

Illustration d’un prototype de steak produit dans un laboratoire d’Aleph Farms Ltd. à partir de cellules de vaches (Autorisation)

Et concernant l’avenir, l’expansion semble être appelée à continuer alors qu’Israël se positionne comme leader dans un certain nombre de domaines en développement : la cybersécurité alors que la menace posée par les pirates informatiques ne cesse de croître ; les véhicules à conduite assistée ou autonomes à une époque où le trafic routier et la pollution deviennent des défis déterminants ; les technologies de la santé – là où se rencontrent soins de santé et high-tech, permettant des traitements plus précis et mettant à disposition de meilleurs outils en termes de diagnostic et de suivi ; les technologies alimentaires à une période où le monde veut manger plus sain et disposer d’alternatives plus écologiques ; les technologies agricoles, de l’intelligence artificielle et de l’internet des objets – qui ont d’ores et déjà envahi tous les secteurs de notre vie quotidienne.

Les compétences israéliennes « sont très exactement adaptées » aux développements qui se produisent sur le terrain, estime Singer. L’intelligence artificielle est « ajoutée dans tout » et les mégadonnées, les algorithmes, l’apprentissage et la vision informatiques sont déjà essentiels en matière de technologies du futur. Les Israéliens sont « très bons à cela », assure-t-il.

Donc, et alors même que les autres nations établissent leurs propres environnements technologiques avec succès – notamment la Chine et le Royaume-Uni ainsi que des villes variées américaines – « Israël n’en sera pas pour autant moins important » dans ses avancées, dit Singer.

Et pourtant, il reste des défis à relever – le plus grand étant le manque d’employés qualifiés, ce qui pourrait ralentir le moteur technologique haletant de la nation. L’État juif souffre d’une pénurie d’environ 15 000 employés qualifiés par an, selon Start-Up Nation central.

Et ce manque entraîne une augmentation des salaires locaux et pousse les firmes à chercher des travailleurs à l’étranger, a révélé un rapport établi par Start-Up Nation Central et l’Autorité de l’innovation israélienne l’année dernière. La concurrence pour ces employés ne cesse de croître, avec les start-ups et les multinationales – Amazon, Google, Facebook et Microsoft – qui rivalisent pour s’attacher les services de ces perles rares locales.

De plus, seuls 8 % de la main d’œuvre israélienne travaille dans le secteur de la technologie et une grande partie de la population reste à l’écart de ce boom, avec des industries traditionnelles ayant recours à des processus de fabrication aujourd’hui dépassés.

Chapeaux sur un mur, à Ampersand, l’espace de travail partagé mis en place par KamaTech, le 4 juillet 2019. (Shoshanna Solomon/Times of Israel)

Pour s’attaquer à cette pénurie de talents, la nation tente de sensibiliser des catégories de la population restées en marge de l’aubaine technologique – les ultra-orthodoxes, les populations arabes et les femmes.

Singer propose une solution : transformer Israël en « aimant » pour les talents étrangers en facilitant l’emploi de travailleurs venus des autres pays dans les start-ups locales.

« Nous devons devenir davantage comme la Silicon Valley, Londres et New York – ces endroits sont très internationaux », note-t-il.

« Entrez dans une start-up là-bas et vous y verrez des gens venus du monde entier. Ici, vous ne verrez que des Israéliens – et ils sont souvent issus de la même unité de l’armée. Ce que nous devons réaliser, c’est que nous pouvons devenir un aimant pour les talents. Pour des gens qui adoreraient venir ici, rejoindre des start-ups israéliennes et construire leurs propres firmes dans le pays », poursuit-il.

La startup israélienne AnyVision utilise l’intelligence artificielle pour reconnaître des visages, des corps et des objets à des fins de sécurité et autres. (Capture d’écran YouTube)

Le côté obscur de la technologie

Alors que les firmes technologiques mondiales sont touchées par l’indignation du public qui déplore l’invasion de la vie privée des citoyens, les firmes israéliennes n’ont pas été épargnées.

Des start-ups comme AnyVision ou le NSO Group ont été placées sous le feu des projecteurs et critiquées pour l’usage de leurs produits par des gouvernements autoritaires à des fins contrevenant aux droits humains – mettant en exergue le fait que la technologie, avec tous ses bénéfices, peut également avoir un côté obscur.

Ce qui a amené les militants des droits humains et les défenseurs de la démocratie à réclamer des régulations permettant de superviser les exportations et les utilisations des technologies de surveillance, ainsi que de contrôler les personnes en mesure de violer le droit à la vie privée des individus.

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