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Au Festival annuel de Metulla, la poésie compte encore

Cette 25e édition du festival permettra de découvrir de nouvelles voix, les nouveaux sujets et les nouveaux accents de la poésie israélienne

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Le festival annuel de poésie de Metulla aura lieu, cette année, du 8 au 10 septembre 2022. (Autorisation :  Nir Shaanani)
Le festival annuel de poésie de Metulla aura lieu, cette année, du 8 au 10 septembre 2022. (Autorisation : Nir Shaanani)

La première édition du festival de poésie de Metulla avait eu lieu il y a vingt-cinq ans, rassemblant des poètes et leur public dans la ville la plus au nord d’Israël pour des lectures et pour des débats avec certaines des voix les plus connues de ce genre littéraire.

Et peu de choses ont finalement changé dans ce festival au cours de ce dernier quart de siècle, avec un public qui apprécie finalement que les choses restent telles qu’elles sont.

« C’est un public vétéran, on ne peut pas le changer », s’exclame Benny Ziffer, l’un des deux directeurs artistiques. « Ces amateurs de poésie sont originaires du nord, ce sont des kibbutznikim. »

Et ce n’est pas que Ziffer et Shiri Le-Ari, sa co-directrice artistique, n’ont pas essayé.

Lorsqu’il avait été nommé pour la toute première fois à la direction du festival, Ziffer, qui est aujourd’hui âgé de 69 ans, avait récemment fait une volte-face politique spectaculaire, déclarant son soutien et son allégeance à Benjamin Netanyahu, du Likud.

« Beaucoup de gens étaient en colère », se rappelle Ziffer. « Je suis arrivé en faisant beaucoup de bruit. Et je voulais qu’il y ait des actions réelles ».

Benny Ziffer, directeur artistique du festival annuel de poésie de Metulla, qui aura lieu du 8 au 10 septembre 2022. (Autorisation)

En fait, une longue liste de poètes avait appelé à ce que Ziffer soit démis de ses fonctions de directeur artistique du festival.

Mais il était resté et avec le temps, il s’est – un peu – assagi aux côtés de Lev-Ari, critique littéraire et animatrice radio qui a rejoint le festival il y a deux ans, élargissant sa portée et permettant l’entrée apaisée de nouvelles voix et de nouvelles idées.

« C’est un événement qu’il fallait étendre de manière à ce qu’il soit plus universel et qu’il représente tout le monde, les hommes, les femmes, les ashkénazes, les mizrahis, les arabes, les Juifs », note Ziffer.

Le programme du festival, qui dure trois jours – et qui est géré par la Confederation House de Jérusalem, productrice de l’événement – comprend dorénavant des poètes vétérans ou plus jeunes, et il porte une plus grande attention au féminisme, aux problématiques LGBTQ+, offrant une voix aux Arabes, à la poésie mizrahie et – ce qui est un défi face à ce public plutôt laïc – à la poésie religieuse.

Les premiers poètes du pays avaient établi une certaine norme – et l’événement d’ouverture du festival sera, cette année, consacrée à l’œuvre d’Avraham Shlonsky, une personnalité qui avait eu de l’influence dans le développement de la littérature moderne en hébreu. Il sera présenté par Ziffer et Lev-Ari.

Meir Weiseltier, poète vétéran lui aussi, lira ses nouvelles œuvres et évoquera ses traductions ; Erez Biton célèbrera son soixante-dixième anniversaire et Nurit Zarchi présentera un événement consacré à tous les poètes qui sont morts cette année, parmi lesquels A.B. Yehoshua, Amnon Shamosh et Yotam Reuveni. Weiseltier, Biton et Zarchi ont tous été des lauréats du Prix d’Israël dans la catégorie de la poésie.

Shir Lev-Ari, co-directrice artistique du festival annuel de poésie de Metulla qui aura lieu du 8 au 10 septembre 2022. (Autorisation : Tomer Appelbaum)

Mais des voix plus jeunes sont aussi nécessaires – et c’est la raison pour laquelle Lev-Ari, 48 ans, a rejoint Ziffer au poste de co-directrice artistique il y a deux ans. « On voulait alors faire venir de nouveaux poètes, plus jeunes, dont les œuvres sont pertinentes, drôles et répondent à ce qui se passe aujourd’hui », commente Lev-Ari.

Elle a fait des recherches dans les cercles de justice sociale et dans les cercles politiques – souvent sur les réseaux sociaux, un peu à la manière de ce qui se passait dans les cafés littéraires d’autrefois. Des auteurs qui, parfois, se contentent d’écrire leur pensée sur Facebook avant de travailler sur leurs idées et d’en faire un livre.

Dans ces cercles, la réalisatrice de film Odeya Rosenak, la psychologue Yael Statman et le professeur de mathématiques Amos Noy, qui feront tous leur apparition au festival, cette année. Il y aura aussi la voix « russe » de Rita Kogan, celle de l’architecte Tamir Greenberg et Aida Nasralla, poétesse arabe originaire d’Umm al Fahm.

L’influence de ces jeunes dans le festival s’élargit aussi en débordant sur les sujets qui y sont abordés, ajoute Ziffer. La poésie consacrée à la nature, par exemple, ne peut plus se contenter d’être une appréciation de la faune ou de la flore : il faut aussi qu’elle évoque le climat et les objectifs environnementaux.

Nurit Zarchi, nominée au prix d’Israël, lors de la cérémonie de remise des prix à Jérusalem, le 11 avril 2021. (Autorisation : Olivier Fitoussi/Flash90)

« Tout devient très idéologique. Les poètes doivent dire quelque chose, ils doivent avoir un agenda », déclare Ziffer. « Sans idéaux, une œuvre de poésie est d’emblée considérée comme passée de mode. »

Et c’est ainsi que le festival accueille dorénavant des poètes féministes et des « éco-poètes », des poètes traitant des questions sociales et certains présentant un ordre du jour religieux, qui est souvent lié à des sources bibliques.

Les participants cherchent à vivre une expérience en venant à l’événement, explique Ziffer.

« Rester chez soi et lire un livre, ou lire ces mêmes poèmes qui sont lus sur scène par leur auteur, ce n’est pas la même chose », dit-il. « Il y a cette énergie amenée par le poète, cette chose qu’il ou elle veut transmettre. Il y a une passion – ça peut être un cri, une expression de colère mais c’est bon, quoi qu’il arrive… Je ne veux pas que le public s’ennuie ».

Lev-Ari fait également venir des poètes féministes, comme Navit Barel et Sarai Shavit, deux personnalités actives dans les cercles littéraires, qui parleront spécifiquement de ce qu’est la perte de ses parents pour un enfant et du deuil.

Il y a même des spectacles de création parlée dorénavant au festival – une introduction qui a eu lieu dans le cadre d’une définition de la poésie qui s’est élargie au 21e siècle.

« C’est vrai que la création parlée en tant que poésie est difficile d’accès pour les plus anciennes générations qui considèrent que les deux concepts ne peuvent pas se mélanger », commente Lev-Ari qui inclut dans le registre de la poésie les paroles du rappeur israélien Tuna ou de Shanaan Streett de Hadag Nahash.

Noam Partom, virtuose de la création parlée, fera une apparition lors du festival de poésie de Metulla, du 8 au 10 septembre 2022. (Autorisation : YouTube Noam)

Efrat Mishori, considérée comme une grande dame de la création parlée en Israël, et Noam Parton, dont la force réside dans la manière dont elle relie ses mots écrits sur scène, figurent ainsi au programme du festival.

« C’est une virtuose », s’exclame Lev-Ari.

Ziffer, dans le passé, avait essayé d’attirer un public plus jeune à Metulla, proposant des spectacles de création parlée et attirant en cela des élèves du Collège Tel Hai, à proximité – « mais cela n’a pas fonctionné, pas vraiment », regrette-t-il.

Et des poètes comme Mishori et Sigalit Banai offrent « des créations orales profondes et nous pouvons les proposer comme poésies au public », ajoute-t-il.

Les grands poètes du passé ne sont pas oubliés, note Lev-Ari, qui évoque le spectacle d’ouverture qui sera l’occasion de rendre hommage, en présence de jeunes poètes, à l’une des toutes premières poétesses d’Israël, Leah Goldberg.

« La poésie est dotée d’un passé, d’un présent et d’un avenir », ajoute-t-elle. « Elle est différente des autres genres littéraires comme le roman, qui a pu aujourd’hui migrer vers Netflix, parce qu’il a un caractère d’immédiateté, beaucoup d’énergie. Elle a aussi un avenir en raison de sa capacité à répondre rapidement aux sentiments et aux émotions ».

Et la poésie, poursuit Lev-Ari, peut inclure de nombreuses voix.

Le 25e Festival israélien de la poésie aura lieu du 8 au 10 septembre à Metulla. Tous les événements y sont gratuits et sur pré-inscription.

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