Au procès de l’Hyper Cacher, la « terreur » toujours tangible d’anciens otages
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Au procès de l’Hyper Cacher, la « terreur » toujours tangible d’anciens otages

D'autres anciens otages n'ont pas eu "la force de venir témoigner"

Hommage aux victimes de la prise d'otages de l'HyperCacher de Vincennes, le 9 janvier 2019. (Crédit : FRANCOIS GUILLOT / AFP)
Hommage aux victimes de la prise d'otages de l'HyperCacher de Vincennes, le 9 janvier 2019. (Crédit : FRANCOIS GUILLOT / AFP)

Cachés dans la chambre froide de l’Hyper Cacher, ils ont passé quatre « interminables » heures à « attendre la mort » : plusieurs ex-otages d’Amédy Coulibaly ont raconté mercredi aux assises de Paris leur « terreur totale » et leur incapacité à reprendre une vie normale depuis les attentats de 2015.

« J’étais dans le fond du magasin quand j’ai entendu une détonation (…) J’ai vu des gens courir et j’ai suivi le mouvement ». Débit ultra-rapide à la barre, Noémie, infirmière de 32 ans, revient sur ce vendredi 9 janvier 2015.

Il est 13H05 quand Amédy Coulibaly surgit, surarmé, dans le magasin de la Porte de Vincennes, et tire sur un employé de 20 ans, Yohan Cohen, qu’il laissera agoniser.

Pris de panique, des clients se précipitent vers le sous-sol en dévalant l’escalier en colimaçon. « On a cherché une issue de secours, mais il n’y en avait pas. On s’est réparti dans deux chambres froides », poursuit Noémie.

Les quatre victimes de l’Hyper Cacher, de gauche à droite : Yoav Hattab, Yohan Cohen, Francois-Michel Saada, Philippe Braham. (Crédit : autorisation)

Amédy Coulibaly, qui vient d’abattre deux clients, Philippe Braham et Michel Saada, ordonne à une caissière du magasin d’aller chercher ceux qui se sont réfugiés en bas. Une première fois, puis une seconde.

Certains otages finissent par accepter de remonter, dont un père et son enfant de deux ans. Etudiant de 21 ans, Yoav Hattab voit l’une des armes du jihadiste sur un sac de farine, s’en empare mais il est aussitôt tué.

Jean-Luc, qui a fait face au « terroriste, d’une froideur et d’un calme » absolus, décide, lui, d’aller « à l’encontre des ordres » et de « rester » en bas. « Je me dis ‘s’il doit me tuer, il faut mieux qu’il vienne à moi que je vienne à lui' », raconte-t-il.

Dans la chambre froide, avec six autres otages, « trois femmes, un autre homme et un bébé », Jean-Luc « attend (sa) mort », la tête touchant le plafond quand il se met debout, « les pieds dans l’eau » quand les surgelés se mettent à décongeler.

« Combat constant »

Pendant les quatre heures de la prise d’otages, « il faut s’occuper du bébé. On essaie de lui sourire, de montrer que tout va bien. Mais il ne faut pas qu’il pleure. Le plus important, c’est qu’il ne pleure pas (…) On avait peur qu’il (Coulibaly) nous entende et qu’il descende », lâche Noémie.

« On était caché, mais on n’était pas à l’abri », renchérit Jean-Luc, 57 ans.

L’attente, « interminable », prend fin vers 17H00. Les forces d’intervention préviennent les otages par téléphone qu’ils s’apprêtent à donner l’assaut.

« Ils nous disent ‘ça va pas tarder’, puis ‘mettez-vous à genoux, ça va se faire’. La porte est tombée, on a vu des voyants rouges partout, ils nous ont fait sortir », relate Jean-Luc.

Quand ils remontent dans le magasin, c’est « une scène de guerre », avec « du sang partout » et « une odeur de brûlé mélangée à de la poudre ».

Des images qui « reviennent constamment » à l’esprit de Jean-Luc. Le 11 janvier 2015, quand des chefs d’Etat et de gouvernement du monde entier participent avec des millions de Français à une marche républicaine en hommage aux 17 victimes des attentats, l’ex-otage reste « seul » chez lui. De même pendant les mois suivants.

La maire de Paris Anne Hidalgo, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le président malien Ibrahim Boubacar Keita, le président français François Hollande, la chancelière allemande Angela Merkel, le président de l’Union européenne Donald Tusk, le président palestinien Mahmoud Abbas, la reine de Jordanie Rania, le roi de Jordanie Abdullah II, la présidente suisse Simonetta Sommaruga, le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu et le président ukrainien Petro Porochenko (Crédit ERIC FEFERBERG/AFP)

« Personne ne vous comprend, donc on s’isole, on se referme », explique le quinquagénaire, dont la vie se résume à « un combat constant entre l’ancien et le nouveau Jean-Luc ».

Infirmière par « vocation » dans un service hospitalier de réanimation, Noémie n’a jamais réussi à reprendre le chemin de son travail, « la vue du sang » l’horrifiait.

« Cible d’un attentat antisémite », la jeune femme, qui souffre d’un syndrome de stress post-traumatique, ne sort plus « dans des lieux associés à la communauté juive » et ne prend plus les transports en commun.

D’autres anciens otages de l’Hyper Cacher n’ont pas eu « la force de venir témoigner », soulignent leurs avocats.

Après trois semaines consacrées à l’audition des survivants des attentats contre Charlie Hebdo, la policière de Montrouge et l’Hyper Cacher, et aux proches des victimes, la cour d’assises spéciale doit se pencher à partir de jeudi sur les faits reprochés aux auteurs des attentats et aux 14 accusés, poursuivis pour leur soutien logistique présumé.

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