Israël en guerre - Jour 283

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Aujourd’hui fermé, le Sapir College, près de Sderot, se tourne vers l’avenir

L'institution est fermée sine die et les communautés environnantes ont été évacuées, mais le retour relève d'"une mission sioniste nationale", estime le directeur de l'université

Le bâtiment principal du Sapir Academic College arbore le drapeau israélien. (Avec l'aimable autorisation de l'auteur)
Le bâtiment principal du Sapir Academic College arbore le drapeau israélien. (Avec l'aimable autorisation de l'auteur)

Le campus du Sapir Academic College, situé au sud de la ville de Sderot, a été épargné par les scènes de mort et de désolation semées par les terroristes du Hamas qui ont perpétré les massacres du 7 octobre dernier, dans le Neguev occidental. L’établissement était fermé et vide en ce sinistre samedi.

Mais en sa qualité d’unique institution universitaire proche de Gaza, Sapir est plus durement touchée que d’autres en Israël, qui, bien que la rentrée d’automne ait été reportée au 3 décembre au moins, restent ouvertes et leurs communautés, intactes.

Le Sapir Academic College est fermé pour une durée indéterminée et les communautés environnantes ont été évacuées.

« Nous n’avons aucune idée de la façon dont nous allons revenir, ni même si nous allons un jour revenir », confie Shahar Talmon, 25 ans, étudiante en troisième année de droit à Sapir, en parlant à la fois de ses études et de sa vie à cet endroit.

Talmon vivait avec son partenaire dans le kibboutz Or Haner, à quelques kilomètres de Gaza, communauté qui n’a pas subi les destructions qui ont endeuillé les kibboutzim voisins. Mais après avoir passé deux jours dans une pièce sécurisée pendant l’assaut, elle a été évacuée par l’armée israélienne, en charge de sécuriser la zone.

« Nous avons mis deux ou trois choses dans un sac et nous sommes partis, sans nous retourner », dit-elle. Le couple est actuellement hébergé chez ses parents, mais la plupart des habitants du kibboutz ont été relogés dans un hôtel près du lac de Tibériade, explique-t-elle au Times of Israel.

« C’est tout petit ici, tout le monde connaît tout le monde. Les kibboutzim ne sont qu’à quelques minutes de route. Je suis en contact avec des amis et d’autres personnes de Sapir. Il y avait tellement d’étudiants qui vivaient près de Gaza. Certains d’entre eux ont vécu des choses horribles ».

« Avant toute cette histoire, je m’intéressais à mes notes et à ma progression… mais aujourd’hui, j’ai des amis sur le front et ma maison se trouve dans une zone militaire d’exclusion », ajoute Talmon.

La police près des villes d’Or haNer et de Sderot, le 7 octobre 2023. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Le doyen du Sapir Academic College, le professeur Nir Kedar, confie au Times of Israël qu’ « au moins 10 membres de notre communauté ont été tués. Pas moins de 250 membres de notre personnel vivent dans le secteur, sans parler des centaines d’étudiants. La plupart d’entre eux étaient à la maison en ce jour de Shabbat : ce sont eux qui ont vécu ce grand traumatisme.

« Aujourd’hui, nous sommes confrontés à une grande difficulté : le personnel et le corps professoral sont dispersés dans tout le pays.

« Certains sont partis sans rien – ils n’ont fui qu’en sous-vêtements », ajoute Kedar. « Nous avons décidé de certaines choses qui devaient se passer, par exemple, le paiement des salaires, les paiements aux fournisseurs, les contacts avec les étudiants… Nous faisons le maximum, mais c’est très difficile et les gens sont traumatisés. »

Ofir Libstein, le chef du Conseil régional de Shaar Hanegev tué lors d’un échange de tirs avec des hommes armés du Hamas lors de l’assaut initial, était membre du conseil d’administration de Sapir, souligne Kedar.

L’établissement a mis en place un fonds humanitaire d’urgence afin d’aider les professeurs, personnels, étudiants et autres membres de la communauté à répondre à leurs besoins de base et prendre en charge les traumatismes.

Le 7 octobre, des milliers d’hommes armés du Hamas ont franchi le périmètre de sécurité d’Israël autour de la bande de Gaza, lors d’un assaut bien planifié tôt le matin, qui a pris les forces de sécurité israéliennes au dépourvu. Les terroristes du Hamas ont commis des atrocités dans les communautés proches de la barrière, traversé Sderot et d’autres villes en tirant depuis leur véhicule et enfin massacré des centaines de personnes lors d’une rave en plein air. Tout cela tandis que le Hamas tirait des milliers de roquettes sur le territoire israélien pour faire diversion.

Il a fallu toute la journée aux forces de sécurité israéliennes – et parfois même plus, car certains hommes armés s’étaient cachés – pour repousser le Hamas et rétablir un semblant d’ordre dans la région. Au final, quelque 1 400 Israéliens ont perdu la vie, la plus grande perte de vies juives en une seule journée depuis la Shoah, et plus de 240 personnes ont été prises en otage, ce qui a débouché sur la crise actuelle.

Israël a déclaré la guerre au Hamas le lendemain et depuis lors, le pays est en guerre. Quelque 350 000 citoyens ont été rappelés au titre de la réserve de Tsahal et plus de 200 000 ont été évacués des zones autour de Gaza et le long de la frontière libanaise.

Le Sapir Academic College, qui espère faire la rentrée universitaire en même temps que les autres établissements d’enseignement supérieur, délivre des diplômes de licence et de maîtrise dans divers domaines et compte plus de 8 000 étudiants, la majorité issus des communautés du sud d’Israël. Nombre de ses étudiants sont des citoyens arabes israéliens.

Selon Kedar, c’est aussi le plus grand employeur de la région, désireux de s’intégrer au mieux au sein de la communauté locale, notamment comme moteur d’ « ascension sociale », et de ne pas rester dans sa « tour d’ivoire universitaire ».

Le doyen du Sapir Academic College, le Professeur Nir Kedar (Avec l’aimable autorisation de l’auteur)

Kedar regarde désormais au-delà de la simple réouverture de son établissement. Il voudrait que Sapir fasse partie intégrante du projet de revitalisation de cette zone proche de Gaza.

« Tourner la page, revenir à la vie… C’est une mission sioniste nationale pour toute la nation juive. Nous devons reconstruire la région. L’État ne peut pas laisser un désert autour de Gaza, peu importe qui s’y trouve », estime Kedar.

Même si certains déplacés assurent qu’ils ne reviendront pas, Kedar s’est dit « ému » de recevoir, depuis le 7 octobre, des demandes d’inscription de la part de futurs étudiants et des propositions de bénévoles désireux de venir dans le sud pour offrir leur aide.

Ils sont nombreux, dans la région, à se plaindre depuis des années de la négligence du gouvernement et de son incapacité à stopper les tirs de roquettes depuis Gaza comme à prendre en charge les conséquences psychologiques qu’ils peuvent avoir. Aujourd’hui, souligne Kedar, certains craignent que le gouvernement ne soit pas en mesure de mettre les fonds nécessaires pour redonner vie au pourtour de Gaza.

Le gouvernement devra « mettre beaucoup d’argent sur la table » pour reconstruire, dit-il. « J’espère qu’ils n’attendront pas, il faudra des années. »

En plus de convaincre les jeunes de venir étudier et s’installer dans la région, « je crois qu’il faut proposer autre chose, un autre type d’apprentissage », dit Kedar, décrivant un possible programme mêlant apprentissage théorique et pratique, lié à différents aspects de la reconstruction des communautés environnantes.

« Nous voulons qu’à l’avenir, chaque étudiant de Sapir, peu importe ce qu’il étudie – travail social, économie ou cinéma -, se focalise sur un des problèmes de la région, étudie pendant un an et aille ensuite aider sur le terrain. »

C’est « une idée merveilleuse », dit Talmon, l’étudiante en droit. Elle pense que les jeunes étudiants « veulent absolument revenir, terminer ce qui a été commencé. Les élèves de Sapir se sentent ici chez eux… Ils seront les premiers à aider. »

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