Avec une sécurité sans précédent, la capitale se prépare pour la Gay Pride
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Avec une sécurité sans précédent, la capitale se prépare pour la Gay Pride

2 000 policiers devraient surveiller la parade dans le centre de Jérusalem, un an après une attaque au couteau mortelle

Participants à la Gay Pride annuelle de Jérusalem, le 30 juillet 2015. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Participants à la Gay Pride annuelle de Jérusalem, le 30 juillet 2015. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Des milliers de personnes sont attendues jeudi après-midi dans le centre de Jérusalem pour défiler sous la bannière de la fierté LGBT, mais également sous l’œil attentif de 2 000 policiers qui seront présents pour sécuriser la manifestation très tendue, un an après les violences mortelles qui s’y sont produites.

La police classique, des gardes-frontières et des policiers en civils seront présents pour maintenir l’ordre pendant la 15e Gay Pride de la ville, qui est dédiée à la mémoire de Shira Banki, cette jeune fille de 16 ans qui avait été assassinée par un extrémiste religieux homophobe, Yissai Schlissel, pendant la parade de l’année dernière.

Six autres participants avaient été blessés pendant l’attaque au couteau.

Les parents de Banki ont appelé le public à assister à la manifestation pour une démonstration de force contre la violence qui a tué leur fille.

Installation de barricades près d'un mémorial où l'endroit où Shira Banki a été assassinée pendant la Gay Pride de Jérusalem de 2015, le 21 juilet 2016. (Crédit : Joshua Davidovich/Times of Israel)
Installation de barricades près d’un mémorial où l’endroit où Shira Banki a été assassinée pendant la Gay Pride de Jérusalem de 2015, le 21 juilet 2016. (Crédit : Joshua Davidovich/Times of Israel)

Les craintes sécuritaires ont été mises en évidence mercredi quand la police a arrêté Michael Schlissel après des renseignements indiquant qu’il prévoyait de faire suivre l’attaque de son frère par la sienne.

Michael Schlissel a nié ces accusations.

Sa mère et quatre autres frères ont également été brièvement détenus, puis été interdits de la ville jusqu’à vendredi.

Une deuxième personne a été arrêtée jeudi matin pour des suspicions de prévision d’attaque contre les participants de la Gay Pride. Le suspect, qui n’a pas été identifié, sera présenté à la cour des magistrats de Jérusalem pour une audience de détention jeudi après-midi, a annoncé la police.

Graffitis pro-gays sur le chemin qui sera emprunté par la 15e Gay Pride de Jérusalem, le 20 juillet 2016. (Crédit : police de Jérusalem)
Graffitis pro-gays sur le chemin qui sera emprunté par la 15e Gay Pride de Jérusalem, le 20 juillet 2016. (Crédit : police de Jérusalem)

La police a également arrêté mercredi soir quatre femmes d’une trentaine d’années pour avoir tagguer des graffitis de soutien à la manifestation le long de la route de la parade. Les femmes ont avoué et ont pu rentrer chez elles.

« La Gay Pride aura lieu cette année comme d’habitude, et quiconque tentant de perturber la marche sera traité fermement », a déclaré Yoram Halevi, commandant de la police du district de Jérusalem.

La marche se déroulera dans un contexte de controverses sur des déclarations homophobes de figures religieuses importantes liées à l’armée israélienne. Dans un entretien publié mercredi, Nir Barkat, maire de Jérusalem, a déclaré qu’il ne participerait pas à la parade par respect pour la communauté religieuse de la ville, dont il a dit qu’elle était offensée par la Gay Pride, s’attirant des condamnations de politiciens et d’autres.

Sous un ciel chaud et ensoleillé, avec une maximale attendue à 31° pendant l’après-midi, la marche devrait rassembler environ 5 000 participants.

Des Israéliens manifestent devant la Knesset pendant la Gay Pride annuelle à Jérusalem, le 29 juillet 2010. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Des Israéliens manifestent devant la Knesset pendant la Gay Pride annuelle à Jérusalem, le 29 juillet 2010. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Les participants de rassembleront au Gan HaPaamon à partir de 16h15. A 17h45, le défilé commencera, empruntant les rues Keren Hayesod, roi George, Meir Shaham, rabbin Akiva, Menashe Ben Israël, et se terminera au Gan HaAtsmaout.

Les organisateurs ont demandé aux participants d’apporter des fleurs qu’ils pourront déposer rue Keren Hayesod, là où Shira Banki a été tuée l’année dernière.

L’évènement de conclusion, prévu à 19h45, aura lieu au Gan HaAtsmaout.

La parade va probablement compliquer le trafic en centre ville pour plusieurs heures. Plusieurs des artères principales du centre de la capitale seront fermées à partir de 14h30, dont les rues Keren Hayesod, roi George et Hillel. Plusieurs des rues menant au chemin emprunté par le défilé seront également fermées à cette heure-là, dont Agron et la section sud de Keren Hayesod.

Craintes sécuritaires

Les responsables de la sécurité avaient été critiqués en 2015 pour ne pas avoir réussi à maintenir Schlissel à l’écart de la parade, alors qu’il venait d’être libéré de prison pour une attaque similaire mais non mortelle en 2005. Il avait alors poignardé trois personnes.

Shira Banki, 16 ans, poignardée à mort le 30 juillet 2015 pendant la Gay Pride de Jérusalem. (Crédit : Facebook)
Shira Banki, 16 ans, poignardée à mort le 30 juillet 2015 pendant la Gay Pride de Jérusalem. (Crédit : Facebook)

En réponse, la police a déployé des mesures sans précédent pour la marche de cette année. Les participants ne pourront pas rejoindre la parade en chemin, ont annoncé les organisateurs, mais seulement au point de départ du Gan HaPaamon et de la place de Paris, où la police fera des contrôles de sécurité sur chaque participant.

Aucune arme à feu ne sera autorisée pendant la parade, a décaré la police.

Une manifestation contre la marche de l’organisation ultra-nationaliste Lehava aura lieu à une certaine distance de la Gay Pride, avec un cordon policier.

Plusieurs militants anti-homosexuels connus ont reçu des avertissements de la police mercredi pour qu’ils restent éloignés de la marche, ou ont été interdits d’être dans la ville pour la journée.

Des membres de la communauté LGBT entourés de centaines de policiers israéliens manifestent tourte de Jaffa, à Jérusalem, le 14 août 2015, après l'attaque au couteau mortelle pendant la Gay Pride annuelle de la ville le 30 juillet 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90).
Des membres de la communauté LGBT entourés de centaines de policiers israéliens manifestent tourte de Jaffa, à Jérusalem, le 14 août 2015, après l’attaque au couteau mortelle pendant la Gay Pride annuelle de la ville le 30 juillet 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90).

L’Association pour les droits civiques a condamné les actions de la police et les interdictions placées contre la famille de Schlissel.

« Interdire à la famille Schlissel d’être à Jérusalem, passer des appels d’avertissements et exclure des militants qui s’opposent à la Gay Pride est une violation des droits de l’Homme et un abus d’autorité policière », a déclaré le groupe sur Twitter.

Michael Schlissel, le frère de Yishai Schlissel, après son audience devant la Cour des magistrats de Jérusalem, le 20 juillet 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Michael Schlissel, le frère de Yishai Schlissel, après son audience devant la Cour des magistrats de Jérusalem, le 20 juillet 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Cependant, le père de Schlissel semblait soutenir cette mesure.

« Je fais confiance à la police pour faire tout ce qui doit être fait, a-t-il déclaré au site d’informations Walla, j’avais espéré que s’ils en avaient fait plus l’année dernière, alors peut-être que toute l’affaire aurait pu être évitée. »

Sentiments blessés

La marche a été au centre de deux controverses publiques cette semaine.

Le maire de Jérusalem, soutien de longue date de la Maison ouverte de la capitale, un centre communautaire gay, a annoncé dans un entretien publié mercredi qu’il ne participerait pas à la marche pour ne pas offenser les communautés religieuses de Jérusalem.

« C’est leur droit de manifester. La ville de Jérusalem, moi-même et la police feront tout ce qui est possible pour leur permettre de jouir de ce droit. Mais ils doivent savoir que cela offense d’autres personnes. La tolérance signifie non seulement de permettre aux gens de manifester, mais aussi de trouver un moyen pour eux de le faire sans blesser les sensibilités ou les sentiments des autres », a déclaré Barkat.

Nir Barkat, le maire de Jérusalem, à droite, et les parents de Shira Banki, qui a été assassinée pendant la Gay Pride 2015 de Jérusalem, pendant une cérémonie mémorielle à Jérusalem, le 19 juillet 2016. (Crédit : Noam Feiner/Yerushalmim)
Nir Barkat, le maire de Jérusalem, à droite, et les parents de Shira Banki, qui a été assassinée pendant la Gay Pride 2015 de Jérusalem, pendant une cérémonie mémorielle à Jérusalem, le 19 juillet 2016. (Crédit : Noam Feiner/Yerushalmim)

Il a ajouté que « Jérusalem a une large population qui a du mal avec la parade. En tant que maire, je représente tout le monde. La communauté LGBT doit être prise en considération, tout comme la communauté LGBT doit prendre en considération le public haredi et religieux. »

Cette décision lui a valu l’opprobre de nombre de politiciens, dont la députée Merav Michaeli (Union sioniste) qui a accusé Barkat de préférer l’assassin de Banki à l’ado assassinée.

Barkat a répondu aux critiques en soulignant le soutien de la ville à la Maison ouverte et d’autres activités LGBT, et déclaré qu’il déposerait jeudi une couronne de fleurs à l’endroit où Banki a été assassinée.

La controverse est également venue d’un autre scandale, impliquant le rabbin Yigal Levinstein, directeur d’une célèbre académie prémilitaire, qui a déclaré que les homosexuels étaient des « déviants » pendant une conférence avec des éducateurs la semaine dernière.

Ses remarques ont été condamnées par beaucoup, d’anciens étudiants au Premier ministre, et Barkat a rejoint le chœur, déclarant qu’elles étaient « inutiles » et « nuisaient à une grande communauté ».

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