Avi Gabbay devant les lecteurs du Times of Israel à Tel Aviv
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Avi Gabbay devant les lecteurs du Times of Israel à Tel Aviv

Déclarant à l'assistance anglophone que la pire erreur de Netanyahu a été de faire d'Israël une question partisane aux Etats-Unis, il a indiqué rejeter le plan de paix américain

Le chef du parti du Labour Avi Gabbay lors d'un événement parrainé en partie par le Times of Israel, le 31 mars 2019 (Crédit :  Melanie Lidman/Times of Israel)
Le chef du parti du Labour Avi Gabbay lors d'un événement parrainé en partie par le Times of Israel, le 31 mars 2019 (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)

Le dirigeant du Parti travailliste Avi Gabbay a rejeté, dimanche, le futur plan de paix du président américain Donald Trump, estimant devant des centaines d’anglophones à Tel Aviv « je ne crois pas que des avocats en Amérique soient en mesure de réaliser la paix entre nous et les Palestiniens ».

« C’est nous qui devons créer les conditions de cette paix en parlant en tête à tête avec eux », a ajouté Gabbay lors de cet événement parrainé par le Times of Israel, le salon international de Tel Aviv et la fondation Konrad Adenauer Siftung.

« Les Américains sont formidables, mais ils n’ont jamais apporté la paix en Israël, » a-t-il ajouté.

« [Le Premier ministre Yitzhak] Rabin et [le roi jordanien] Hussein, ils ont trouvé, en fait, un accord tous les deux. Ils ont ensuite demandé aux Américains d’organiser la cérémonie » pour l’accord de paix conclu en 1994 entre l’Etat juif et la Jordanie, a poursuivi Gabbay.

« Les Américains ont dit : ‘Superbe, qu’y a-t-il dans l’accord ?’, et les deux dirigeants ont répondu : ‘On vous le dira en arrivant à Washington’. Les Américains ont alors demandé : ‘Mais que sommes-nous alors pour vous, votre traiteur’ ? », a raconté Gabbay.

Le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin (à gauche) serre la main du roi Hussein de Jordanie sous les applaudissements du président des Etats-Unis Bill Clinton lors de la signature du traité de paix bilatéral, octobre 1994 (photo : Nati Shohat/Flash90).

« Si on n’a pas de leaders suffisamment armés de courage pour prendre des décisions, alors aucun avocat américain ne saura nous aider, » a clamé Avi Gabbay, en référence apparemment à l’envoyé pour la paix au Moyen-Orient Jason Greenblatt.

Ce dernier est membre d’une équipe dirigée par le conseiller spécial de Trump Jared Kushner, par ailleurs époux de sa fille Ivanka Trump. Le groupe comprend également David Friedman, ambassadeur américain en Israël. Friedman et Greenblatt ont été longtemps avocats du président américain et de la Trump Organization.

La proposition de paix dont rien n’a été dévoilé pour le moment devrait être rendue publique à l’issue du scrutin du 9 avril.

Le mois dernier, le Parti travailliste a révélé un « plan de séparation » en trois étapes – trois actions concrètes susceptibles d’être prises par Israël afin de permettre au pays d’être en mesure de commencer un processus de paix lorsque surgira un partenaire viable.

Ce plan comprend la fin immédiate des constructions aux abords des blocs d’implantation, une législation prônant l’indemnisation des habitants d’implantation vivant à l’écart des mêmes blocs pour qu’ils puissent se réinstaller, ainsi qu’un référendum sur le statut futur des quartiers palestiniens de la banlieue de Jérusalem.

Photo d’illustration : Une photo prise depuis les faubourgs de Naplouse montre l’avant-poste illégal de Havat Gilad en Cisjordanie, le 2 février 2018 (Crédit : AFP Photo/Jaafar Ashtiyeh)

« Des concessions ont apporté la paix à Israël : nous avons fait des concessions dans le Sinaï et comptons 40 années de paix avec l’Egypte, » a dit Gabbay aux participants à l’événement, réunis dans la synagogue Ichud Olam.

« Le sionisme, en tant que mouvement, s’est appuyé sur la prise d’initiatives. Nous prenons des initiatives. Nous n’attendons pas que d’autres soient d’accord avec nous : nous agissons. Les sionistes agissaient. Ils n’étaient pas de ceux qui attendent que quelqu’un d’autre agisse à leur place. Et ces trois initiatives majeures, nous devons les entreprendre – qu’Abu Mazen [le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas] soit prêt ou non ».

Interrogé par les personnes présentes, Gabbay a reconnu qu’il ne pensait pas qu’Abbas soit un partenaire viable et n’a pas su désigner d’autre interlocuteur potentiel côté palestinien.

Le leader Travailliste Avi Gabbay, à gauche, présente le « plan de séparation palestinien » du parti aux côtés, de gauche à droite, du candidat Tal Russo, du député Omer Barlev, de la députée Shelly Yachomovich et du député Amir Peretz, le 27 février 2019 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Gabbay a également dénoncé le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour avoir courtisé Trump – ce qui aliénera, selon lui, les démocrates. « Les démocrates vont revenir et ils nous considéreront comme des rivaux politiques, » a-t-il déploré.

« Nous sommes très forts, mais nous avons besoin du soutien américain et sans ce soutien, nous sommes très faibles. Prendre le risque de mettre en colère les démocrates est ce que Netanyahu a fait de plus problématique, » a-t-il estimé.

« Nous avons un Premier ministre qui pense qu’il n’a besoin d’épouser qu’un seul bord de l’Amérique parce que cela sert ses intérêts politiques. Et ce sera problématique en 2020 » pour la prochaine élection présidentielle, a-t-il averti.

Gabbay a également souligné que son parti s’engageait à améliorer les conditions socio-économiques de tous les secteurs de la population israélienne, se concentrant notamment sur le développement des transports publics plutôt que sur la construction de routes, sur la rationalisation des processus de permis pour les constructions résidentielles, sur l’amélioration des périodes d’attente à l’hôpital et sur la promotion de la séparation de la religion et de l’Etat concernant notamment le mariage civil.

Il a ajouté que les travaillistes soutenaient la légalisation de la marijuana à usage récréatif pour les personnes de plus de 21 ans – un sujet devenu étonnamment sensible dans ces élections.

Le parti est à la traîne depuis le début de la saison électorale, ne dépassant pas les sept ou huit sièges à la Knesset dans les sondages – cela a été encore le cas dans une enquête d’opinion rendue publique dimanche par la Douzième chaîne. Ce chiffre reste stable, malgré une légère impulsion après les Primaires du parti, et ce depuis la rupture publique par Gabbay de son partenariat avec la députée Tzipi Livni, une rupture qu’il avait annoncée en direct à la télévision sans l’en avertir au préalable.

Le responsable de l’Union sioniste Avi Gabbay, à gauche, annonce la rupture choc de l’Union sioniste alors que sa partenaire politique et cheffe de l’opposition Tzipi Livni, baisse les yeux au cours d’une réunion de faction du parti à la Knesset, le 1er janvier 2019 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Gabbay a également nié attaquer personnellement le parti Kakhol lavan pour glaner des votes en faveur de sa propre formation.

« Nous n’attaquons pas Gantz, nous disons seulement que c’est un parti de droite », a dit Gabbay. « Kakhol lavan s’est qualifié de parti centriste et Netanyahu l’a étiqueté comme un parti de gauchistes. Gabbay encourage les participants à voter en suivant leur cœur plutôt que de tenter d’utiliser un vote stratégique en renforçant un parti de manière à créer une plus grande chance de coalition qui pencherait à gauche ou à droite. Gabbay s’inquiète de perdre des électeurs travaillistes qui pourraient apporter leurs suffrages à Kakhol lavan en espérant obtenir une alternative à Netanyahu. »

Mais Gabbay a souligné que Kakhol lavan avait « fermé la porte mais sans tourner la clé » à la perspective de former un gouvernement de coalition avec le Likud. Seul un vote pour les travaillistes est une voix claire contre Netanyahu, a-t-il ajouté.

« Ne faites pas de calculs et autres stratégies, votez seulement pour ce en quoi vous croyez, » a poursuivi Gabbay. « Si vous avez foi en notre équipe, si vous croyez en nous, alors votez pour nous. Vous devez voter selon ce que vous dicte votre cœur et pour ce qui est pour vous la vérité. Personne ne s’est jamais trouvé dans une situation d’avoir voté pour ce en quoi il croyait, regrettant ultérieurement cette décision. Mais si vous votez pour un parti en raison d’une stratégie, vous pouvez vous retrouver chez vous en le regrettant vraiment ».

Le leader du parti Travailliste Avi Gabbay (L) et l’analyste du Times of Israel Haviv Rettig Gur lors d’un événement à Tel Aviv parrainé par le Times of Israel, le 31 mars 2019 (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)

Malgré les résultats médiocres du parti dans les sondages, la salle était bondée pour la soirée par un public impatient d’écouter les projets de Gabbay.

Même si certains ont paru ne pas le prendre très au sérieux.

Deux jeunes Olim d’Amérique, qui ont indiqué n’avoir pas encore pris de décision sur leurs votes, ont amené des canettes de bière Goldstar afin de se prêter à un jeu à boire. « On avale une gorgée à chaque fois qu’il abandonne un positionnement traditionnel des travaillistes », a expliqué Sarah, 22 ans, originaire du Connecticut, qui a refusé de donner son nom de famille. « Il semble qu’à chaque fois qu’il ouvre la bouche, il s’éloigne des positions habituelles et de ce que défendait le parti par le passé. »

« Ce soir, il a seulement dit : « Je réglerai les choses. » Comment on peut seulement considérer ça comme un positionnement politique ? » a ajouté Sarah dont les joues rosées ont laissé suggérer que le jeu s’était bien déroulé – pour elle, tout du moins.

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