Babouchka sait tout, et autres “vérités” universelles de l’expérience juive russe
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‘C’est devenu amusant parce que chaque maman disait exactement la même chose’

Babouchka sait tout, et autres “vérités” universelles de l’expérience juive russe

Avec des courtes vidéos à succès, un groupe de jeunes américains bilingues se moquent gentiment de leurs aînés et fait beaucoup rire

La page d'accueil du groupe Facebook 'Russian Jew Vines'. (Crédit : capture d'écran)
La page d'accueil du groupe Facebook 'Russian Jew Vines'. (Crédit : capture d'écran)

Flottant autour du marteau et de la faucille réglementaire, la partie centrale de ce drapeau de l’Union soviétique est une étoile de David. Le symbole clairement juif constitue la photo de profil d’un groupe Facebook inhabituel, et très populaire, appelé « Russian Jew Vines ».

Des enfants d’immigrants de l’ancienne Union soviétique éduqués aux Etats-Unis se moquent gentiment de leurs parents et de leurs grands-parents dans des petites vidéos en langue russe et anglaise. Une récente vidéo de seulement six secondes a été vue des milliers de fois. C’est une courte conversation entre une mère russe juive et son fils :

Maman, je sors avec une nouvelle fille
– Elle est russe ?
– Oui.
– Elle est juive ?
– Non.
– Tu es devenu fou ? Allez, j’appelle ta grand-mère.

Phil Beylison, étudiant en physique de 19 ans qui a réalisé la vidéo, a déclaré que tout est basé sur de vraies conversations qu’il avait eues avec ses parents lorsqu’il sortait avec des filles non juives.

« Mes parents étaient heureux quand ça ne marchait pas », a dit Beylison.

Phil Beylison, 19 ans, créateur de Russian Jew Vines, qui se moque avec tendresse de l'expérience américano-russe. (Crédit : autorisation)
Phil Beylison, 19 ans, créateur de Russian Jew Vines, qui se moque avec tendresse de l’expérience américano-russe. (Crédit : autorisation)

L’intérêt des vidéos n’est pas dans sa vie personnelle, mais c’est plutôt de montrer en quoi les familles russes juives se ressemblent toutes.

« Mes amis [ont eu des conversations similaires] avec leurs mères et grands-mères. A un moment, c’est devenu amusant parce que chaque mère disait exactement la même chose, chaque père disait exactement la même chose, et chaque grand-mère disait exactement la même chose dans certaines situations », a-t-il déclaré.

Beylison est né à New York dans une famille d’immigrants juifs de l’Union soviétique, sa mère est d’Ouzbékistan et son père de Biélorussie. Il a dit que lui et ses amis de la deuxième génération d’immigrants ont commencé à publier les vidéos pour s’amuser au lycée et ont été rapidement surpris par leur popularité.

Anthony Volotsenko, âgé de 19 ans et qui a grandi à New York dans une famille originaire d’Odessa, en Ukraine, participe également à l’activité du groupe. Il a fait une vidéo sur la réaction des parents russes lorsque leurs enfants obtiennent 9 sur 10 à un examen. Considérée comme une note excellente dans la plupart des foyers américains, beaucoup de parents féliciteraient leur enfant pour un tel résultat. Mais pas les parents russes.

« Si vous êtes russe et juif et que vous osez rapporter à la maison moins que 10 sur 10 à un test, attendez-vous à entendre ceci », dit Volotsenko dans la petite introduction à sa vidéo sur Instagram.

« Où est passé le 10ème point ? demandent les parents dans la vidéo. Pourquoi est-ce que je paie ton école ? Est-ce que tout rentre par une oreille pour sortir par une autre ? »

Les vidéos sont exprimées dans un mélange amusant de russe et d’anglais, et se concentrent sur de l’humour que seuls les enfants d’immigrants bilingues et biculturels comprennent vraiment.

« A un moment, nous avons pensé ajouter des sous-titres, mais nous avons décidé de ne pas le faire parce que l’humour est quelque chose [de spécifique à la langue] ; on perd beaucoup dans la traduction », a déclaré Beylison.

Les aventures de Baba Fira

La page Instagram de Gary Cherkassky, qui accueille la célèbre 'Baba Fira'. (Crédit : capture d'écran)
La page Instagram de Gary Cherkassky, qui accueille la célèbre ‘Baba Fira’. (Crédit : capture d’écran)

C’est pourtant peut-être Gary Cherkassky, un New-Yorkais de 28 ans dont les parents ont immigré d’Ukraine lorsqu’il avait moins de deux ans, qui attire le plus l’attention. Il est devenu une star d’internet avec Baba Fira, un personnage inspiré de sa grand-mère de 80 ans. Vous pouvez la considérer comme le modèle de toutes les grands-mères russes juives.

Cherkassky (alias Garik Suharik, alias Gary Spielberg) porte des lunettes trop grandes, une perruque grise et met en scène des conversations qu’il a réellement eues avec sa grand-mère.

Dans les vidéos, Baba Fira a toutes sortes d’aventures, elle voyage en Israël pour prier au mur Occidental pour que son petit fils perde du poids et trouve une petite amie. Elle boit des shots de vodka, a presque une crise cardiaque quand son petit fils lui dit vouloir être acteur (et non docteur ou avocat). Mais plus que tout, elle cherche à le faire manger.

En plus de sa grand-mère, Cherkassky se moque aussi des conversations avec ses parents et un jeune personnage nommé Yana. De son côté, sa mère, Alona Guz, explique que la réussite de son fils avec ses vidéos amusantes en russe prouve qu’elle avait raison quand elle l’encourageait à parler russe à la maison.

« A une époque, il ne voulait pas parler russe, mais maintenant c’est importante dans sa vie. Tout cela vient de la langue russe, a-t-elle expliqué. Je pense que chaque famille devrait conserver sa culture. C’est fondamental. »

La babouchka (grand-mère) russe juive, le membre le plus âgé de la plupart des familles russophones, sera aussi la vedette de la prochaine vidéo de Beylison, a-t-il déclaré. Il a précisé que la vidéo se concentrera sur la grand-mère qui force son petit fils à manger.

« La grand-mère russe te prépare toujours de la nourriture. Si tu ne manges pas, tu n’es pas respectueux. Après avoir tout mangé, tu es gros »

Les jeunes comiques ne pratiquent pas forcément la religion, mais l’étoile de David sur le drapeau soviétique est le « parfait symbole », a déclaré Beylison, puisque la langue russe unit les Juifs dans tout le monde « même s’ils ne viennent pas directement de Russie ».

Et c’est aussi parce que Beylison aime la blague.

« Ce sont deux choses que l’on ne voit jamais ensemble. Le communisme en tant qu’idéologie n’est pas religieux. Ces deux symboles ne vont jamais ensemble. C’est pour cela que c’est ironique », a-t-il expliqué.

« Pendant un long moment, nous avons pensé le changer, mais nous ne trouvions rien qui puisse être universel, a-t-il déclaré. Quand vous voyez cela, vous savez quel type d’humour sera sur ma page. »

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