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Bagarre à Havat Maon: le Palestinien blessé incarcéré ; les Israéliens pas interrogés

Hafez Hureini est en détention depuis lundi ; des vidéos montrent que l'échauffourée a été initiée par des résidents d'implantations masqués

Des images vidéo montrent deux habitants des implantations masqués s'approchant d'un Palestinien près de l'implantation de Maon, dans les collines au sud de Hébron en Cisjordanie, avant qu'une confrontation violente ne s'ensuive. (Crédit : Twitter)
Des images vidéo montrent deux habitants des implantations masqués s'approchant d'un Palestinien près de l'implantation de Maon, dans les collines au sud de Hébron en Cisjordanie, avant qu'une confrontation violente ne s'ensuive. (Crédit : Twitter)

Un Palestinien qui a eu les deux bras cassés lors d’un violent incident impliquant des Israéliens masqués, résidents d’un avant-poste illégal, a été maintenu en détention lundi. Il s’agit de la deuxième prolongation de sa détention.

Hafez Hureini, 52 ans, originaire du village d’At-Tuwani dans la région des collines du sud de Hébron, est incarcéré à la prison militaire d’Ofer depuis les événements de lundi dernier et est soupçonné de tentative de meurtre. Il est le seul individu impliqué dans cette échauffourée qui a été interrogé sous caution ou arrêté. Sa détention a été prolongée jusqu’à mercredi.

Aucun des cinq Israéliens impliqués n’a été interrogé ou arrêté.

Bien que la police prétende devoir maintenir Hureini en détention parce qu’elle craint qu’il n’interfère avec l’enquête s’il est libéré, la police n’a pas pris les mesures qu’elle avait déclaré devoir prendre afin d’empêcher une telle interférence.

Lors d’une audience devant le tribunal militaire de Judée lundi matin, un représentant de la police, le sergent-chef Rafi Sabag, a reconnu que la police n’avait pas effectué trois opérations d’enquête qu’elle avait précédemment déclarées nécessaires à l’empêchement de l’obstruction de l’enquête.

La police a donc demandé lundi que la détention de Hureini soit prolongée de neuf jours supplémentaires, afin de terminer l’enquête, mais le juge Mazi Maknon n’a accordé qu’une prolongation de trois jours, notant l’incapacité de la police à faire progresser l’enquête en temps voulu.

Maknon a reproché à la police de ne pas avoir mené l’enquête à son terme et a qualifié la demande de prolongation de neuf jours de la détention de Hureini de « disproportionnée », en particulier lorsqu’il « apparaît que l’enquête ne progresse pas comme on aurait pu s’y attendre et alors que d’autres personnes impliquées [dans l’incident] n’ont pas été arrêtées ou interrogées sous surveillance afin de clarifier en détail ce qui s’est passé ».

Selon les premiers échos de ces évènements, des Palestiniens auraient attaqué des Israéliens près de l’avant-poste de l’implantation de Havat Maon et auraient grièvement blessé l’un d’entre eux, Itamar Cohen, qui a été hospitalisé suite à ses blessures.

Le chef du conseil régional des collines de Hébron, Yochai Damri, a déclaré immédiatement après les faits qu’il s’agissait d’une « tentative de meurtre. Les services de sécurité doivent agir de manière décisive contre les assaillants et rétablir la déférence et la sécurité des habitants de la région. »

Cependant, une vidéo qui a émergé par la suite et que le Times of Israel a pu consulter, montre clairement que des Israéliens masqués ont été les instigateurs de l’incident, arrivant sur le site, qui se trouvait sur des terres palestiniennes privées, armés de poteaux en métal et en bois, et attaquant les Palestiniens présents, dont certains avaient également des poteaux en bois.

L’un des Israéliens impliqués était un soldat de Tsahal en permission, armé d’un fusil d’assaut M-16, qui a tiré sept coups de semonce pendant l’attaque.

La séquence vidéo, très hachée, montre l’un des hommes masqués, vraisemblablement Cohen, s’approchant puis attaquant l’un des Palestiniens, qui semble être Hureini, qui portait une houe sur le site.

L’homme que l’on suppose être Cohen poursuit alors son attaque, mais la suite de l’altercation se déroule hors du champ de la caméra, et la prochaine fois que Cohen apparaît, il est allongé sur le sol, ayant apparemment reçu un coup ou ayant été poussé au sol.

Il s’est relevé et s’est éloigné, mais il avait apparemment subi une grave blessure à la tête et a été hospitalisé plus tard à l’hôpital Soroka de Beer Sheva.

Hureini a reconnu devant le tribunal qu’il est possible qu’il ait frappé un des Israéliens à la tête avec la houe pendant la bagarre, mais il a insisté sur le fait qu’il l’avait fait en état de légitime défense.

Hureini a également été hospitalisé à Soroka et ses bras cassés ont été plâtrés avant qu’il ne soit incarcéré à la prison d’Ofer.

Les forces de sécurité sur les lieux de l’affrontement entre habitants des implantations et Palestiniens près de l’implantation de Maon dans la région des collines au sud de Hébron en Cisjordanie, le 12 septembre 2022. (Crédit : Autorisation)

Lundi, le représentant de la police au tribunal a reconnu que le lieu de l’échauffourée était un terrain privé appartenant à Hureini, et que Cohen serait probablement interrogé lorsqu’il quittera l’hôpital.

Le représentant de la police a ajouté que des efforts infructueux avaient été faits pour trouver et interroger les autres Israéliens, bien qu’ils soient connus de la police et que certains d’entre eux aient déposé des plaintes contre Hureini au poste de police de Hébron.

L’avocate d’Hureini, Riham Nassra, a également souligné que l’attaque avait apparemment été initiée par les Israéliens masqués et armés sur le terrain privé d’Hureini, et a affirmé que toute action d’Hureini relevait de la légitime défense.

Elle a également rejeté la justification de la police en faveur du maintien en détention de Hureini, à savoir qu’il pourrait interférer avec l’enquête, puisque la police n’a pas interrogé d’autres Palestiniens impliqués dans l’incident avec lesquels Hureini pourrait coordonner ses déclarations, s’il était libéré.

« Un groupe d’hommes masqués et armés est arrivé sur la propriété privée de quelqu’un et a lancé une attaque, et ici [au tribunal] se trouve une personne avec deux bras cassés », a déclaré Nassra.

« Un homme sur son terrain, est face à un homme avec une barre de fer, un homme avec un club en bois, et un homme avec une arme. Comment doit-il agir pour rester en vie ? »

La police n’a pas répondu à une demande de commentaire sur la raison pour laquelle les étapes requises dans l’enquête pour éviter toute interférence ne sont pas encore terminées, ni pourquoi les Israéliens impliqués dans la bagarre n’ont pas été interrogés.

Nassra a déclaré dans un communiqué qu’en « s’abstenant d’interroger les résidents d’implantations qui ont attaqué mon client sur ses terres, la police a nui à l’enquête qu’elle est censée mener. J’espère et je crois que la prolongation de la détention sera la dernière et que Hafez Hureini sera libéré mercredi. »

Selon l’organisation de surveillance des implantations, Kerem Navot, l’avant-poste de Havat Maon a de lourds antécédents de violence, avec 60 cas signalés depuis 2017.

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