Barak menace de poursuivre le « Daily Mail » pour calomnie et accuse Netanyahu
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Barak menace de poursuivre le « Daily Mail » pour calomnie et accuse Netanyahu

Ehud Barak souhaite que le journal retire son article sur ses liens avec Epstein et a également critiqué le Premier ministre, l'accusant d'avoir créé une "atmosphère empoisonnée"

Capture d'écran du site du Daily Mail montrant l'article consacré à Ehud Barak, le 16 juillet 2019. (Capture d'écran)
Capture d'écran du site du Daily Mail montrant l'article consacré à Ehud Barak, le 16 juillet 2019. (Capture d'écran)

Mercredi, Ehud Barak a lancé un ultimatum au tabloïd britannique Daily Mail pour qu’il retire un article insinuant que l’ancien Premier ministre avait été présent dans l’une des maisons de Jeffrey Epstein alors qu’il y recevait des femmes.

L’article publié sur le site du journal mardi montrait des photos de Barak avec son visage presque entièrement caché par un cache-nez alors qu’il entrait dans l’une des maisons d’Epstein à Manhattan, alors qu’un certain nombre de jeunes femmes étaient aussi entrées dans la propriété le même jour.

Epstein, qui a purgé une peine de prison en 2008 pour avoir sollicité des prostituées mineures, a été arrêté ce mois-ci. Il est accusé d’avoir payé des jeunes filles des centaines de dollars en échange de massages suivis de violences sexuelles dans ses maisons de Palm Beach, en Floride, et de New York, entre 2002 et 2005.

Dans la lettre d’avertissement au Daily Mail de mercredi, les avocats de Barak ont écrit : « Votre article est embarrassant… Il y a un certain nombre d’accusations et d’insinuations diffamatoires qui ont été faites contre notre client et qui sont complètement fausses. »

« Vous avez tenté d’associer notre client à l’affaire Epstein, en affirmant qu’il était impliqué d’une certaine manière dans son réseau de pédophilie. C’est un mensonge, comme vous le savez », ont continué ses avocats.

La lettre demandait que le Daily Mail retire l’article d’ici 19h mercredi, heure israélienne, et de s’excuser auprès de Barak.

Ce jeudi après-midi, l’article était toujours sur le site Internet du journal.

Ehud Barak sur une photo postée sur sa page Facebook, le 17 juillet 2019.

La lettre des avocats de Barak critiquait aussi le tabloïd pour ne pas avoir demandé de réaction avant la publication de l’article.

« Au mieux, votre comportement est naïf et irresponsable, et au pire, vous avez intentionnellement et, avec malveillance, fait du tort à notre client afin de nuire à sa réputation, en aidant ainsi son rival politique », ont écrit les avocats, suggérant que le Daily Mail avait été motivé politiquement.

Ce jeudi, le Daily Mail a répondu et rejeté l’ultimatum et les accusations de l’ancien Premier ministre par une lettre, affirmant que les déclarations des avocats de Barak soulevaient des « questions légitimes » sur les affirmations de leur client selon lesquelles il n’avait « jamais rencontré Epstein en compagnie de femmes ou de jeunes filles ».

DailyMail.com, le site américain du tabloïd britannique, a déclaré qu’il « s’en tenait à son histoire récente concernant la relation d’Ehud Barak avec le pédophile condamné Jeffrey Epstein à 100 pour cent ». Le journal a rejeté l’affirmation de Barak selon laquelle la décision de republier les photos qui datent de trois ans le représentant entrant dans le manoir new-yorkais du milliardaire disgracié visait à aider ses rivaux politiques avant les élections.

« Il est absurde de suggérer que l’article a été publié malicieusement dans le but de ‘profiter à son adversaire politique’. DailyMail.com n’a aucun point de vue sur la politique intérieure d’Israël, qui relève de la compétence du peuple israélien », peut-on lire dans la lettre.

La lettre indiquait également que le journal avait sollicité les réactions de Barak, mais qu’il n’avait pas réussi à le joindre.

Les articles avaient été publiés sur le site Web DailyMail.co.uk, mais la lettre de réponse provenait de la division américaine du MailOnline.

Les clichés publiés par le Daily Mail ne sont pas nouveaux. Ils avaient été publiés à l’origine en 2016 avec en légende : « La vie effrénée de Jeffrey Epstein : Un groupe de jolies jeunes filles de Manhattan entrent et sortent de la somptueuse habitation du délinquant sexuel milliardaire avant le décollage de l’ami de Clinton en jet privé, en compagnie d’une brune avenante. »

A l’époque, ils n’avaient pas provoqué de plainte de Barak. En légendes, le responsable israélien avait simplement été décrit comme « un homme non identifié ».

Mercredi, Barak a posté sur sa page Facebook une photo où son visage est dissimulé par une capuche et des lunettes de soleil, notant que « quand il fait froid, j’ai tendance à me couvrir le visage. Pas seulement à New York… Jusqu’à présent, je n’avais pas pensé qu’une telle info pouvait faire l’actualité… »

Le tabloïd britannique note que les femmes photographiées en train de pénétrer dans la résidence d’Epstein l’ont fait « le même jour » que Barak et « en l’espace de quelques heures ». Le Mail ne donne toutefois pas de chronologie claire des photos, et il est impossible de dire si les visiteuses sont entrées avant Barak, au moment où il se trouvait là-bas ou après.

S’il se trouvait dans la maison au même moment que ces femmes, il y aurait alors une contradiction avec ses affirmations antérieures. Il avait en effet clamé qu’il n’avait « jamais rencontré Epstein en compagnie de femmes ou d’adolescentes ».

Jeffrey Epstein, (au centre), comparaît devant un tribunal de West Palm Beach en Floride, le 30 juillet 2008. (Uma Sanghvi/Palm Beach Post via AP)

Dans un entretien avec le Daily Beast, Barak avait confirmé que c’était bien lui qui était sur ces photos.

« C’est moi sur la photo » avait-il reconnu dans le Daily Beast. « Il faisait si froid qu’en tant qu’habitant du Moyen-Orient, j’ai dû mettre un chapeau. Je suis allé là-bas pour déjeuner ou discuter, rien d’autre. Et donc ? » a-t-il interrogé.

Lundi, Barak avait expliqué avoir rendu visite à Epstein dans ses résidences et sur son île privée, dans les Caraïbes, tout en insistant sur le fait qu’il n’avait jamais pris part à des orgies de nature sexuelle là-bas.

Barak, qui a fait ce mois-ci son retour en politique en formant le Parti démocrate israélien et qui se présente au prochain scrutin du mois de septembre, est sous le feu des projecteurs après la révélation la semaine dernière de ses liens commerciaux et personnels avec Epstein.

Selon le journal Haaretz, Barak a formé en 2015 une entreprise de partenariat limité en Israël, nommée Sum (E.B.) 2015, pour investir dans une start-up de haute technologie du nom de Reporty. Une bonne partie de l’investissement financier a été apportée par Epstein.

Samedi, Barak a affirmé avoir demandé à un avocat de rompre tous ses liens avec Epstein dès que les nouvelles accusations ont été révélées.

« Pendant presque 5 ans, une entreprise liée à Epstein a fait figure d’investisseur passif dans un partenariat limité enregistré en Israël, en respect du droit et contrôlé par moi-même. Chaque investisseur dans le partenariat est redevable du même contrat commercial, a-t-il écrit sur Facebook. Juste après que les accusations actuelles dans l’affaire Epstein ont été connues, j’ai donné l’instruction à mes avocats d’examiner les possibilités visant à annuler les liens de l’entreprise avec Epstein dans le cadre de ce partenariat limité. »

Mercredi soir, l’ancien Premier ministre est passé à l’offensive en rejetant comme des « calomnies de sang » les insinuations du tabloïd britannique.

S’exprimant devant des centaines de militants lors d’un événement pour lancer sa campagne à Tel Aviv pour son nouveau Parti démocrate israélien, Barak a affirmé que l’article du Daily Mail était le résultat de « l’atmosphère empoisonnée » que le Premier ministre Benjamin Netanyahu a créée au cours des 20 dernières années.

« Ces dernières 24 heures, quelque chose s’est produit en Israël, quelque chose de terrible. Une terrible calomnie de sang, un mensonge sans fondement », a attaqué Barak, qui tente de faire son retour après presque dix ans loin de la politique.

« Pendant près de 20 ans, quiconque se dressant contre Netanyahu a été traîné dans la boue et transformé en traitre », a déclaré Barak, pointant du doigt le Premier ministre pour « avoir répandu des mensonges ».

« On a incité à la haine contre l’ancien Premier ministre Yitzhak Rabin, avec la bénédiction de Netanyahu, jusqu’à ce que l’on prenne sa vie avec trois balles, a continué Barak. Ces balles étaient la conséquence d’une incitation à la haine et des torrents de boue qui sont répandus contre quiconque s’oppose à Netanyahu. »

Il a affirmé que le chef du parti Kakhol lavan Benny Gantz avait fait l’objet de telles attaques lors de la dernière campagne électorale « simplement parce qu’il voulait mener Israël vers la normalité, et s’assurer que Netanyahu ne se cache pas derrière sa fonction de pouvoir et qu’il soit jugé [dans les enquêtes auxquelles il fait face] comme n’importe quel citoyen ».

Ehud Barak, chef du Parti démocrate israélien, s’exprime lors d’un événement de campagne électorale à Tel Aviv, le 26 juin 2019. (Hadas Parush/Flash90)

« Et maintenant, c’est mon tour. Cela doit cesser. Cela va cesser », a déclaré Barak.

Barak a affirmé que les attaques qui le visent ont « renforcé sa détermination » à poursuivre son retour politique avec le but de renverser Netanyahu.

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