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Barlev déplore l’immobilisme de l’armée dans les violences des Juifs extrémistes

Le ministre de la Police a écrit au ministre de la Défense, lui demandant de rappeler à l'armée qu'elle devait intervenir dans les attaques des résidents d'implantations

Emanuel Fabian est le correspondant militaire du Times of Israël.

Le ministre de la Sécurité intérieure Omer Barlev, à gauche, lors d'une séance plénière dans la salle de la Knesset, le 31 janvier 2022.  Le chef d'État-major de l'armée israélienne Aviv Kohavi, à droite, pendant une cérémonie à Jérusalem, le 29 novembre 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
Le ministre de la Sécurité intérieure Omer Barlev, à gauche, lors d'une séance plénière dans la salle de la Knesset, le 31 janvier 2022. Le chef d'État-major de l'armée israélienne Aviv Kohavi, à droite, pendant une cérémonie à Jérusalem, le 29 novembre 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Le ministre de la Sécurité intérieure, Omer Barlev, a écrit une lettre au ministre de la Défense Benny Gantz, critiquant les responsables de l’armée et réclamant une implication des soldats plus importante dans la lutte contre les violences commises à l’encontre des Palestiniens en Cisjordanie, selon des informations rendues publiques jeudi.

Ce courrier de Barlev suit une déclaration du chef d’État-major de Tsahal, Aviv Kohavi, qui avait affirmé que les soldats, en Cisjordanie, n’étaient pas dans l’obligation d’intervenir lors des agressions violentes commises par les Juifs extrémistes à l’encontre des Palestiniens, a noté le site Walla.

Barlev, qui a la charge des forces de police, a demandé à Gantz de dire clairement à Kohavi et aux autres responsables de Tsahal que le procureur-général avait statué que les soldats israéliens pouvaient – et qu’ils devaient – arrêter et placer en détention les Israéliens soupçonnés de commettre des attaques en Cisjordanie.

Il y a eu une recrudescence des violences de la part des partisans du mouvement pro-implantations, ces derniers mois, et les soldats sont parfois apparus en simples spectateurs de ces agressions. Les militaires sont autorisés par la loi – qui l’exige même dans certains cas – à intervenir pour prévenir les attaques violentes, indépendamment de la nationalité des personnes ciblées par ces violences. L’armée préfère généralement que la police assume la responsabilité de la gestion de ces attaques et de l’arrestation de leurs auteurs, mais les policiers n’ont guère de présence forte en Cisjordanie.

C’est cette confusion en matière de responsabilités qui a apparemment entraîné le récent différend survenu entre Barlev et Kohavi.

Pendant une réunion du cabinet de sécurité, dimanche dernier, Barlev avait été interrogé sur la prise en charge par la police des attaques commises par les partisans du mouvement pro-implantations contre les Palestiniens, les activistes israéliens et les militants de gauche et contre les forces de sécurité israéliennes. Il avait alors répondu que la question relevait de la responsabilité du Commandement central de Tsahal et que la police ne disposait que d’un personnel limité en Cisjordanie. Il avait précisé que les soldats stationnés là-bas avaient la même autorité que la police sur les civils israéliens, selon Walla.

Barlev avait ajouté que les militaires devaient arrêter les Israéliens impliqués dans les attaques violentes jusqu’à l’arrivée des forces de l’ordre, déclarant que « cette autorité ne s’exprime pas suffisamment ».

Kohavi avait alors riposté : « Ce n’est pas vrai. Ce n’est pas ça », a rapporté Walla.

Kohavi avait cité un document politique écrit en 1998 par le procureur-général, qui estimait qu’il était préférable que ce soit la police qui agisse contre les citoyens israéliens en Cisjordanie, et non pas les soldats.

« Je ne vais pas me disputer avec vous maintenant mais vous avez tort, c’est tout. Vous citez des choses biaisées et incorrectes », avait dit Barlev à Kohavi pendant la réunion du cabinet.

Photo d’illustration : Des soldats israéliens regardent des habitants d’implantation masqués jeter des pierres vers des manifestants palestiniens (non-visibles sur la photo) pendant une manifestation contre la construction d’un avant-poste israélien aux abords du village de Turmusaya et de l’implantation de Shilo, au nord de Ramallah, en Cisjordanie, le 17 octobre 2019. (Crédit : JAAFAR ASHTIYEH / AFP)

Dans la lettre écrite par Barlev à Gantz, le ministre de la Sécurité intérieure écrit que « les propos tenus par le chef d’État-major ne se conforment pas aux dispositions de la loi ».

Le courrier demande à Gantz de dire clairement aux responsables concernés, ainsi qu’à Kohavi, que les soldats peuvent – et qu’ils doivent – arrêter les citoyens israéliens qui commettent des violences. Des copies du courrier ont aussi été transmises au Premier ministre Naftali Bennett, aux ministres du cabinet, au procureur de l’État et au procureur-général en titre Amit Aisman.

La missive a noté que le colonel Assem Hamad, conseiller juridique de Tsahal pour la Cisjordanie, avait déclaré devant une commission de la Knesset, il y a quelques jours, que les soldats devaient savoir qu’ils avaient l’autorité nécessaire et la responsabilité de prendre en charge les agressions commises par les extrémistes israéliens à l’encontre des Palestiniens.

L’ex-chef d’État-major adjoint Yair Golan, qui est dorénavant député de la coalition, a indiqué de son côté vendredi que l’armée « désire fuir les problèmes qui sont controversés au niveau politique et elle affirme ainsi qu’elle n’a pas à gérer les violences commises par les partisans du mouvement pro-implantations ».

« Mais la police du district de Judée-Samarie est faible et la présence principale, dans la zone, est celle qui est assurée par les soldats de Tsahal – et le refus d’assumer des responsabilités pourtant nécessaires est une mauvaise chose au niveau opérationnel », a-t-il dit au micro de la Radio militaire, se référant à la Cisjordanie par son nom biblique.

Le député Yair Golan à une conférence du Meretz à Tel Aviv, le 14 janvier 2020. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Gantz, Barlev, et Golan ont demandé que les violences commises par les extrémistes juifs contre les Palestiniens, les activistes israéliens de gauche et les forces de sécurité soient réprimées.

Cette pratique de non-intervention lors des attaques commises par les résidents pro-implantations entraîne des critiques de plus en plus nombreuses de l’État juif, alors qu’un nombre croissant de vidéos montrant l’immobilisme des militaires s’est répandu sur internet et que les gouvernements étrangers font part de leurs inquiétudes et de leur préoccupation face à la situation.

La semaine dernière, des militaires ont placé en détention un Israélien qui aurait jeté des pierres sur des voitures palestiniennes qui traversaient un barrage routier érigé dans le nord de la Cisjordanie. L’homme a été ensuite confié à la police qui l’a apparemment immédiatement libéré sans enregistrer l’incident survenu.

Cette arrestation a marqué un changement dans la politique officieuse de non-intervention de Tsahal, même si la libération consécutive du suspect a soulevé des questions sur le sérieux des affirmations de Barlev – qui avait dit très fermement que la police était déterminée, elle aussi, à s’attaquer au problème.

Judah Ari Gross a contribué à cet article.

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