Barrages policiers et ruelle discrète pour l’ouverture de l’exposition Nova à Londres
Malgré les craintes sécuritaires et un climat hostile envers les Juifs britanniques, les visiteurs ont afflué mercredi à l’ouverture de l’exposition du 7-Octobre
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LONDRES – L’exposition Nova, ouverte au public mercredi à Londres, accueille ses visiteurs avertis au fond d’une ruelle située derrière un petit pub du quartier branché de Shoreditch.
Cet hommage aux 364 personnes assassinées lors du festival Nova se veut volontairement discret. Le site du festival a été l’un des lieux du massacre perpétré par les terroristes du groupe terroriste palestinien du Hamas dans le sud d’Israël le 7 octobre 2023, au cours duquel plus de 1 200 personnes ont été assassinées et 251 autres prises en otage.
Depuis la rue, presque rien n’indique son existence. Aucun panneau ne guide les visiteurs et les passants ne peuvent que s’étonner des importants barrages policiers et du nombre inhabituellement élevé d’agents déployés dans le quartier.
Shoreditch se situe dans l’arrondissement londonien de Hackney, qui vient d’élire un maire issu du Parti vert ayant essentiellement axé sa campagne sur l’activisme anti-Israël. L’ouverture de l’exposition intervient quelques jours après un week-end marqué par deux manifestations opposées ayant pratiquement paralysé la ville, toutes deux largement rejetées par la communauté juive : une marche pro-palestinienne organisée à l’occasion de la Journée de la Nakba et un rassemblement d’extrême-droite mené par l’activiste anti-islam Tommy Robinson.
Ce contexte, ajouté à une récente vague d’actes antisémites et anti-Israël en Grande-Bretagne, comprenant notamment des agressions physiques, des attaques à l’arme blanche, des incendies criminels et des attentats terroristes meurtriers, sur fond de discours de haine et de vandalisme de plus en plus visibles, aurait pu dissuader certains visiteurs. Et pourtant, selon les organisateurs, ils sont déjà nombreux à avoir fait le déplacement.
Des centaines de personnes ont franchi les portes hautement sécurisées dès le premier jour, tandis que plusieurs milliers de billets ont déjà été vendus pour les six semaines que durera l’exposition.
Parmi les premiers visiteurs figurait Suzanne Bond, venue de l’Essex avec son mari.
« J’ai vu tellement de documentaires sur ce qui s’est passé, mais ici [à l’exposition], on a vraiment l’impression d’y être », a confié Bond, les larmes aux yeux. « Je ne peux pas imaginer ce qu’ils ont vécu ce jour-là. C’est bouleversant, mais je devais venir. »
« Quand on regarde le documentaire sur le massacre, We Will Dance Again, on les voit tous danser, puis soudain, l’horreur totale s’abat sur eux. Je sais que certaines personnes soutiennent l’autre camp, mais je ne comprends pas comment c’est possible », a ajouté Bond, qui portait un badge mêlant à la fois l’Union Jack et l’Étoile de David.
L’exposition reconstitue le chaos et le bain de sang qui ont ravagé le festival Nova : carcasses de véhicules calcinés, tentes abandonnées, toilettes portables renversées, chaussures, vêtements et effets personnels laissés derrière ceux qui tentaient de fuir.
L’expérience est accompagnée d’enregistrements audio capturant les horreurs de cette journée, du sifflement strident des roquettes aux klaxons incessants des voitures, mais aussi des cris de douleur résonnant au loin, entrecoupés de ceux, glaçants, des terroristes en maraude scandant « Allahu akbar ». De nombreuses vidéos et captations réalisées ce jour-là défilent également sur des écrans de télévision et des téléphones portables.
La visite laisse l’estomac noué et provoque un mal de tête sourd et persistant. Malgré cela, Lisa Marlowe est déterminée à revenir chaque jour pendant toute la durée de l’exposition.
Son fils, Jake Marlowe, s’était installé en Israël en 2021 et travaillait comme agent de sécurité non armé lors du festival. Lorsque les roquettes ont commencé à tomber et que les terroristes du Hamas ont franchi les barricades, Jake n’a pas fui. Il est resté pour aider les autres avant d’être tué après avoir reçu neuf balles.
« C’est un peu comme si mon Jakey rentrait à la maison pendant six semaines, même si je sais bien que c’est impossible », a confié Marlowe au Times of Israel. « J’ai des photos et des souvenirs de lui sur mon téléphone, mais ici, je peux le voir chaque jour, plus grand que nature, et c’est merveilleux. »
Avec son mari Michael, âgé de 64 ans, Lisa Marlowe tient à ce que l’histoire de Jake soit entendue dans la ville où il a grandi.
« Il est très important pour nous que cette exposition soit présentée ici », explique-t-elle en désignant le mémorial consacré à leur fils. « Tout le monde doit savoir ce qui s’est passé là-bas. On ne peut pas nier ce qui est arrivé. »
Le massacre du festival Nova a été marqué par des atrocités particulièrement violentes, notamment des agressions sexuelles généralisées. Outre les personnes assassinées, des centaines d’autres ont été blessées et des dizaines enlevées lors de cette soirée de musique trance. Chaque jour, des survivants et des proches endeuillés viendront partager leur expérience du massacre et de ses conséquences.
De nombreuses histoires déchirantes ont émergé depuis le 7-Octobre, mais au sein de la communauté juive britannique, celle de Jake Marlowe est devenue particulièrement emblématique.
Cette tragédie aurait pu laisser la famille dans un profond isolement, mais Lisa Marlowe raconte au contraire l’élan de solidarité qui les a entourés depuis l’assassinat de leur fils.
« Les personnes que nous avons rencontrées… nous avons eu une chance incroyable », dit-elle. « Elles nous ont accueillis à bras ouverts et nous ont enveloppés d’amour et d’attention. »
L’une des personnes que Marlowe considère désormais comme une amie est Jo Woolfe, qui a mené la campagne pour faire venir l’exposition à Londres après ses passages dans plusieurs villes, dont New York, Berlin et Buenos Aires.
À moitié israélienne, Woolfe s’est fortement impliquée, dans les mois ayant suivi le 7-Octobre, dans la campagne pour la libération des otages détenus à Gaza. Elle a découvert l’existence de l’exposition alors qu’elle se trouvait à Los Angeles il y a deux ans, puis a été encore plus convaincue de la nécessité de l’amener à Londres après l’avoir vue à Toronto.
« Beaucoup de gens me disaient : ‘Tu penses vraiment que c’est le bon moment ? Le climat est tellement hostile’ », raconte-t-elle. « Malheureusement, je pense que c’est le seul moment pour le faire. Cela n’aurait aucun sens dans cinq ans, quand, si Dieu le veut, tout ira mieux. C’est maintenant qu’il faut le faire. »
« Les gens doivent voir Nova », insiste-t-elle. « Quand mes enfants vont à un festival ou à un concert, je ne leur dis pas de faire attention aux terroristes, je leur dis de profiter. Cela aurait pu arriver à n’importe lequel de nos enfants. »
Lizzy, une enseignante venue visiter l’exposition et qui a demandé à ne pas révéler son nom de famille, partage ce sentiment.
« J’ai moi-même des enfants dans la vingtaine et, plus j’en apprends sur cette histoire, plus elle me brise le cœur », confie-t-elle.
Lizzy explique qu’elle connaissait peu le Moyen-Orient avant le 7-Octobre, mais qu’elle participe depuis à de nombreuses veillées organisées aux côtés de la communauté juive.
« À Londres, toutes les deux semaines, des milliers de personnes défilent pour Gaza. Mais lorsque les Juifs britanniques se rassemblent, il n’y a vraiment que des Juifs britanniques », a-t-elle déclaré.
« Mon père a combattu pendant la Seconde Guerre mondiale, et il m’a dit : ‘Tu dois témoigner des atrocités qui se sont déroulées à Auschwitz’. J’ai le sentiment que c’est ce que nous devons faire aujourd’hui, nous aussi, en tant que Britanniques non juifs », ajoute Lizzy.
Rosie Cresner se tenait devant les portraits souriants des centaines de victimes brutalement assassinées lors du festival. Elle explique avoir senti qu’ « il était important d’être présente ».
Cresner reconnaît avoir éprouvé une certaine appréhension avant de venir à l’exposition, mais davantage en raison de « ce qu’elle allait ressentir en voyant tout cela » que par peur pour sa sécurité.
« Au début, c’était difficile à assimiler. Quand je suis entrée et que j’ai vu quelqu’un que je connaissais, j’ai fondu en larmes », raconte-t-elle.
Mary, une médecin qui a demandé à ne pas révéler son nom complet, était également présente. Elle explique avoir découvert l’exposition dans un article publié mardi et avoir aussitôt ressenti le besoin de venir.
Interrogée sur ce qui l’avait le plus marquée, Mary éclate en sanglots.
« Ce qui m’a probablement le plus bouleversée, c’est qu’il y avait parmi les victimes une jeune fille handicapée. J’ai moi-même une fille handicapée », explique-t-elle. « Cela m’a particulièrement touchée parce qu’elles sont si vulnérables et qu’elles ne comprennent pas vraiment ce qui se passe. Quelle que soit la guerre, ce n’est pas la leur. »
Ruth Peretz, âgée de seize ans, a été assassinée lors du festival aux côtés de son père, Erick, âgé de 58 ans. Née avec une paralysie cérébrale et une dystrophie musculaire, Ruth se déplaçait en fauteuil roulant. Son père l’avait emmenée au festival parce qu’elle adorait la musique.
Patrick Seamus McGhee, l’un des visiteurs, est chercheur honoraire en histoire des religions à l’université de Durham.
« Il est extrêmement important de voir de ses propres yeux l’ampleur et la gravité du mal qui a été commis le 7-Octobre, surtout à une époque où tant de personnes détournent le regard, relativisent ou cherchent des excuses à certains événements géopolitiques », explique McGhee.
« Plus que jamais, nous avons besoin de clarté morale, de lucidité et d’honnêteté face à cette atrocité inexcusable. C’est pour cela que je voulais venir dès que possible. »
Avant l’ouverture, plusieurs informations avaient révélé que la police avait demandé aux organisateurs de retirer les banderoles annonçant l’événement, craignant que le site ne devienne la cible d’une attaque terroriste ou de manifestations hostiles. Woolfe, qui avait reçu l’appel des autorités, précise toutefois que cette demande était liée au fait que les banderoles avaient été installées plus tôt que prévu.
Elles encadrent désormais fièrement l’entrée de l’impressionnant espace d’exposition souterrain. Mais il reste évident que faire venir cette exposition en Grande-Bretagne, dans le contexte actuel, relevait d’un véritable défi.
En tant que cofondateur du festival Nova, Yagil Rimony était chargé de la sécurité du site le 7-Octobre. Depuis, il supervise également la sécurité de l’exposition commémorative dans chacune des villes où elle est présentée.
Rimony a exprimé sa solidarité avec la communauté juive britannique à un moment où « l’antisémitisme refait surface ouvertement et sans honte », tout en appelant le public à ne pas renoncer à visiter l’exposition par crainte.
« Je tiens à rassurer le public londonien : des mesures de sécurité strictes sont en place, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du site, et nous travaillons en étroite coopération avec la police métropolitaine », affirme-t-il. « Les visiteurs ne devraient pas hésiter à venir découvrir par eux-mêmes ce que plus de 600 000 personnes à travers le monde ont déjà vu. »
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