Ben-Gurion en 1968 : « A choisir entre les territoires et la paix, je préfère la paix »
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Ben-Gurion en 1968 : « A choisir entre les territoires et la paix, je préfère la paix »

Un entretien perdu découvert dans les archives de Jérusalem montre le premier fondateur d'Israël exhortant une nation victorieuse à adhérer à "la vertu morale de notre entreprise"

David Ben-Gurion, le premier Premier ministre d'Israël, dans une interview récemment découverte, datant de 1968 (Crédit : la Deuxième chaîne)
David Ben-Gurion, le premier Premier ministre d'Israël, dans une interview récemment découverte, datant de 1968 (Crédit : la Deuxième chaîne)

Un entretien perdu avec le premier Premier ministre d’Israël, a récemment été mis au jour par un cinéaste israélien. Il révèle un côté simple, sans prétention de l’homme d’État vénéré par les Israéliens comme le père fondateur de la nation.

L’interview de 6 heures, que David Ben-Gurion a donnée en 1968 aux producteurs d’un film sur sa vie – un film qui a finalement échoué et qui a été vite oublié – a été découvert par Yariv Mozer dans les archives du film juif de Steven Spielberg de l’Université hébraïque.

Mozer a utilisé ces images rares du Premier ministre aujourd’hui décédé pour produire son propre film, intitulé « Ben-Gurion, Epilogue », qui a récemment été projeté au Festival international du film de Jérusalem.

Dans ce document, Ben Gorion est vu dans les années qui ont suivi sa démission du poste de Premier ministre en 1963, après quoi il a passé la plupart de son temps au Kibbutz Sde Boker dans le Néguev, un dernier hommage à son rêve de faire fleurir le désert.

L’ancien Premier ministre est filmé vivant une vie charmante et simple, travaillant les terres agricoles de la communauté, s’offrant des promenades quotidiennes, profitant même de son temps libre à la piscine avec sa femme Paula.

Il dit aux enquêteurs que, quand il a annoncé à Paula qu’il voulait vivre dans le désert, « elle pensait que j’étais devenu fou. Mais elle l’a fait, elle est venue avec moi ».

L’ancien Premier ministre, célébré même de son vivant, a dit aux membres du kibboutz qu’il ne voulait pas recevoir un traitement spécial.

« Je leur ai dit mon nom est David, pas Ben-Gurion. Chaque matin, je venais voir ce que David devait faire et j’allais faire le travail », a-t-il dit.

David Ben-Gurion, le premier Premier ministre d'Israël, se promène en dehors du Kibbutz Sde Boker en 1968 (Crédit : la Deuxième chaîne)
David Ben-Gurion, le premier Premier ministre d’Israël, se promène en dehors du Kibbutz Sde Boker en 1968 (Crédit : la Deuxième chaîne)

Ben Gurion voulait montrer l’exemple de ce qu’Israël pourrait être, et comment les dirigeants israéliens devraient vivre.

Dans l’interview, réalisée un an après la guerre des Six Jours de 1967 dans laquelle Israël a conquis la Cisjordanie, Jérusalem-Est et la Vieille Ville, la péninsule du Sinaï, le plateau du Golan et la bande de Gaza, Ben Gurion a parlé longuement de sa conviction qu’Israël était encore loin d’atteindre son but d’être « une lumière pour les nations ».

La boussole morale d’Israël, maintenait-il, était inexorablement liée à son traitement des non-Juifs vivant sous sa domination.

Ben-Gurion a critiqué ceux qui croyaient que le commandement biblique « Aime ton prochain comme toi-même » se rapportait uniquement aux Juifs, disant que « Dans le même chapitre ils disent un peu plus loin, ‘L’étranger qui séjourne parmi vous sera pour vous comme l’Israélite de naissance, et tu l’aimeras comme toi-même; car vous avez été étrangers dans le pays’. Donc cela ne concerne pas seulement les Juifs ».

Il a également pris la position impopulaire dans ces jours d’euphorie post-guerre qu’Israël devait immédiatement renoncer aux territoires qu’il avait pris si cela pouvait assurer la paix.

« A choisir entre la paix et tous les territoires que nous avons conquis l’an dernier, je préférerais la paix », a-t-il dit. Il a fait deux exceptions cependant : Jérusalem et les hauteurs du Golan.

Il a également exprimé son opposition au projet d’implantations alors naissant en Cisjordanie et à Gaza, se demandant à haute voix pourquoi il était nécessaire de s’implanter dans une zone avec de grandes populations arabes lorsque le désert du Néguev presque inhabité était disponible. Il a dit que l’Israël d’avant la guerre avait assez de place pour tous les Juifs qui viendraient vivre ici dans les 20 ou 40 prochaines années.

Le film montre aussi un discours d’après-guerre à la Knesset prononcé par l’ancien Premier ministre dans lequel il met en garde que « notre position dans le monde sera déterminée non pas par nos soi-disant richesses matérielles, et non pas par la bravoure de nos militaires, mais par la vertu morale de notre entreprise ».

Les tombes de David Ben-Gurion, le premier Premier ministre d'Israël, et de sa femme Paula, au Kibbutz Sde Boker au sud d'Israël (Crédit : Moshe Shai/Flash90)
Les tombes de David Ben-Gurion, le premier Premier ministre d’Israël, et de sa femme Paula, au Kibbutz Sde Boker au sud d’Israël (Crédit : Moshe Shai/Flash90)

Ben Gurion est mort en décembre 1973 quelques semaines seulement après la guerre du Kippour.

Interrogé par des cinéastes s’il craignait pour son pays, pour sa vision d’un Israël qui serait vraiment « une lumière pour les nations », le Premier ministre a répondu : « J’ai toujours craint, pas seulement maintenant. Cet Etat n’existe pas encore. Ce n’est que le début ».

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