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Bennett annonce la fin de la coalition et les élections : nous avons tout essayé

"L'échec de l'adoption de la loi sur les habitants des implantations aurait mené le pays au "chaos", selon Bennett ; Lapid : "Bennett donne la priorité à Israël"

Carrie Keller-Lynn est la correspondante politique et juridique du Times of Israël.

Le Premier ministre israélien Naftali Bennett, à gauche, et le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, quittent leur podium après une déclaration commune à la Knesset, annonçant l'effondrement de leur coalition, lundi 20 juin 2022. (Crédit : Maya Alleruzzo/AP)
Le Premier ministre israélien Naftali Bennett, à gauche, et le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, quittent leur podium après une déclaration commune à la Knesset, annonçant l'effondrement de leur coalition, lundi 20 juin 2022. (Crédit : Maya Alleruzzo/AP)

Lors d’une conférence de presse lundi soir confirmant leur intention de dissoudre le Parlement et de convoquer de nouvelles élections, le Premier ministre Naftali Bennett et le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid ont loué leur gouvernement, qui a été de courte durée, et ont déclaré que toutes leurs décisions, y compris celle de mettre fin à la coalition actuelle, avaient été prises avec comme seul objectif le bien du pays.

Ces derniers temps, la coalition est passée de crise en crise et a été confrontée à la menace réelle d’une majorité de l’opposition pour la faire tomber. Au lieu de cela, Bennett et Lapid ont décidé de mettre fin à la situation selon leurs propres termes, en annonçant qu’ils allaient initier une nouvelle proposition de loi la semaine prochaine pour dissoudre le Parlement et envoyer les Israéliens aux urnes pour la cinquième fois en trois ans et demi.

Bennett a cité comme catalyseur immédiat l’échec de la coalition à faire passer une loi visant à renouveler l’application de certaines lois israéliennes aux habitants des implantations de Cisjordanie. L’opposition soutient idéologiquement la mesure, qui doit expirer à la fin du mois de juin, mais a voté contre afin de déstabiliser davantage le gouvernement.

« Vendredi dernier, des responsables de la sécurité et des avocats m’ont dit qu’avec l’expiration [prévue] de la réglementation pour la Judée et la Samarie [à la fin du mois de juin], l’État d’Israël tombera dans le chaos. Je ne peux pas le permettre », a déclaré M. Bennett aux côtés de M. Lapid dans un discours prononcé à une heure de grande écoute. Ainsi, a-t-il déclaré, lui et Lapid « se  sont mis d’accord pour dissoudre la Knesset et fixer une date convenue pour les élections » – qui sont en principe prévues pour le 25 octobre.

« Contrairement à l’opposition, qui a fait de la sécurité d’Israël un pion politique, je refuse de compromettre la sécurité d’Israël ne serait-ce qu’un jour », a-t-il déclaré.

La dissolution de la Knesset entraînera la prolongation automatique de la mesure relative à la loi sur les habitants des implantations pour une durée de six mois.

Bennett a comparé la situation au jugement biblique du roi Salomon, selon lequel le roi suggère à deux femmes qui prétendent être la mère d’un bébé, de couper le bébé en deux afin de donner à chaque femme la moitié du bébé, et reconnait ainsi la mère comme étant celle ne supportait pas de faire du mal à l’enfant. « Nous avons choisi d’être la mère qui sauve la vie du bébé », a déclaré Bennett.

Le Premier ministre Naftali Bennett s’exprime lors d’une conférence de presse à la Knesset à Jérusalem, le 20 juin 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/ FLASH90)

Il a déclaré que la dissolution du gouvernement n’était « pas un moment facile », mais que c’était la meilleure décision pour le pays.

Bennett et Lapid ont déclaré qu’ils prévoyaient de soumettre un projet de loi pour dissoudre la Knesset à un vote la semaine prochaine, et que celui-ci pourrait avoir lieu dès lundi et passer rapidement, fixant des élections pour l’automne. Dans l’intervalle, Lapid prendra les rênes du gouvernement en tant que Premier ministre.

« Nous avons fait tout notre possible pour préserver ce gouvernement », a déclaré Bennett, décrivant son maintien comme un atout national. « Croyez-moi, rien n’a été négligé – pour le bien de notre beau pays et pour vous, les citoyens d’Israël », a déclaré Bennett.

Le Premier ministre Naftali Bennett (G) et le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid lors d’une conférence de presse conjointe à la Knesset, annonçant l’effondrement de leur coalition, le 20 juin 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/FLASH90)

S’exprimant avec une émotion visible, Bennett a fait l’éloge de son gouvernement comme « un bon gouvernement » qui a « sorti Israël d’un gouffre » – l’a sauvé d’une crise politique prolongée, a amélioré la sécurité du pays et le climat politique, a empêché un nouvel accord sur le nucléaire iranien sans nuire aux liens entre les États-Unis et Israël, et a « renforcé la dignité nationale ».

« Nous avons prouvé que vous pouviez mettre vos désaccords de côté pour le bien de l’État », a-t-il déclaré.

Bennett et Lapid ont formé la coalition la plus diversifiée de l’histoire d’Israël, avec 62 députés de huit partis couvrant l’éventail politique de la gauche, de la droite et du centre. Mais elle a perdu sa majorité en avril, perdant des députés et, pendant plusieurs semaines, le parti Raam en entier, et a dû faire face à de multiples crises politiques.

Elle a été formée sur le principe que la coalition devait se concentrer sur les questions sociales sur lesquelles elle était majoritairement en accord et maintenir le statu quo sur les questions de sécurité et d’idéologie qui pouvaient la déchirer. Mais c’est sur ces dernières que la coalition s’est effondrée.

Lapid a remercié Bennett d’avoir pris une décision « responsable », affirmant que le Premier ministre « a fait passer le pays avant son intérêt personnel ». Lapid a reconnu les profondes divisions existant au sein du système politique.

« Ce qui s’est passé ces derniers jours, ce qui s’est passé ici ce soir, est une preuve supplémentaire que le système israélien a besoin de changements profonds et de corrections considérables », a déclaré Lapid.

« Ce que nous devons faire aujourd’hui, c’est revenir au concept d’unité israélienne. Ne pas laisser les forces obscures nous déchirer de l’intérieur. Nous rappeler que nous nous aimons les uns les autres, que nous aimons notre pays », a ajouté le ministre des Affaires étrangères.

Bennett a déclaré que la formation du gouvernement actuel « avait semblé impossible ». Mais « nous avons formé un bon gouvernement, et ensemble nous avons sorti Israël du marasme. Israël est redevenu un pays gouverné ».

Le Premier ministre Naftali Bennett (G) et le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid lors d’une conférence de presse conjointe à la Knesset à Jérusalem, le 20 juin 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/FLASH90)

Lapid a indiqué qu’il s’engageait à poursuivre les nombreuses priorités actuelles, et a déclaré qu’il n’ignorerait pas les questions économiques et de sécurité pendant sa période de transition en tant que Premier ministre.

« Même si nous allons vers de nouvelles élections d’ici quelques mois, les défis auxquels nous sommes confrontés n’attendront pas. Nous devons régler le problème du coût de la vie, mener la campagne contre l’Iran, le Hamas et le Hezbollah, et nous opposer aux forces qui menacent de faire d’Israël un pays non démocratique », a déclaré Lapid.

Le vote de dissolution étant attendu la semaine prochaine, Bennett a déclaré qu’il prévoyait de mener une « passation de pouvoir ordonnée dans les prochains jours » pour le nouveau Premier ministre.

« Je ferai tout pour que la transition soit réussie et complète », a déclaré Bennett, ajoutant que lui et Lapid, qu’il a qualifié de leader et de mensch, « avons eu des désaccords… mais avons reconnu que nous avions plus en commun. » Lapid a répondu : « Je veux vous remercier pour notre amitié ; je vous aime beaucoup ».

Résumant leur mandat d’un an au sein du 36e gouvernement d’Israël, Bennett a déclaré qu’il était « tellement fier de ce que nous avons fait ».

« Ce que nous avons fait, pas ce que j’ai fait, parce que nous avons travaillé ensemble », a-t-il souligné, ajoutant : « Comme il était bon de travailler ensemble. »

Faisant écho à ce thème, Lapid a clôturé son propos en disant : « Ce n’est qu’ensemble que nous vaincrons ».

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