Rechercher

Bennett prolonge son voyage en Russie après ses longs pourparlers avec Poutine

La première rencontre entre les deux dirigeants est considérée comme essentielle afin de maintenir de bonnes relations russo-israéliennes après le départ de Netanyahu

Le président russe Vladimir Poutine, à gauche, et le Premier ministre Naftali Bennett lors de leur réunion à Sotchi, en Russie, le 22 octobre 2021. (Crédit : Evgeny Biyatov, Spoutnik, Kremlin Pool Photo via AP)
Le président russe Vladimir Poutine, à gauche, et le Premier ministre Naftali Bennett lors de leur réunion à Sotchi, en Russie, le 22 octobre 2021. (Crédit : Evgeny Biyatov, Spoutnik, Kremlin Pool Photo via AP)

La première rencontre entre le Premier ministre israélien Naftali Bennett et le président russe Vladimir Poutine a duré environ cinq heures vendredi, obligeant le dirigeant israélien à prolonger sa visite à Sotchi jusqu’après Shabbat, a annoncé son bureau.

« La réunion a été chaleureuse et positive et a traité d’une série de questions d’importance pour les deux nations », a rapporté un communiqué du bureau de Bennett après que les deux dirigeants se sont rencontrés dans la station balnéaire de la mer Noire pour ces premiers entretiens en face à face depuis que Bennett a pris ses fonctions plus tôt cette année.

Le communiqué indique que la réunion officielle à la résidence de Poutine a duré environ cinq heures, ce après quoi les deux dirigeants « sont sortis pour échanger sur le balcon de la résidence, avant de parcourir les allées du domaine en direction de la mer ».

Les représentations russes n’ont pas encore commenté la rencontre.

Bennett avait initialement prévu de retourner en Israël vers 13h, après sa réunion à 10h, mais les longues discussions ont contraint Bennett et son entourage à rester à Sotchi jusqu’à samedi soir pour éviter de voyager le jour du Shabbat.

Le communiqué semblait tenter de souligner que les deux responsables ont développé des liens personnels. L’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu a longtemps soutenu que seuls ses liens personnels étroits avec Poutine pouvaient maintenir des relations israélo-russes étroites, et un responsable russe avait précédemment indiqué qu’il faudrait du temps au dirigeant russe pour établir la même relation avec Bennett.

Au début de la réunion à Sotchi, Poutine a déclaré à Bennett qu’ils avaient « de nombreuses questions problématiques » à discuter, mais qu’il y avait aussi de nombreux « points de contact et opportunités de coopération, notamment en matière de lutte contre le terrorisme ».

Le président russe a également déclaré à Bennett – qui est devenu Premier ministre en juin, évinçant Netanyahu après 12 ans de pouvoir – qu’il espérait et s’attendait à ce que les relations israélo-russes se poursuivent sans heurts.

« J’espère vraiment que, malgré les batailles politiques internes, qui sont inévitables dans chaque pays, votre gouvernement poursuivra une politique de continuité dans les relations russo-israéliennes », a déclaré Poutine, soulignant ses liens étroits avec le précédent gouvernement israélien.

Bennett a noté que les deux hommes allaient « discuter de la situation en Syrie ainsi que des efforts pour arrêter le programme nucléaire de l’Iran ». Le Premier ministre a ajouté que les pourparlers entre les deux nations « seront basés sur le lien profond entre les deux pays » et qu’il considérait le président russe « comme un véritable ami du peuple juif ».

Environ un million de russophones vivent en Israël, et Poutine a par le passé qualifié le pays d’avant-poste russe.

Bennett a déclaré à Poutine qu’il s’attendait à « discuter de toute une série de problèmes actuels, afin de renforcer les liens entre les pays dans les domaines économique, technologique, scientifique et culturel ».

Le Premier ministre a également informé le président russe des efforts déployés visant à construire un musée en Israël commémorant les soldats juifs qui ont combattu dans diverses armées pendant la Seconde Guerre mondiale, y compris dans l’Armée rouge russe.

Le Premier ministre Naftali Bennett, à gauche, rencontre le président russe Vladimir Poutine à Sotchi, en Russie, le 22 octobre 2021. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Bennett est parti d’Israël pour la Russie à 5h vendredi matin, a atterri environ trois heures plus tard et devait rentrer en Israël à 13h, se laissant beaucoup de temps avant que le Shabbat ne démarre au coucher du soleil.

Bien que Bennett soit le premier Premier ministre orthodoxe du pays, les conventions sociales et les sensibilités du personnel religieux ont généralement empêché les dirigeants laïcs de voyager en public le jour du Shabbat. C’est la deuxième fois que Bennett passe un Shabbat imprévu à l’étranger. En août, une réunion avec le président américain Joe Biden avait été repoussée alors que le président était confronté à distance à de graves tensions en Afghanistan, forçant le Premier ministre israélien à passer un jour de plus à Washington.

Il est accompagné à Sotchi du Conseiller à la sécurité nationale Eyal Hulata, de sa conseillère diplomatique Shimrit Meir et du secrétaire militaire du Premier ministre, le major-général Avi Gil. Le ministre du Logement Zeev Elkin, dont la langue natale est le russe, est également présent en tant que traducteur et conseiller – un rôle qu’il avait déjà sous Netanyahu.

« Les liens entre la Russie et Israël sont un pilier significatif de la politique étrangère israélienne en raison du positionnement particulier de la Russie dans la région et de son statut international, et aussi parce qu’il y a un million de russophones en Israël qui représentent une passerelle entre les deux pays », avait déclaré Bennett sur le tarmac, avant son départ.

« La politique étrangère et le statut international d’Israël se renforcent de manière générale. Il y a ici une énergie considérable et l’orientation prise est très bonne », avait-il ajouté.

Les deux hommes s’étaient parlé il y a deux semaines, quand Bennett a félicité Poutine à l’occasion de son 69e anniversaire.

« Poutine et Bennett vont discuter d’une série de questions diplomatiques, sécuritaires et économiques impliquant les deux pays ainsi que de questions régionales et, avant tout, ils vont s’entretenir sur le programme nucléaire de l’Iran », avait noté le bureau du Premier ministre israélien quand la visite a été annoncée, il y a plusieurs jours. Le porte-parole du bureau avait expliqué que ce voyage avait été organisé suite à une invitation de Poutine.

Benjamin Netanyahu, le prédécesseur de Bennett, se vantait de la relation étroite qu’il avait réussi à tisser avec Poutine et qui, selon lui, avait permis à Israël d’avoir la latitude d’action nécessaire pour la campagne aérienne qu’Israël mène depuis plusieurs années contre les combattants soutenus par l’Iran en Syrie. Cette campagne a continué sous Bennett, même si des informations récentes ont pu indiquer qu’il y avait des tensions dans la relation entre Jérusalem et Moscou concernant la politique israélienne en Syrie.

Selon des informations diffusées au début de la semaine, Netanyahu avait promis à Poutine qu’il « reviendrait bientôt » après avoir été écarté du poste de Premier ministre, au mois de juin. Netanyahu, qui a tenté de manière répétée d’ôter toute légitimité à Bennett et à son nouveau gouvernement, affirme depuis longtemps que seule sa relation personnelle avec Poutine aura permis à Israël de ne pas connaître de confrontation directe avec la Russie en Syrie, où les deux armées mènent des opérations.

Le président russe Vladimir Poutine (à droite) avec un bouquet de fleurs et le Premier ministre Benjamin Netanyahu au Kremlin, à Moscou, le 30 janvier 2020. (Crédit : Maxim Shemetov / Pool / AFP)

La Russie est aussi membre du groupe de pays P5+1 qui a négocié l’accord sur le nucléaire iranien, et des discussions sur la possible réintégration des États-Unis dans cet accord, appelé le JCPOA, pourraient reprendre bientôt, ont noté les responsables.

Israël a exercé des pressions en faveur de l’abandon définitif de l’accord et a prôné une initiative internationale concertée visant à empêcher l’Iran de se doter d’une arme atomique. Jeudi, Avigdor Liberman, le ministre des Finances dont la base électorale est largement formée de russophones originaires de l’ex-Union soviétique, a déclaré qu’un affrontement militaire avec la République islamique n’était « qu’une question de temps ».

Israël a fait pression contre la reprise de l’accord et a fait pression pour un effort international concerté pour empêcher l’Iran de développer des armes nucléaires. Jeudi, le ministre des Finances Avigdor Liberman, dont la base politique est en grande partie composée de russophones de l’ex-Union soviétique, a déclaré qu’un affrontement militaire avec l’Iran n’était « qu’une question de temps ».

Autre sujet de discussion qui devait être à l’ordre du jour : la reconnaissance par Israël du vaccin russe Sputnik contre la COVID-19 pour les touristes se rendant au sein de l’État juif. Le gouvernement a annoncé jeudi que les touristes vaccinés pourraient entrer en Israël à partir du 1er novembre, mais seulement ceux approuvés par l’Organisation mondiale de la Santé – dont la liste ne comprend pas le vaccin Sputnik.

La visite de Bennett a suivi un voyage effectué par le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid à Moscou, où il avait rencontré son homologue russe Sergei Lavrov. Le site d’information Walla avait ultérieurement fait savoir que, pendant la réunion, Lavrov avait demandé qu’Israël accepte d’utiliser son influence sur les États-Unis pour convaincre ces derniers de prendre part à des discussions trilatérales sur le conflit en cours en Syrie.

La latitude d’action d’Israël en Syrie avait été sérieusement écorchée après que la Russie a fourni des batteries de défense antimissile S-300 aux forces du président syrien Bashar al-Assad, suite à un incident survenu en 2018. À cette occasion, l’armée syrienne, qui voulait riposter à une frappe israélienne, avait abattu à la place un avion russe, tuant les 15 personnes qui se trouvaient à bord.

Israël a mené des centaines de frappes aériennes en Syrie pendant la guerre civile qui a eu lieu dans le pays, prenant pour cible, selon l’État juif, des livraisons d’armes en direction du groupe terroriste libanais du Hezbollah, soutenu par le régime des ayatollahs, qui combat aux côtés des forces gouvernementales syriennes. Jérusalem ne reconnaît que rarement ce type d’opérations militaires.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...