Bennett : Nous devons « saisir l’unique opportunité » des premières semaines de Trump pour lui dire ce que veut Israël
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Interview'Donald Trump a montré sa capacité à adopter des approches créatives et franches. Cette annexion est une approche créative et franche'

Bennett : Nous devons « saisir l’unique opportunité » des premières semaines de Trump pour lui dire ce que veut Israël

Obama a laissé la région "en feu", le président entrant est "disposé à écouter" Israël, selon le ministre de l'Éducation, qui soutient le déplacement de l'ambassade et veut annexer 60 % de la Cisjordanie

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le ministre de l'Éducation Naftali Bennett lors d'une interview dans les bureaux du Times of Israel à Jérusalem, le 9 janvier 2017. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)
Le ministre de l'Éducation Naftali Bennett lors d'une interview dans les bureaux du Times of Israel à Jérusalem, le 9 janvier 2017. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Pour le ministre de l’Éducation, Naftali Bennett, les premières semaines de la nouvelle administration américaine seront cruciales pour Israël. Durant cette période, le président entrant cherchera à comprendre ce qu’Israël envisage pour son futur et consolidera sa propre approche du processus de paix.

« Je perçois les trois prochaines semaines commune une fenêtre d’opportunités qui se refermera », a déclaré Bennett dans une rencontre avec la rédaction du Times of Israel. « Parce que durant ces trois ou quatre semaines, [le Premier ministre] Benjamin Netanayahu dira pour la première fois au président [Donald] Trump ce qu’il voudra. La nouvelle administration veut entendre notre position. Elle est ouverte à l’écoute. »

Bennett, chef du parti nationaliste Habayit Hayehudi, explique que sa vision de l’avenir du conflit israélo-palestinien consiste en une annexion partielle de la Cisjordanie, et à accorder aux Palestiniens une « autonomie dopée aux stéroïdes ».

La première mesure que Bennett a l’intention de prendre après l’investiture, c’est de proposer un projet de loi pour appliquer la législation israélienne sur Maalé Adumim une banlieue de Jérusalem au-delà des frontières d’avant 1967.

« Je veux briser le plafond de verre par Maalé Adumim », dit-il. « Mais je ne ferais rien avant le 20 janvier », date à laquelle Donald Trump prêtera serment en tant que 45e président des États-Unis.

À plus long terme, Bennett souhaiterait annexer toute la Zone C, soit 60 % de la Cisjordanie dans laquelle vivent, selon lui, 450 000 juifs et entre 70 et 80 000 arabes. (Le nombre de Palestiniens vivant en Zone C divise les experts et les estimations entre 75 000 et 300 000.) Il est prêt à accorder la citoyenneté israélienne à tous les Palestiniens qui vivent dans ces zones, bien qu’il suppose que la plupart d’entre eux refuseront et préféreront se contenter d’accepter un statut de résident.

Le chef du parti Habayit Hayehudi Naftali Bennett et le maire de Maale Adumim Benny Kasriel le 2 janvier 2017, à Jérusalem. (Crédit : Yonathan Sindel/Flash 90)
Le chef du parti Habayit Hayehudi Naftali Bennett et le maire de Maale Adumim Benny Kasriel le 2 janvier 2017, à Jérusalem. (Crédit : Yonathan Sindel/Flash 90)

Le ministre a déclaré qu’il s’entretient avec « de nombreux Palestiniens » et il a souligné qu’ils sont « très frustrés, désillusionnés et déçus » de l’Autorité palestinienne.

« C’est un régime corrompu qui n’est pas en mesure de créer un État dynamique. C’est ridicule d’injecter un nouvel État arabe musulman quand tant d’autres se désintègrent. De nombreux Palestiniens sur le terrain veulent une solution inédite », dit-il.

« Donald Trump a montré sa capacité à adopter des approches créatives et franches. Cette [annexion de la Zone C de la Cisjordanie par Israël] est une approche créative et franche. Je sais qu’elle dénote par rapport à tout ce que nous faisons depuis 20 ans. Mais, hé, ce que nous faisons depuis 20 ans n’a fait qu’échouer », a déploré Bennett.

Quelques heures après l’annonce de la victoire de Trump le 8 novembre, Bennett a diffusé un communiqué affirmant que « l’ère de l’État palestinien est révolue » et a appelé le gouvernement israélien à ne plus appuyer la solution à 2 États.

Certains ont affirmé que ce genre de déclarations ont favorisé l’administration américaine sortante à soutenir la Résolution 2334 au Conseil de Sécurité de l’ONU le mois dernier, qui a critiqué avec virulence les implantations israéliennes. Le secrétaire d’État américain John Kerry a ensuite prononcé un discours sur le paix en Moyen-Orient, a cité le communiqué de Bennett en disant que « le programme des implantations définira l’avenir d’Israël ».

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Mais Bennett refuse de porter le chapeau de l’abstention américaine, qui a permis à la résolution d’être adoptée, le 23 décembre.

« Ce que nous avons vu, c’est une politique [américaine] qui a laissé le Moyen-Orient en feu », dit-il. « Nous avons désormais un Iran renforcé, une Syrie désintégrée. Un Hezbollah endurci et renforcé. La région entière est instable et Israël est une source de stabilité et de bon sens dans cette région. J’ai été très déçu par le discours de John Kerry, qui a fermé les yeux sur tout cela. »

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry expose sa vision de la paix entre Israéliens et Palestiniens, au département d'Etat de Washington, D.C., le 28 décembre 2016. (Crédit : Paul J. Richards/AFP)
Le secrétaire d’Etat américain John Kerry expose sa vision de la paix entre Israéliens et Palestiniens, au département d’Etat de Washington, D.C., le 28 décembre 2016. (Crédit : Paul J. Richards/AFP)

Le discours du 28 décembre de Kerry n’a pas fait avancer la solution, affirme Bennett, dont les parents sont américains. Il a renoncé à la nationalité américaine avant d’entrer en politique, en 2013.

« Je défends mes valeurs et mes croyances. Nous sommes ici. Nous vivons ici. Nous avons payé le prix fort ; la vie de milliers d’Israéliens ; la dernière fois que nous avons tenté une expérience de ce genre », dit-il, en faisant apparemment référence aux accords d’Oslo et à la tentative d’établir un État palestinien.

« Ça ne marche pas. Nous devons penser différemment, et c’est exactement ce que nous faisons. »

« Si quelqu’un veut lancer une intifada, c’est leur choix. Nous devons faire ce qui est juste et ne pas céder à leurs menaces »

Parmi les mesures novatrices que devra prendre l’administration américaine, Bennett attend le déplacement de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem.

Trump et son ambassadeur David Friedman, ont promis à plusieurs reprises de déplacer l’ambassade. Cette promesse a suscité des mises en garde du monde arabe, de l’UE et d’Obama. Ils ont averti que cette mesure déclenchera une agitation, voire de la violence, dans le monde islamique.

« Il est urgent que toutes les ambassades du monde s’installent dans la capitale d’Israël », a déclaré Bennett.

« Jérusalem est la capitale juive depuis 3 000 ans. C’est dans l’Histoire, c’est écrit dans la Bible et l’archéologie le prouve. Jérusalem a été la capitale d’Israël avant que Paris ne soit la capitale de la France et Londres ne soit la capitale de la Grande-Bretagne, et bien évidemment avant que Washington ne soit la capitale américaine. C’est une erreur que les ambassades ne soient pas toutes déjà là, et je pense que ce déplacement sera très important pour les États-Unis. »

L'ambassade américaine à Tel Aviv. (Crédit : Ori~/Wikimedia Commons/File)
L’ambassade américaine à Tel Aviv. (Crédit : Ori~/Wikimedia Commons/File)

Bennett, un millionnaire du secteur high-tech âgé de 44 ans, reconverti dans la politique, ne se laisse pas démonter par l’éventuelle violence que risque de provoquer le déplacement de l’ambassade.

« Si quelqu’un veut lancer une intifada, c’est son choix. Nous devons faire ce qui est juste et ne pas céder à leurs menaces », dit-il. « Si quelqu’un vous menace si vous rentrez chez vous, parce qu’il vous frappera si vous rentrez, que feriez-vous ? Jérusalem est notre maison. Nous ne pouvons pas capituler devant la violence ou la menace de la violence.

Le monde est-il prêt à approuver l’annexion de la Cisjordanie ?

La même logique s’applique à la réaction négative attendue de la part de la communauté internationale au sujet de l’annexion potentielle de la Cisjordanie, selon Bennett.

« Jérusalem Est et la région de Judée et Samarie, que beaucoup appellent la Cisjordanie, ne sont pas des territoires occupés. Nous ne les avons pas pris des mains d’un autre État souverain », a expliqué le ministre de l’Éducation. « Ils étaient occupés par la Jordanie illégalement depuis 19 ans.

Bennett a évoqué la conférence de San Remo de 1920, qui a partitionné les territoires de l’Empire ottoman au Moyen-Orient. Il explique que toute la Terre d’Israël, du Jourdain à la mer Méditerranée, est « légalement à nous. Et elle l’est historiquement. C’est notre patrie. »

Près d’un demi-million de contribuables israéliens sont des « citoyens de deuxième catégorie » parce qu’ils vivent sous un régime militaire, dit-il. Il fait référence au fait qu’Israël n’a jamais fait appliquer la législation israélienne à la Cisjordanie.

« Il est temps de mettre un terme à tout cela, et d’appliquer l’administration et la loi israélienne à la Zone C », exige-t-il. « Est-ce que le monde l’acceptera ? Je suppose qu’une bonne partie du monde ne l’acceptera pas. Non. À l’heure où l’on parle, aucun pays du monde n’accepte que le mur Occidental fasse partie intégrante d’Israël. Est-ce que le monde accepte que le plateau du Golan fasse partie d’Israël ? Non. Mais nous, Israéliens, nous l’acceptons, et avec le temps, le monde l’acceptera aussi. »

Les Israéliens « envoient des signaux contradictoires », dit-il.

D’un côté, Netanyahu affirme qu’il est en faveur de la solution à 2 États. « Et pourtant, dans de nombreuses situations, nos actions ne sont pas en accord avec cette position. Mais nous devons être clairs. Nous avons une toute petite terre, de la taille du New Jersey, nous sommes entourés du Hezbollah, du Hamas, de l’État islamique, d’al-Qaïda… il n’y a rien de mieux, n’est-ce pas ? Et nous pouvons nous targuer d’évoluer dans une société démocratique. Je ne suis pas d’accord de diviser cette toute petite terre. Ça n’arrivera pas. »

Bennett a ajouté qu’il est conscient que son projet, qui inclut l’annexion de la Zone C, l’accord d’une « autonomie dopée aux stéroïdes » aux Palestiniens, l’augmentation de leur liberté de mouvement, de leurs opportunités économiques, et de manière générale, de leur qualité de vie, ne recevra pas l’approbation générale.

« Je comprends que la communauté internationale perçoive cela comme si c’était la fin du monde », dit-il. Mais quand le Premier ministre israélien Menachem Begin a annexé le plateau du Golan dans les années 80, ils étaient nombreux à lui dire qu’Israël deviendra un État paria.

« Mais nous n’en sommes pas un », conclut Bennett.

« Regardez ce qui se passe dans le monde islamique et en Europe. Ils ont d’autres chats à fouetter. Nous ne sommes pas l’épicentre du monde. Si nous savons ce que nous voulons, et que nous présentons un projet raisonnable, nous pourrons le mettre en œuvre. »

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