Bennett traite Netanyahu « d’anarchiste » et dit craindre des violences
Lors d'un entretien, l'ex-Premier ministre dénonce les attaques toxiques de son rival et affirme que son action a été déterminante face aux menaces de la République islamique
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L’ex-Premier ministre et actuel chef du parti BeYahad, Naftali Bennett, a traité le Premier ministre Benjamin Netanyahu d’ « anarchiste » dont les campagnes toxiques sont de nature à mettre en danger physique son principal rival, Gadi Eisenkot.
Bennett a tenu ces propos lors d’un entretien à la chaîne N12 diffusé samedi, accompagnant la sortie du livre du journaliste Ari Shavit intitulé Bennett : l’heure de vérité, écrit sur la base de dizaines de conversations entre les deux hommes.
Homme de droite et ex-allié de Netanyahu avant de l’évincer du pouvoir pour former son « gouvernement du changement » avec des partis arabes, du centre et de gauche en 2021-2022, Bennett a expliqué que la « machine à venin » pro-Netanyahu — c’est-à-dire l’équipe de campagne du Likud mais aussi les médias et réseaux sociaux favorables à Netanyahu, Quatorzième chaîne en tête — avait donné une fausse image de lui, dépeint comme un homme avide de pouvoir, obsédé par le poste de Premier ministre, alors qu’il dit avant tout souhaiter sauver le pays.
Ces derniers mois, l’alliance de Bennett avec le chef de l’opposition Yair Lapid a perdu du terrain dans les sondages d’opinion, le chef du parti centriste Yashar, Gadi Eisenkot, devenant le principal rival de Netanyahu.
« Je suis le candidat au poste de Premier ministre de loin le plus expérimenté [au sein du bloc anti-Netanyahu] », a déclaré Bennett à la chaîne N12, tout en ajoutant : « Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour assurer la victoire du bloc. Dans la minute qui suivra l’élection, nous nous réunirons, Gadi, [le chef du parti Yisrael Beytenu Avigdor] Liberman et l’ensemble du bloc, et il en sortira un candidat unique. Je ne ferai rien qui mette en péril le changement de gouvernement : s’il faut pour cela que j’occupe le poste le plus subalterne au monde, qu’il en soit ainsi. »
Bennett est également revenu sur la passation de pouvoir, en 2021, entre Netanyahu et lui, qui n’a duré que 30 minutes.
« C’était hallucinant. Je m’étais préparé à une vraie passation de pouvoir ; j’avais pris toute ma journée pour cela », a-t-il déclaré.
Dans le livre, Bennett explique que Netanyahu était « pitoyable, tendu, usé, grincheux ».
Il a rappelé à la chaîne que Netanyahu s’était contenté de balbutier, sans donner d’informations sur les questions diplomatiques ou de sécurité, signe qu’il voulait rapidement mettre un terme à cette réunion, sans lui souhaiter bonne chance, mais qu’il avait demandé à rester dans la résidence du Premier ministre pendant quelques mois — ce que Bennett a refusé — et à ce que son épouse Sara continue de bénéficier d’une voiture de fonctions et d’une protection sur une longue durée, ce que Bennett dit avoir accepté.
Le livre rapporte que Bennett a eu le sentiment d’un comportement empreint de « rage, de manque de professionnalisme, de désinvolture, contraire à l’intérêt de l’État ».
Il s’est dit « choqué » par la virulence de la campagne anti-Bennett que Netanyahu et les médias qui lui sont proches ont immédiatement lancée en 2021, après qu’il a rompu sa promesse électorale faite à l’antenne de ne pas s’allier au bloc anti-Netanyahu.
Bennett a indiqué que Netanyahu l’avait invité chez lui, peu de temps avant la prestation de serment du nouveau gouvernement, afin de lui dire : « Écoute, si tu formes un gouvernement, j’emploierai l’artillerie lourde pour te faire passer pour un traître, cela te suivra toute ta vie, tu porteras toujours cette tache. »
Selon le livre, Netanyahu a menacé de lui faire ce qu’il avait fait à Gideon Saar — un autre déçu de Netanyahu qui avait rejoint l’opposition. (Saar est depuis revenu au sein du Likud de Netanyahu et occupe actuellement le poste de ministre des Affaires étrangères.)
Bennett a affirmé que Netanyahu avait répété ces menaces à plusieurs reprises lors de cette conversation, lui disant qu’il ne mesurait pas la gravité de ce à quoi il s’exposait : « Et il avait raison, j’avais largement sous-estimé la chose. Il a ouvert les portes de l’enfer sur moi ; tout s’est déchaîné. C’était de la folie. »
Il a déclaré être cette fois mieux préparé, mais a exprimé sa crainte que la campagne du Likud contre Eisenkot, Liberman, Yair Golan et lui, soit telle que certaines personnes pensent qu’ils « sont Hitler et passent à l’acte ».
En sa qualité d’ancien Premier ministre, Bennett a rappelé qu’il bénéficiait d’un service de protection, mais pas Eisenkot, lequel se trouve selon lui en danger.
« Le lavage de cerveau qui se fait au quotidien sur la Quatorzième chaîne et au sein de cette [machine à venin] est d’une très, très grande puissance. »
D’autres citations extraites du livre ont été lues à l’antenne, dans lesquelles Bennett parle de Netanyahu, comme par exemple : « L’homme d’État posé et réfléchi que je connaissais et respectais, il y a de cela dix ans, a laissé la place à une personne autoritaire et sans contrôle qui a oublié ce qu’est d’être démocrate et le secret de la puissance du peuple juif. Il ne croit pas sincèrement en la force d’Israël, seulement en la sienne. Pour lui, il est Gulliver entouré de Lilliputiens, d’où sa gouvernance, monarchique. »
« J’ai été stupéfait de voir que le conservateur était devenu un révolutionnaire, et le Républicain américain, une sorte de roi de France », déclarerait Bennett dans cet ouvrage.
Lors de l’interview, il a fait savoir qu’il irait aujourd’hui au-delà du terme de « révolutionnaire » pour qualifier Netanyahu, qu’il parlerait « quasiment d’un anarchiste. Ce que nous vivons depuis quelques années, c’est une anarchie au sein de l’État d’Israël. »
Selon Bennett, le virage de Netanyahu s’est produit le jour de la prestation de serment du gouvernement Bennett, en juin 2021, lorsqu’ « il est passé en mode « Mettons le pays à feu et à sang » ».
Il a expliqué ne pas avoir, avant cela, tenu des propos aussi durs sur le Premier ministre mais qu’il disposait aujourd’hui du « recul sur les quatre années les plus terribles qu’ait vécues l’État d’Israël », lesquelles « ont failli mené Israël à sa perte ».
Bennett a indiqué que, même s’il s’était jusque-là opposé à la limitation du nombre de mandats des Premiers ministres, il était aujourd’hui « persuadé » qu’elle était indispensable : « Je n’ai pas honte de changer d’avis lorsque les choses changent. »
Sur le dossier iranien, Bennett a accusé Netanyahu d’être responsable du « plus grand échec sécuritaire de l’histoire d’Israël », soutenant qu’entre 2018 et 2021, au moment où l’Iran a enrichi son uranium de moins de 3 % à plus de 60 %, Israël n’avait « rien » fait — ni dans le domaine du renseignement, ni dans celui des plans d’attaque ou de la production de « moyens spéciaux pour détruire les défenses aériennes de l’Iran ».
Il a assuré que personne au sein du cabinet de sécurité, durant cette période, à commencer par lui, n’était au courant de ce qui se passait, car l’Iran n’avait jamais été abordé au sein de cette instance de décision de haut niveau.
Bennett a affirmé qu’en découvrant cela, en devenant Premier ministre, il avait fait de son mieux pour rattraper le retard et que c’était justement grâce à cela que les récentes campagnes militaires contre l’Iran — neutralisation des défenses aériennes de la République islamique et bombardement de sites nucléaires sensibles — avaient été couronnées de succès.
Interrogé sur les raisons pour lesquelles sa partenaire politique de toujours, Ayelet Shaked, n’était pas à ses côtés, après quatre années en retrait de la politique, Bennett a répondu qu’il avait toujours beaucoup d’estime pour elle mais que leur vision politique n’était plus la même.
« Il y a beaucoup de gens qui parlent encore d’un bloc de droite ou d’un bloc de gauche. Je ne suis plus du tout là-dedans, elle, oui », a-t-il dit avant d’ajouter que Shaked aurait figuré sur la liste de BeYahad « si elle avait partagé mes opinions du moment, à savoir qu’il faut mettre de côté la politique politicienne et nous concentrer sur le sauvetage du pays. »
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