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Sonia Devillers sur la trace des pianos spoliés par les nazis

La journaliste et animatrice sur France Inter et Arte publie son deuxième récit, "Le fabuleux piano" ; Plus de 2 000 pianos auraient été spoliés à Paris par le commando Musique

Le piano que Mylène Bernhardt attend de restituer à ses propriétaires. (Crédit : Facebook / Mylène Bernhardt)
Le piano que Mylène Bernhardt attend de restituer à ses propriétaires. (Crédit : Facebook / Mylène Bernhardt)

Il n’y a pas que des œuvres d’art : des milliers de pianos ont également été spoliés par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale, comme le raconte Sonia Devillers dans un roman retraçant son enquête sur un instrument pillé à une famille juive.

Quatre ans après « Les Exportés », un best-seller sur l’histoire de sa famille d’origine roumaine, la journaliste et animatrice sur France Inter et Arte publie son deuxième récit, « Le fabuleux piano » (Robert Laffont), qui sort en pleine rentrée littéraire.

« Ce livre part d’une quête qui a échoué », explique Sonia Devillers à l’AFP. En regrettant de n’avoir pas réussi à retrouver le piano qu’avait abandonné sa grand-mère Gabriela en fuyant la Roumanie communiste en 1961.

« Ce faisant, j’ai découvert qu’il y avait des milliers de personnes qui cherchent des pianos en Europe. Dont la plupart ont disparu pendant la guerre, volés par les nazis à des familles juives pendant l’Occupation », précise la journaliste.

L’un de ces « pianos fantômes » suscite sa curiosité. Il a été fabriqué par une prestigieuse manufacture, Erard, en bois de palissandre.

Malgré le fait qu’il porte un numéro de série, cet instrument volé en 1943 n’a jamais pu être localisé par ses anciens propriétaires, les Enoch, une famille parisienne d’éditeurs de musique en bonne partie décimée pendant la guerre.

« J’ai eu envie de savoir ce qui était arrivé à ces gens et à leur fabuleux piano », relate Sonia Devillers. « Ils m’ont tout de suite fait confiance et m’ont confié leurs archives, dont le journal intime de Jacques Enoch, l’un des rares survivants ».

Avis de recherche

Durant son enquête, l’autrice découvre l’ampleur du pillage organisé des pianos par les nazis, dont certains dignitaires estimaient que la musique devait être « au cœur de leur projet politique » et « un instrument de propagande ».

Comme l’Allemagne manque d’instruments de musique, des convois ferroviaires sont organisés pour y acheminer des centaines de pianos. Plus de 2 000 auraient ainsi été spoliés à Paris, selon les estimations données par l’historienne Caroline Piketty dans son livre « Harmonies volées », publié en 2025.

Sonia Devillers raconte comment, après la guerre, Jacques Enoch va multiplier les démarches pour tenter de retrouver le piano familial, écrivant « des dizaines de courriers au service des restitutions des instruments ». En vain.

« J’ai trouvé très beau que, jusqu’au bout de sa vie, cet homme continuera de chercher ce piano en souvenir du passé, pour le transmettre et parce qu’il sait qu’on ne lui rendra jamais ses parents et son frère », assassinés en déportation.

Le livre se termine par un avis de recherche. Car même si l’enquête n’a pas abouti, « mon secret espoir, c’est que le piano soit retrouvé grâce au livre », espère Sonia Devillers.

« Il peut être en France dans une famille qui ne connait pas l’histoire de ce piano. Comme en Allemagne, où il a peut-être été pulvérisé sous les bombes, ou bien parti en Europe de l’Est ou dans l’ex-Union soviétique si l’armée rouge a mis la main dessus à la fin de la guerre », indique-t-elle.

Avec l’espoir qu’il connaisse le sort d’un violon spolié qui sera restitué à son propriétaire le 7 octobre lors d’une cérémonie organisée à Paris par l’association « Musique et Spoliations« .

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