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Berlin annonce suspendre les exportations des armes qu’Israël pourrait utiliser à Gaza

Cette décision marque un changement de cap majeur de la part du gouvernement allemand, l'un des plus fidèles alliés, avec les Etats-Unis

Friedrich Merz prononce son premier discours en tant que chancelier allemand au Parlement à Berlin, en Allemagne, le 14 mai 2025. (Crédit : AP Photo/Markus Schreiber)
Friedrich Merz prononce son premier discours en tant que chancelier allemand au Parlement à Berlin, en Allemagne, le 14 mai 2025. (Crédit : AP Photo/Markus Schreiber)

Le chancelier allemand Friedrich Merz a annoncé vendredi la suspension des exportations d’armes qu’Israël pourrait utiliser à Gaza.

Après 22 mois d’une guerre dévastatrice, le cabinet de sécurité israélien a approuvé dans la nuit de jeudi à vendredi un plan pour « vaincre » le Hamas et « prendre le contrôle » de la ville de Gaza.

Alors que nombre de capitales européennes et arabes ont appelé Israël vendredi à reconsidérer ses plans, le président américain a lui de facto laissé cette semaine les coudées franches au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, quitte à se retrouver une nouvelle fois à rebours de la communauté internationale.

Lors d’un échange à la Maison Blanche mardi – donc avant l’annonce israélienne – avec des journalistes qui lui demandaient s’il pouvait soutenir ce plan d’occupation, le président américain avait dit se focaliser sur l’augmentation de l’aide humanitaire à Gaza, qui fait face, a-t-il reconnu, à « une vraie famine ».

« Pour le reste, je ne peux vraiment pas me prononcer, cela dépendra essentiellement d’Israël », avait-il dit.

« En fin de compte, ce qu’Israël doit faire pour assurer sa sécurité sera déterminé par Israël », a renchéri jeudi soir le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio, interrogé sur une chaîne de télévision catholique, EWTN.

Si Washington fait fortement pression sur Israël concernant la nécessité d’augmenter l’aide à Gaza, il met en avant l’exigence absolue d’une libération de tous les otages encore détenus par le Hamas et l’élimination du mouvement islamiste palestinien.

« Nos objectifs sont très clairs. Nous voulons faire en sorte que le Hamas ne puisse pas attaquer des innocents (…) et cela passe par l’éradication du Hamas », a souligné vendredi le vice-président américain JD Vance, en visite au Royaume-Uni où il s’est entretenu avec le ministre des Affaires étrangères britannique David Lammy.

Le ministre britannique des Affaires étrangères, David Lammy (à gauche), écoute le vice-président américain JD Vance (à droite) lors d’une réunion à Chevening House, à Chevening, dans le sud-est de l’Angleterre, le 8 août 2025. (Crédit : Kin Cheung / POOL / AFP)

Parallèlement, dans un changement de cap important pour Berlin, le chancelier allemand a dit que « le gouvernement allemand n’approuvera aucune exportation d’équipement militaire pouvant être utilisé dans la bande de Gaza jusqu’à nouvel ordre ».

Il devient « de plus en plus difficile de comprendre » en quoi le plan militaire israélien permettrait d’atteindre ses objectifs dans la bande de Gaza et, « dans ces circonstances, le gouvernement allemand n’autorise pas, jusqu’à nouvel ordre, les exportations d’équipements militaires susceptibles d’être utilisés dans la bande de Gaza », a déclaré M. Merz, cité dans un communiqué.

Cette décision marque un changement de cap majeur de la part du gouvernement allemand, l’un des plus fidèles alliés, avec les Etats-Unis, d’Israël en raison de la responsabilité historique de l’Allemagne dans la Shoah.

Berlin estime que la sécurité et l’existence d’Israël sont « raison d’État pour l’Allemagne », une formule d’abord utilisée par l’ancienne chancelière Angela Merkel en 2008.

Ainsi, contrairement à la France, au Royaume-Uni et au Canada, elle n’a pas promis de reconnaître un Etat palestinien en septembre à l’ONU. Berlin s’est également opposé à la suspension ou à la résiliation de l’accord d’association UE-Israël, qui faisait l’objet d’un réexamen par les 27.

« Le gouvernement allemand reste profondément inquiet de la souffrance continue de la population civile dans la bande de Gaza », a ajouté M. Merz.

« Avec l’offensive prévue, le gouvernement israélien porte une responsabilité encore plus grande » en ce qui concerne l’aide aux civils dans le territoire palestinien, a-t-il continué, réitérant son appel en faveur d’un accès complet pour « les organisations de l’ONU et d’autres institutions non gouvernementales ».

« Le gouvernement allemand demande instamment au gouvernement israélien de ne pas prendre de nouvelles mesures en vue d’annexer la Cisjordanie », a ajouté le chancelier.

Depuis le début de la guerre à Gaza, déclenchée par l’attaque du Hamas en octobre 2023, jusqu’au mois de mai de cette année, Berlin a autorisé l’exportation d’au moins 485 millions d’euros d’armement vers Israël.

Cette photo d’archive prise le 12 janvier 2016 montre le sous-marin de classe Dolphin 2 de fabrication allemande INS Rahav arrivant au port militaire de Haïfa, le 12 janvier 2016. (Crédit : AFP Photo/Jack Guez)

Ces livraisons comprenaient des armes à feu, des munitions, des pièces d’armes, des équipements spéciaux pour l’armée et la marine, des équipements électroniques et des véhicules blindés spéciaux, selon une réponse récente du gouvernement allemand à une demande parlementaire.

Le chef du gouvernement israélien a exprimé par téléphone « sa déception » au sujet de ces sanctions.

« Au lieu de soutenir la juste guerre d’Israël contre le Hamas, qui a mené l’attaque la plus horrible contre le peuple juif depuis l’Holocauste, l’Allemagne récompense le terrorisme du Hamas », affirme-t-il dans un communiqué.

Lors de cet échange, M. Netanyahu dit avoir expliqué à M. Merz « que l’objectif d’Israël n’est pas de prendre le contrôle de Gaza, mais de libérer Gaza du Hamas et de permettre l’établissement d’un gouvernement pacifique là-bas ».

Même si Netanyahu et d’autres responsables israéliens ont utilisé pendant des semaines le mot « occuper » pour parler de leurs plans, la décision prise vendredi matin par le cabinet n’a pas utilisé ce terme.

Elle parle plutôt de « prise de contrôle », pour des raisons juridiques liées à la responsabilité d’Israël envers les civils à Gaza, selon le site d’info Ynet. Le média ajoute cependant, en citant un haut responsable israélien qui a souhaité rester anonyme, que cette distinction est superficielle et que la décision concerne en fait un contrôle militaire total. La conquête s’arrêterait si un accord sur les otages était conclu, selon le rapport.

Vendredi, le vice-chancelier, le social-démocrate Lars Klingbeil, également ministre des Finances, a salué cette « décision juste », jugeant « insupportable » la souffrance à Gaza.

En revanche, la CSU, parti frère bavarois de la CDU de Merz, a été irrité et « surpris » par ce choix « auquel il n’a pas pris part », selon le quotidien Bild.

Le conseil central des Juifs d’Allemagne a fustigé la suspension des exportations d’armes, soulignant qu’Israël était « quotidiennement attaqué par des ennemis au Proche Orient ».

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