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Analyse

Beth Israel : Divergences sur les motivations du preneur d’otages qui restent floues

Les groupes juifs et les autorités sont en désaccord sur les motivations de l'attaquant, qu'il s'agisse du FBI ou de Joe Biden, du mouvement réformé ou de la synagogue visée

Jacob Magid

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

L'agent spécial du FBI Matthew DeSarno lors d'une conférence de presse à côté de la synagogue Beth Israel à Colleyville, au Texas, après une prise d'otages dans une synagogue, le 15 janvier 2022. (Crédit : Brandon Bell/Getty Images via AFP)
L'agent spécial du FBI Matthew DeSarno lors d'une conférence de presse à côté de la synagogue Beth Israel à Colleyville, au Texas, après une prise d'otages dans une synagogue, le 15 janvier 2022. (Crédit : Brandon Bell/Getty Images via AFP)

COLLEYVILLE, Texas — L’agent spécial du FBI Matthew DeSarno n’avait pourtant pas improvisé quand il avait commenté, samedi soir, les motivations de l’homme qui avait été l’auteur d’une prise d’otages dans la synagogue de la congrégation Beth Israel à Colleyville, au Texas, qui venait de s’achever après onze heures d’angoisse.

« Nous pensons, sur la base de ce à quoi nous avons assisté, que l’homme était étrangement focalisé sur une question et que cette question n’était pas spécifiquement liée à la communauté juive », avait-il dit lors d’un point-presse organisé à proximité de la synagogue d’où les trois derniers otages (ils étaient initialement quatre) étaient parvenus à prendre la fuite, sains et saufs, environ une heure auparavant.

Des propos qui avaient surpris certains des journalistes présents qui avaient à nouveau interrogé l’agent au sujet des motivations de l’attaquant, plus tard dans la conférence de presse.

Mais DeSarno était resté ferme et sûr de lui.

« Je ne suis pas prêt à en dire davantage sur les demandes du preneur d’otages – je peux seulement dire qu’elles portaient très spécifiquement sur une question qui ne concernait pas directement la communauté juive, qui ne représentait pas une menace pour elle », avait-il continué.

Et cela avait été tout. Le FBI avait adopté un positionnement clair : celui que l’attaquant, qui devait être ultérieurement identifié sous le nom de Malik Faisal Akram, un ressortissant britannique âgé de 44 ans — était passé à l’acte uniquement parce qu’il voulait qu’Aafia Siddiqui, une citoyenne pakistanaise emprisonnée sur la base militaire aérienne de Carswell, à environ 25 kilomètres au sud-ouest de Colleyville, soit libérée.

)La police devant la congrégation Beth Israel à Colleyville, au lendemain d’une prise d’otages de plus de dix heures à l’intérieur de ce lieu de culte duu Texas, le 16 janvier 2022. (Crédit : AP Photo/Brandon Wade)

Et pourtant, quand le président américain Joe Biden était revenu sur cette prise d’otages en marge d’un événement qui était organisé à Philadelphie, dimanche matin, il avait transmis un message apparemment contradictoire à celui du FBI.

« Cela a été un acte de terrorisme, et cela n’a pas seulement été lié à une personne qui a été arrêtée… il y a quinze ans », avait-il dit tout de go.

Tandis que le FBI avait insisté sur le fait qu’Akram avait été « spécifiquement focalisé sur une question », Biden, pour sa part, avait établi clairement que l’homme avait des motivations multiples.

Cette contradiction n’a été que la première d’une série de divergences qui ont commencé à brouiller les efforts de compréhension des citoyens américains de ce qui s’est exactement déroulé à la Congrégation Beth Israel (CBI) dans la journée de samedi – à la fois pendant la diffusion en direct de l’office sur Facebook Live et après.

Rassemblement pour demander la libération d’Aafia Siddiqui, qui a été reconnue coupable en février 2010 de deux chefs de tentative de meurtre et qui est actuellement détenue aux États-Unis, lors de la Journée internationale de la femme à Karachi, au Pakistan, le mardi 8 mars 2011. (Crédit : AP Photo/ Farid Khan)

Alors qu’il lui a été demandé de clarifier la contradiction apparente entre Biden et le FBI, le département de la Justice a refusé de le faire, se référant à l’enquête en cours sur le dossier. Le FBI, de son côté, a écrit dimanche soir une longue réponse au Times of Israel sous forme de communiqué qui a paru revenir légèrement sur les propos tenus par DeSarno, sans pour autant y faire directement référence.

« Nous ne perdons jamais de vue la menace que les extrémistes font planer sur la communauté juive et sur les autres groupes religieux, raciaux et ethniques. Cela fait de nombreuses années que nous entretenons des liens de proximité, durables, avec la communauté juive », commence le communiqué du FBI.

Le communiqué note ensuite les mentions répétées du nom de Siddiqui de la part du preneur d’otages, précisant qu’elle purge actuellement une peine de 86 ans de prison « pour terrorisme ».

« C’est un dossier lié au terrorisme, dans lequel c’est la communauté juive qui a été visée et il fait l’objet d’une enquête de la part des Forces opérationnelles conjointes sur le terrorisme », continue le FBI – se rapprochant ainsi de la qualification de l’incident utilisée par par Biden mais ne contredisant pas toutefois les propos tenus par DeSarno, qui avait dit que le seul mobile d’Akram était d’obtenir la libération de Siddiqui.

Tout en reconnaissant qu’un grand nombre d’éléments n’avaient pas été éclaircis pour le moment, Biden avait fait référence à des « paroles antisémites et anti-israéliennes » prononcées par Akram lorsqu’il conservait en otages les fidèles de la congrégation sous la menace d’une arme – ce qui permet au moins d’envisager la possibilité que l’attaquant avait des motivations sous-jacentes lorsqu’il avait choisi une synagogue pour sa prise d’otage.

Ces détails également n’ont pas été précisés dans le communiqué plus prudent qui a été émis par le FBI suite à l’attaque.

Le preneur d’otages de la congrégation Beth Israel qui serait un ressortissant de 44 ans, Malik Faisal Akram (Autorisation)

Synagogue réformée vs. mouvement réformé

Après que les derniers effets de l’onde de choc qui a traversé les communautés juives américaines et du monde entier ont commencé à s’atténuer, il est devenu plus facile de remarquer les interprétations contradictoires des événements qui se sont déroulés à la congrégation même au sein de la communauté.

Si Biden et des groupes juifs relativement divers ont émis des communiqués se référant à la douloureuse épreuve vécue par les fidèles de la synagogue de Colleyville comme à un acte antisémite, le lieu de culte pris pour cible par Akram, de son côté, a refusé de faire de même – presque avec défiance.

« Il est important de noter que cela a été un acte hasardeux de violence », a écrit le président de la congrégation, Michael Finfer, dans un communiqué émis également au nom du rabbin Charlie Cytron-Walker, l’un des quatre otages d’Akram.

« En effet, il y avait un million de chances que l’homme armé s’en prenne à notre congrégation », a ajouté Finfer, semblant s’aligner apparemment sur l’affirmation faite par le FBI que la prise d’otages « n’avait pas été spécifiquement liée à la communauté juive ».

Charlie Cytron-Walker (Crédit : Beth Israel)

Ceux qui étaient sur Facebook Live samedi pour regarder l’office du matin du Shabbat sur le site de la congrégation ont pu être facilement convaincus par les déclarations des responsables de la synagogue concernant « un acte de violence hasardeux ».

« Ils me laissent entrer. Je dis ‘est-ce que c’est un hébergement de nuit ?’ et on me laisse entrer, on me donne une tasse de thé et donc, je me sens mal », dit Akram sur les images entre deux divagations incompréhensibles.

« J’aime bien le rabbin. C’est un type bien, j’accroche avec lui, je l’aime vraiment bien… Cela ne fait que deux heures que je suis là mais je peux voir que c’est un type bien », ajoute-t-il.

Ceci – et tout ce qui s’est déroulé pendant ces longues heures à la congrégation Beth Israel – peut avoir été suffisant pour convaincre la synagogue réformée qu’elle avait été victime d’une prise d’otages ‘hasardeuse’, ‘avec une chance sur un million’.

Le chef du mouvement réformé, de son côté, n’en est guère persuadé.

Le rabbin Rick Jacobs. (Crédit photo : Clark Jones, avec l’aimable autorisation de l’Union pour le Judaïsme Réformé)

« Il n’y a aucun doute sur le fait que le principe sous-jacent de ce qui est arrivé hier est l’antisémitisme », a commenté le président de l’Union pour le judaïsme réformé Rick Jacobs auprès de MSNBC dans un entretien accordé dimanche. « Le preneur d’otages n’est pas allé chez McDonald’s, il n’est pas allé dans un endroit au hasard – et cela fait partie de l’antisémitisme de singulariser les Juifs. »

« Je ne connais pas un Juif, un seul, qui soit dans le flou concernant l’attaque antisémite d’hier, » a continué Jacobs. « Il est manifestement important de prendre connaissance de ce que nous découvrirons ultérieurement sur le preneur d’otages mais la vérité, c’est qu’un samedi matin, quand une communauté était unie dans la prière… quelqu’un est venu par hasard les menacer physiquement. Difficile de qualifier cela de détail hasardeux. C’est au centre de tout ce qui s’est passé ».

Le leader du mouvement réformé a parlé de DeSarno et il a fait le parallèle entre Biden et le FBI. « Nous sommes très reconnaissants que le président Biden ait raison sur un point, d’autres autorités fédérales ont eu raison sur ce point. Mais ce qui a été déclaré hier par cet agent spécial du FBI… transmet un message complètement erroné sur ce qui s’est passé en réalité hier ».

Si la MSNBC avait eu connaissance du communiqué conjoint de Cytron-Walker et de Finfer – le communiqué a été diffusé quelques minutes avant l’entretien – la chaîne aurait eu l’opportunité unique d’amener Jacobs à dénoncer non seulement le positionnement adopté par le FBI, mais celui de la synagogue très précisément visée dans l’attaque qui était à l’origine de sa prise de parole.

« Une enquête active »

Contribuant à la confusion alors que vingt-quatre heures s’étaient écoulées depuis la fin de la prise d’otages, le nombre limité de détails diffusés par le FBI, qui aura permis aux rumeurs de se mélanger à des récits apparemment exacts de ce qui avait été diffusé par le livestream sur Facebook.

Sur les images, Akram se réfère à Siddiqui en évoquant sa sœur. Un certain nombre de chaînes avaient initialement compris qu’il parlait au sens littéral du terme, et elles avaient présumé que l’homme armé était Muhammad Siddiqui.

Des membres de l’équipe SWAT se déploient près de la synagogue Congregation Beth Israel lors d’une prise d’otages à Colleyville, Texas, le 15 janvier 2022. (Crédit : Andy Jacobsohn/AFP)

Le FBI n’avait ni confirmé, ni démenti cette information, et l’avocat Muhammad Siddiqui s’était trouvé dans l’obligation de dire que son client n’était pas sur la scène de la prise d’otages.

Annonçant la fin de la prise d’otages, samedi soir, le FBI avait annoncé que le ravisseur était « décédé » et que les otages étaient « sains et saufs ».

Douze heures plus tard, cela avait été la famille d’Akram qui avait révélé qu’il avait été tué lors d’un échange de tirs avec l’unité de Secours aux otages du FBI.

Plusieurs heures après, Cytron-Walker, dans sa déclaration conjointe avec Finfer, avait évoqué la manière dont lui et les autres otages avaient « pris la fuite quand la situation s’en était présentée ».

Alors qu’il lui était demandé si les suspects s’étaient échappés ou s’ils avaient été libérés par l’homme, comme l’ont affirmé les autres responsables comme la famille du preneur d’otages, une porte-parole de Cytron-Walker a expliqué au Times of Israel : « Ils se sont échappés ».

« Je ne suis pas en mesure de vous en dire plus actuellement parce qu’une enquête est en cours », a-t-elle précisé.

Néanmoins, Katie Chaumont, responsable des Affaires publiques au FBI, a fait savoir au Times of Israel : « Il n’y pas de restrictions imposées par le FBI empêchant les anciens otages de s’exprimer. »

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