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Blinken et Lapid évoquent « les autres options » contre le nucléaire iranien

Le secrétaire d'État met en garde contre le "temps qui s'écoule" dans les négociations de l'accord sur le nucléaire ; le ministre émirati des AE ira "bientôt" en Israël

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le ministre israélien des Affaires étrangères Yair Lapid, le secrétaire d'État américain Antony Blinken et le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis Sheikh Abdullah bin Zayed al-Nahyan participent à une conférence de presse conjointe au Département d'État à Washington, le 13 octobre 2021. (Crédit : Andrew Harnik / POOL / AFP)
Le ministre israélien des Affaires étrangères Yair Lapid, le secrétaire d'État américain Antony Blinken et le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis Sheikh Abdullah bin Zayed al-Nahyan participent à une conférence de presse conjointe au Département d'État à Washington, le 13 octobre 2021. (Crédit : Andrew Harnik / POOL / AFP)

Au cours d’une conférence de presse qui a eu lieu mercredi aux côtés de ses homologues émirati et américain, le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid a évoqué « les autres options » – qui incluent l’action militaire – qui devraient être envisagées si la diplomatie ne parvenait pas à régler le problème du programme nucléaire iranien.

« D’autres options vont être mises sur le table en cas d’échec de la diplomatie », a expliqué Lapid. « En parlant d’autres options, je pense que tout le monde ici sait très bien – en Israël, aux Émirats, à Téhéran – de quoi nous voulons parler. »

Lapid a ajouté, en hébreu, que son voyage de trois jours à Washington s’était focalisé « sur ces autres options », des propos qu’il n’a pas repris lors de ses interventions en anglais.

Utilisant la même expression « d’autres options », le secrétaire d’État Anthony Blinken a aussi fait allusion à la possibilité du passage à l’action militaire si Téhéran ne devait pas réintégrer l’accord sur le nucléaire de 2015 connu sous le nom de JCPOA (Joint Comprehensive Plan of Action).

« Nous continuerons à nous intéresser à toutes les options pour relever le défi posé par l’Iran. Nous pensons que la diplomatie est le meilleur moyen de faire cela, mais la diplomatie nécessite deux interlocuteurs », a-t-il expliqué.

« Nos pays ont tous deux à cœur la nécessité d’empêcher l’Iran de se doter de l’arme atomique », a-t-il ajouté, remarquant que l’Iran avait déjà eu neuf mois depuis l’élection de Biden pour témoigner de son engagement.

« Nous sommes prêts à nous tourner vers d’autres options si l’Iran ne change pas de cap », a-t-il averti.

Lapid a déclaré au début de la conférence de presse qu’Israël « se réserve le droit d’agir à n’importe quel moment, d’une manière ou d’une autre. Ce n’est pas seulement notre droit mais c’est aussi notre responsabilité. »

Le Premier ministre israélien Yair Lapid s’exprime pendant une rencontre bilatérale avec le secrétaire d’État américain Antony Blinken au département d’État de Washington, le 13 octobre 2021. (Crédit : Andrew Harnik / POOL / AFP)

Il a ajouté que « l’Iran a publiquement annoncé sa volonté de nous effacer de la carte. Nous n’avons aucune intention de laisser une telle chose se produire ».

Le 21 septembre 2021, jour où le président iranien avait dénoncé les sanctions imposées par les États-Unis à l’Iran dans son discours à la tribune de l’ONU, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères Saeed Khatibzadeh avait indiqué que Téhéran retournerait à la table des négociations dans les semaines à venir.

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, à droite, rencontre le secrétaire d’État américain Antony Blinken, le 13 octobre 2021. (Crédit :Shlomi Amsalem GPO)

L’accord sur le nucléaire de 2015 avait offert à l’Iran un allègement de sanctions en échange d’un contrôle strict de ses activités nucléaires. Le président américain Donald Trump avait retiré unilatéralement les États-Unis de ce pacte multilatéral en 2018, réimposant des sanctions.

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, à droite, rencontre le secrétaire d’État américain Antony Blinken, le 13 octobre 2021. (Crédit :Shlomi Amsalem GPO)

Dans l’intervalle, l’Iran a ouvertement violé certaines dispositions de l’accord en enrichissant de l’uranium à des niveaux interdits dans l’accord, en stockant d’importantes quantités d’uranium enrichi, en améliorant ses centrifugeuses ou en menant des travaux susceptibles de déboucher sur la fabrication d’une arme atomique.

Le secrétaire d’État Anthony Blinken, à gauche, accompagné par le ministre israélien des Affaires étrangères, à droite, s’expriment lors d’une rencontre bilatérale au Département d’État à Washington, le 13 octobre 2021. (Crédit : Andrew Harnik / POOL / AFP)

Le négociateur américain sur la question iranienne, Rob Malley, a déclaré mercredi à la Fondation Carnegie pour la paix internationale : « Nous avons le sentiment que revenir en arrière serait encore la meilleure solution mais nous sommes réalistes ».

« Nous savons qu’il y a au moins une bonne possibilité que l’Iran choisisse une voie différente et nous devons nous coordonner avec Israël et avec nos autres partenaires de la région », a-t-il ajouté.

Après avoir pris part aux entretiens avec Israël et les Émirats arabes unis, Malley a annoncé qu’il allait se rendre aux EAU, en Arabie saoudite et au Qatar d’ici quelques jours.

Robert Malley. (Capture d’écran YouTube)

Lapid a évoqué la question palestinienne aussi, reprenant les mots de John F. Kennedy : « Tous les peuples ont droit à un mode de vie décent ».

« Ce qui inclut aussi les Palestiniens, bien sûr », a-t-il continué. « Notre objectif est de travailler aux côtés de l’Autorité palestinienne pour garantir que tous les enfants aient cette opportunité ».

De son côté, Blinken a promis « d’approfondir nos liens diplomatiques ».

« Comme je l’ai dit au mois de mai », a-t-il poursuivi, « nous allons faire avancer notre projet d’ouvrir un consulat dans le cadre de cet approfondissement des liens avec les Palestiniens ».

Blinken a aussi souligné que l’administration Biden « s’engage à renforcer, ces prochaines années, les efforts livrés par l’administration précédente qui ont permis d’élargir le cercle de pays qui ont normalisé leurs relations avec Israël ».

De son côté, le ministre des Affaires étrangères émirati, Abdullah bin Zayed Al Nahyan, a dit que son pays « est extrêmement impressionné par notre relation croissante avec Israël ».

Le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis United Abdullah bin Zayed Al Nahyan pendant une conférence de presse conjointe avec le secrétaire d’État Anthony Blinken et le ministre israélien des Affaires étrangères Yair Lapid au département d’État de Washington, le 13 octobre 2021. (Crédit : Andrew Harnik / POOL / AFP)

Bin Zayed a annoncé qu’il se rendrait « bientôt » au sein de l’État juif.

« Le ministre des Affaires étrangères Yair a eu la gentillesse de m’inviter en Israël et je m’y rendrai bientôt pour y rencontrer un ami qui est également un partenaire », a-t-il affirmé.

Évoquant les Palestiniens, bin Zayed a déclaré que les accords d’Abraham aidaient Israël et les EAU à « faire preuve de plus de franchise l’un avec l’autre », « mais encouragent aussi les autres, leur faisant prendre conscience qu’il y a encore beaucoup de choses à réaliser ».

Il a fait référence au Hezbollah, ennemi juré d’Israël.

« Nous devons garder à l’esprit que nous ne devons pas terminer dans une situation où nous aurions un autre Hezbollah menaçant les frontières de l’Arabie saoudite », a commenté Bin Zayed. « Et les Houthis ont réussi à développer leurs capacités au cours des dernières années d’une manière bien plus rapide que le Hezbollah a pu développer les siennes ».

Des membres de tribus loyales aux rebelles houthis lèvent leurs armes pendant une manifestation contre l’accord de normalisation conclu entre Israël et les Émirats arabes unis, à Saana, au Yémen, le 22 août 2020. (Crédit : AP/Hani Mohammed, File)

« Nous devons nous assurer que nous avons suffisamment de partenaires et suffisamment de soutien à l’international pour ne pas connaître un nouveau sud-Liban au Yémen », a-t-il souligné.

L’équipe du Times of Israel et l’AFP ont contribué à cet article.

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