Brisant le silence au lendemain du conflit, Bennett s’en prend au gouvernement
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Brisant le silence au lendemain du conflit, Bennett s’en prend au gouvernement

Le chef de Yamina a qualifié la gouvernance, pendant les tensions, "d'humiliation nationale," notant que des options existent pour former une nouvelle coalition

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le président de Yamina, Naftali Bennett, dirige une réunion de faction à la Knesset, le 26 avril 2021. (Yonatan Sindel/Flash90)
Le président de Yamina, Naftali Bennett, dirige une réunion de faction à la Knesset, le 26 avril 2021. (Yonatan Sindel/Flash90)

Après avoir refusé de commenter la situation politique au cours des deux dernières semaines d’hostilités entre Israël et le Hamas, le leader de Yamina, Naftali Bennett, a rompu le silence dimanche, critiquant avec force le gouvernement et notant qu’ « un certain nombre d’options existent » pour rassembler une nouvelle majorité au pouvoir. Il a signalé que son intégration au sein d’une coalition aux côtés du dit « bloc du changement » était encore d’actualité.

« Je n’ai pas voulu m’exprimer contre le gouvernement alors que les soldats et la police risquaient leurs vies sur le terrain », a écrit Bennett dans un long post publié sur Facebook, se prêtant à une critique cinglante du gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

« Je ne me souviens pas d’une période d’une telle faiblesse, avec un manque aussi accru de fonctionnement, d’une telle période d’humiliation nationale », a écrit Bennett, qui a ajouté que la sécurité personnelle des Israéliens « s’est détériorée à un niveau insupportable ».

Le dirigeant de Yamina a aussi mis en cause la gestion de la crise du coronavirus, marquée par un « processus décisionnaire tordu, empreint de considérations personnelles et politiques ».

Des Israéliens se réfugient dans la cage d’escalier de leur immeuble alors qu’une sirène retentit pour avertir de l’arrivée de roquettes tirées depuis la bande de Gaza, à Ashdod, le 19 mai 2021. (Crédit : AP Photo/Heidi Levine)

« Et tout cela crée l’écran de fumée du culte de la personnalité autour du Premier ministre, et tous ceux qui osent le critiquer sont gravement attaqués », a-t-il continué.

Bennett a évoqué les événements survenus lors des trois dernières semaines, avec les émeutes meurtrières entre Juifs et Arabes en Israël ; les affrontements survenus sur le mont du Temple et dans le quartier de Sheikh Jarrah, à Jérusalem-Est, en raison des expulsions en suspens d’un certain nombre de familles palestiniennes ; ainsi que les premiers tirs de roquette sdu Hamas qui ont entraîné un conflit majeur avec Gaza – un conflit qui s’est achevé par un accord de cessez-le-feu, vendredi dernier.

« Même les partisans les plus ardents de Netanyahu commencent à comprendre que l’admiration vouée au leader, quel qu’en soit le prix, ne peut pas remplacer la politique », a écrit Bennett.

Des synagogues incendiées, des voitures et des magasins vandalisés dans la ville de Lod, dans le centre d’Israël, à la suite d’une nuit d’émeutes violentes perpétrées par des résidents arabes dans la ville, le 12 mai 2021. (Crédit : Avshalom Sassoni / Flash90)

« La capacité de dissuasion de l’État – face à un groupe de terroristes à Gaza et face à des gangs armés en Israël – est au point le plus bas de toute l’Histoire du pays », a poursuivi Bennett. Il a aussi accusé le gouvernement d’avoir échoué de même, au fil des années, à empêcher le groupe terroriste du Hezbollah de s’armer, ajoutant que l’organisation possède aujourd’hui 150 000 roquettes dirigées vers chaque ville du pays.

Et dans le cadre de ces événements, « il y a des ministres au sein du gouvernement qui, nuit et jour, continuent à faire de la politique politicienne, en désertant dans les moments difficiles », a-t-il précisé.

« Tout le pouvoir avec zéro responsabilité », a-t-il déploré.

Citant les quatre élections non-concluantes « absurdes » organisées au sein de l’État juif au cours des deux dernières années et demi, Bennett a remarqué qu’il n’y avait pas encore de budget d’État en raison de la situation politique.

« Nos rivalités internes et notre autodestruction nous affaiblissent. Quand l’ennemi identifie la faiblesse, il passe à l’attaque », a-t-il continué.

« Le temps des boycotts est terminé. Il est temps de faire ce qui est nécessaire et de former un gouvernement qui pourra travailler », a-t-il expliqué, se référant à d’importants partis politiques qui ont exclu de rejoindre une coalition avec d’autres partenaires potentiels.

« Celui qui entraînera le pays vers de nouvelles élections, vers un cinquième scrutin, vers davantage de poison, vers davantage de haine ; celui qui amènera le pays vers une autre année de dysfonctionnements de l’État, vers un immense gaspillage de fonds – celui-là joue la partition des ennemis qui veulent nous nuire », a-t-il averti. « Ce serait ici l’erreur de trop ».

Le chef du parti Yesh Atid Yair Lapid en conférence de presse à Tel Aviv, le 6 mai 2021. (Crédit : Avshalom Sassoni/FLASH90)

« Même aujourd’hui, il y a plusieurs options permettant de former un gouvernement si nous renonçons aux boycotts et que nous comprenons bien l’importance de l’instant que nous sommes en train de vivre », a-t-il souligné.

Le mandat de Yair Lapid, à la tête de Yesh Atid – qui a été chargé de rassembler une coalition – expirera le 2 juin. Lui et Bennett étaient sur le point de trouver un accord de coalition avec le soutien du parti islamiste Raam quand les combats avec les groupes terroristes de Gaza ont commencé, entraînant le leader de Raam, Mansour Abbas, à faire marche arrière.

Bennett a déclaré ultérieurement que cette option n’était plus envisageable.

Répondant à Bennett, le parti du Likud de Netanyahu a émis un communiqué critiquant « les politiciens qui parlent à droite et qui agissent à gauche ».

« Au moment même où ils publient des posts et des articles ‘apparemment’ à droite, ils continuent à s’engager à gauche et à œuvrer à former un gouvernement qui dépendra conjointement des formations de gauche de Lapid, du Meretz et du parti Travailliste », a déclaré le communiqué, qui a appelé Bennett et le dirigeant de Tikva Hadasha, Gideon Saar, à ne pas intégrer une telle coalition.

Contrant les critiques lancées par Bennett, le communiqué a ajouté que « le Premier ministre Benjamin Netanyahu a sorti Israël de la pandémie de coronavirus et il a été le premier dans le monde à le faire ; il a mené une campagne qui a porté des coups durs au Hamas, faisant reculer d’une décennie le groupe terroriste ; il a mobilisé un large soutien international qui a permis à l’armée israélienne de mener à bien sa mission et il a stoppé les émeutes dans le pays ».

Le post de Bennett a été publié quelques jours après que le site Walla a fait savoir que suite à l’éloignement apparent de Bennett du dit « bloc du changement », Netanyahu avait réduit de manière significative les offres initiales qu’il avait faites au chef du parti de droite.

Le politicien israélien Gideon Saar pendant une conférence à Jérusalem, le 7 mars 2021. (Crédit : AP Photo/Sebastian Scheiner)

Pendant ce temps, selon plusieurs articles publiés la semaine dernière dans les médias israéliens, Gideon Saar, chef du parti de droite Tikva Hadasha, serait en train de réfléchir à la possibilité de former une coalition de partage du pouvoir avec Netanyahu, dans laquelle Saar assumerait en premier le poste de Premier ministre. Les articles ont noté que malgré son refus constant, dans le passé, de donner une occasion à Netanyahu de former un gouvernement, Saar aurait adouci son opposition à toute coopération politique depuis que Bennett a pris ses distances avec le « bloc du changement ».

Selon un reportage diffusé par la Douzième chaîne, les responsables du Likud pensent que Saar pourrait accepter un accord de rotation dans la mesure où il a promis de ne pas servir « sous l’autorité de » Netanyahu, mais qu’il n’a rien dit s’il s’agissait de travailler « à ses côtés ». La chaîne a spéculé que Bennett serait alors dans l’obligation de rejoindre une coalition qui serait dirigée par Saar et Netanyahu suite à sa promesse de ne pas torpiller un gouvernement de droite si celui-ci pouvait être formé.

Tikva Hadasha a démenti cette information.

Si Lapid échoue à former un gouvernement au cours de 28 jours impartis, une majorité de députés pourra tenter de désigner un membre de la Knesset, quel qu’il soit, à la fonction de Premier ministre – ce qui serait une première, un chef de gouvernement n’ayant jamais été élu de cette façon dans toute l’Histoire du pays. Et s’il est impossible de mettre en place une coalition dans cette fenêtre de 21 jours, le pays devra alors retourner pour la cinquième fois aux urnes en l’espace de deux ans et demi – ce qui serait un scénario sans précédent.

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