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Canada: une avocate défendant un néo-nazi accusée de déformer des faits sur la Shoah

Me Hélène Poussard a déclaré que "l’idéologie des nazis ne correspondait pas à l’antisémitisme" et que "ça ne faisait pas partie du plan initial d’exterminer les Juifs"

Le Palais de justice de Montréal. (Crédit : Jean Gagnon / CC BY-SA 3.0)
Le Palais de justice de Montréal. (Crédit : Jean Gagnon / CC BY-SA 3.0)

Gabriel Sohier-Chaput, un Montréalais qui a rédigé environ 1 000 articles sur un site néonazi aux États-Unis, était à nouveau jugé au palais de justice de Montréal mi-juillet, accusé d’avoir fomenté la haine envers les Juifs.

Le procès concerne principalement un texte traitant d’affiches antisémites placardées dans un abribus de la Colombie-Britannique – bien que l’homme ait été un des auteurs les plus prolifiques du site en question, avec des centaines de publications à son actif, un seul article a été déposé en preuve par les autorités.

« 2017 sera une année d’action. On doit s’assurer qu’aucun guerrier de la justice sociale ou Juif ne soit à l’abri d’être provoqué. Le nazisme continue jusqu’à ce que les rues soient inondées des larmes de nos ennemis », avait-il notamment écrit, dans son texte qui a depuis été dépublié.

Suite au procès, sa défense, Me Hélène Poussard, a été accusée dans un communiqué du CIJA, l’agence représentative de la communauté juive institutionnelle du Canada, d’avoir déformé certains évènements historiques reliés à la Shoah.

Pendant son allocution, l’avocate a notamment déclaré que « l’idéologie des nazis ne correspondait pas à l’antisémitisme », que « selon le dictionnaire, le nazisme, c’est du national-socialisme », et que « ça ne faisait pas partie du plan initial d’exterminer les Juifs ». Elle a aussi indiqué que la population juive avait été exterminée « parce que ça coûtait moins cher de les gazer ». « Et est-ce vraiment six millions de victimes ? Je pense que si des gens sont morts dans des camps de concentration, c’était pour sauver de l’argent. C’est ce que j’ai appris à l’école », a-t-elle ajouté.

Le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA) a ainsi estimé que ces propos résultaient d’un manque d’éducation lié à la Shoah et a demandé au ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, d’inclure l’enseignement de l’histoire de la Shoah et la sensibilisation à l’antisémitisme dans le programme scolaire québécois – le sujet ne fait actuellement pas partie du programme obligatoire.

« J’ai eu de la difficulté à trouver les mots », a réagi Eta Yudin, vice-présidente québécoise du CIJA, aux propos de l’avocate. « C’est la goutte qui fait déborder le vase. Elle fait de la banalisation de l’Holocauste. C’est difficile de voir comment une personne aurait pensé que cet argumentaire allait être pertinent. »

Selon un récent sondage, un Québécois sur trois estime avoir une « connaissance insuffisante » de l’histoire de la Shoah, comparativement à une personne sur quatre dans le reste du pays. La tendance est à la hausse année après année.

« Compte tenu de l’importance de cet évènement au 20e siècle, on trouve ce chiffre alarmant », a affirmé le CIJA, qui souhaite améliorer ce chiffre ainsi que la sensibilisation à l’antisémitisme « afin d’éviter que d’autres remarques déplorables telles celles de Me Poussard viennent tourner le fer dans la plaie de la communauté ».

« Des connaissances relatives à l’Holocauste, de même qu’à d’autres génocides, sont à l’étude dans le programme Monde contemporain obligatoire en 5e secondaire », a fait remarquer le ministère de l’Éducation par écrit.

« L’antisémitisme est bien souvent le canari dans la mine et prédit la radicalisation. Ce qui commence avec les Juifs ne finit jamais avec les Juifs, » a déclaré Eta Yudin. « L’enseignement de l’Holocauste dans les cours d’histoire est important pour comprendre les causes et le contexte », a ajouté Eta Yudin. « C’est à nous tous de lutter contre toute forme de racisme. Ce n’est pas la bataille d’une communauté ou d’une personne. Et si on n’a pas de compréhension du passé, comment éviter dans le futur que l’histoire se répète ? »

Gabriel Sohier Chaput, militant néo-nazi canadien aussi connu sous le pseudonyme « Zeiger ». (Crédit : capture d’écran)

Sohier Chaput, le prévenu actuellement jugé et défendu par Me Hélène Poussard, est consultant en informatique. Il a été l’un des rédacteurs les plus actifs du site néo-nazi en question entre 2016 et 2017. Un mandat d’arrêt avait été lancé contre lui en 2018.

Son procès devait se clore mi-juillet mais se poursuivra finalement dans quelques semaines, afin que le débat sur les liens entre le nazisme et la Shoah puisse se poursuivre, à la demande du juge. Il risque jusqu’à deux ans de prison.

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