C’est Netanyahu, et non Lapid ni Bennett, qui est le responsable de sa perte
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Analyse

C’est Netanyahu, et non Lapid ni Bennett, qui est le responsable de sa perte

En rompant ses promesses avec ses partenaires de coalition de manière répétée, Netanyahu a convaincu ses alliés potentiels qu'ils n'avaient rien à gagner d'une coopération

Haviv Rettig Gur

Haviv Rettig Gur est l'analyste du Times of Israël

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s'exprime durant une cérémonie en hommage aux travailleurs médicaux et aux hôpitaux dans leur lutte contre l'épidémie de coronavirus à Jérusalem, le 6 juin 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s'exprime durant une cérémonie en hommage aux travailleurs médicaux et aux hôpitaux dans leur lutte contre l'épidémie de coronavirus à Jérusalem, le 6 juin 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Yair Lapid et Naftali Bennett pourraient bien avoir accompli l’impossible. Dimanche sera non seulement le jour de la fin de 12 années consécutives de mandat pour le Premier ministre Benjamin Netanyahu mais, si tout se déroule comme prévu, ce sera également le premier jour du gouvernement le plus étrange et le plus improbable jamais connu dans le pays.

Il comprendra le parti islamiste Raam et la formation belliqueuse Tikva Hadasha, le Meretz progressiste ou Yamina, profondément conservateur – des mouvements s’assumant comme religieux ou passionnément laïcs, avec des députés anxieux de voir se concrétiser l’établissement d’un État palestinien, d’un côté, et d’autres tout aussi inquiets face à une telle perspective, qui se sont pourtant bousculés à la table des négociations pour occuper une place dans la coalition.

Un grand nombre d’observateurs ont d’ores et déjà noté que l’élément fédérateur qui maintient cette nouvelle alliance turbulente en place n’est autre que l’homme que toutes ces factions cherchent à remplacer – une caractéristique justifiant en elle-même la « remise du prix Nobel à Netanyahu », a raillé un comédien facétieux.

Mais qu’y a-t-il chez Benjamin Netanyahu qui puisse à ce point unir toutes ces parties disparates dans leur volonté de l’écarter du pouvoir ?

Est-ce, comme les leaders du Likud l’ont déploré, une « haine sauvage de Netanyahu ? »

Des Israéliens protestent contre le gouvernement d’unité aux abords du domicile du député Yamina, Nir Orbach, à Petah Tikva, le 8 juin 2021. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Certains parlementaires de droite qui tentent de chasser Netanyahu du pouvoir le haïssent assurément. Pour Avigdor Liberman d’Yisrael Beytenu, Naftali Bennett et Ayelet Shaked de Yamina, et Gideon Saar de Tikva Hadasha, qui ont tous travaillé directement à ses côtés comme conseillers politiques ou qui ont été nommés par lui à de hautes responsabilités, il y a beaucoup d’animosité personnelle – et une bonne partie de cette animosité a été causée par Netanyahu lui-même.

Mais les autres ? Sharren Haskel de Tikva Hadasha, Yifat Shasha-Biton et Zeev Elkin, ou Nir Orbach, Abir Kara et Idit Silman de Yamina ? Netanyahu avait simplement besoin de deux transfuges – potentiellement même un seul – pour éviter son départ du pouvoir qui devrait avoir lieu dimanche et il a insisté à maintes reprises, au cours des deux dernières semaines, sur le fait qu’il comptait d’ores et déjà sur l’appui de plus de deux rebelles. Mais à l’heure de l’écriture de cette analyse, il ne s’est rien passé. Pourquoi ? Pourquoi n’est-il pas parvenu à les amener à se prononcer en sa faveur alors même qu’il leur offrait des places ouvertes sur la liste du Likud, voire des postes attractifs dans son cabinet ?

Certains, dans la nouvelle coalition et au centre-gauche, sont en désaccord avec Netanyahu de manière substantielle, sur des questions d’économie ou sur les Palestiniens. Mais de nombreux autres, d’Yisrael Beytenu à Yamina en passant par Tikva Hadasha, n’ont pas de positionnements fondamentalement divergents avec lui et sur de nombreux sujets. Et pourtant, les mêmes refusent de s’allier à lui, même au nom de la défense des causes qui leur sont chères et qu’ils partagent.

L’explication la plus simple de la chute de Netanyahu, le catalyseur le plus simple de la nouvelle alliance improbable qui a émergé pour s’opposer au Premier ministre, c’est Netanyahu lui-même. Ou, plus précisément, c’est la manière dont Netanyahu s’est comporté dans le passé, son traitement de ses adversaires politiques et de ses alliés qui le prive aujourd’hui d’une capacité à négocier et d’une marge de manœuvre.

Les Israéliens protestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu aux abords de la résidence officielle du Premier ministre à Jérusalem, le 5 juin 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Promesses rompues

Il est important de saisir le degré de méfiance que Netanyahu suscite dans le système politique, non seulement dans le « bloc du changement » mais même dans ses rangs du Likud. Une méfiance dont Netanyahu lui-même a été l’artisan.

L’histoire de la situation fâcheuse dans laquelle se trouve Netanyahu commence peut-être au mois d’octobre 2012, quand le leader du Likud a annoncé l’union des listes électorales du Likud et d’Yisrael Beytenu, une union qui, espérait le leader d’Yisrael Beytenu Liberman – ancien Likudnik – marquerait son retour mille fois reporté au sein du parti au pouvoir. Les deux formations s’étaient présentées ensemble au cours du scrutin de 2013 mais Netanyahu avait passé l’année suivante à travailler dur de façon à neutraliser les efforts de fusion des deux listes, et c’est un Liberman amer qui avait rompu l’alliance en 2014 et qui avait refusé de rejoindre la coalition de Netanyahu après le scrutin de 2015.

Netanyahu avait finalement convaincu Liberman de passer l’éponge en 2016, le nommant ministre de la Défense afin de l’attirer dans sa coalition. Mais Netanyahu avait finalement vidé le poste de tout pouvoir significatif, il avait communiqué avec l’armée sans passer par le nouveau ministre et avait entraîné la démission, en 2018, d’un Liberman humilié et frustré, qui n’aura jamais pris une seule décision ministérielle significative au cours de son mandat.

Le président d’Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, fait une déclaration à l’ouverture de la réunion hebdomadaire de son groupe à la Knesset, le 7 septembre 2020. (Yisrael Beytenu)

Il ne s’agit pas ici d’éprouver de la sympathie pour la situation difficile de Liberman mais de mettre en exergue les calculs de ce dernier quand, suite aux élections du mois d’avril 2019, il a pu apercevoir une chance de rendre la pareille – et qu’il s’en est saisi. Pendant sept longues semaines de négociations de coalition, il a laissé Netanyahu croire qu’il rejoindrait cette dernière – jusqu’au 30 mai, dernier jour du mandat accordé par le président à Netanyahu pour mettre en place le gouvernement. Ce n’est qu’à ce moment-là, quelques heures avant l’échéance fixée à Netanyahu pour former un gouvernement, qu’il est apparu clairement que Liberman n’intégrerait pas la coalition de Netanyahu et la crise des quatre élections successives en deux ans a commencé dans le pays.

Liberman n’a pas été animé par un simple désir de revanche. Il est un politicien averti, qui a montré de manière répétée qu’il était capable de se hisser au-delà de l’animosité personnelle au nom des responsabilités. C’est simplement que Netanyahu lui a prouvé de manière répétée qu’aucune promesse, aucune nomination de sa part obtenues à la table des négociations n’était un gage de sécurité lorsque venait le moment d’en tirer profit.

Au lieu de l’introspection à laquelle il était possible de s’attendre après un tel revers, Netanyahu a passé les deux années suivantes à redoubler de manœuvres similaires.

Il a pensé qu’il avait finalement trouvé une sortie de l’impasse quand il a signé un accord de rotation au pouvoir avec Benny Gantz, au mois de mars 2020, une initiative qui a fait éclater l’alliance Kakhol lavan et qui lui a permis de conserver son poste pendant 18 mois supplémentaires.

Le ministre de la Défense Benny Gantz, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et, derrière eux, le chef du Shin Bet Nadav Argaman, lors d’une conférence de presse après le cessez-le-feu à Gaza, à Tel Aviv, le 21 mai 2021.

De nouvelles institutions ont été forgées dans cet accord de coalition et de nouveaux concepts étranges ont été introduits dans les Lois fondamentales constitutionnelles israéliennes, avec notamment « le Premier ministre d’alternance », le « gouvernement de parité », un Premier ministre qui n’a plus le pouvoir de limoger les ministres siégeant dans son propre cabinet, la stipulation que toute motion de censure d’une partie accorderait automatiquement le poste de Premier ministre à l’autre – tout cela pour satisfaire un Gantz inquiet de ce que ce vieux renard de Netanyahu ne tiendrait pas ses promesses. Le chef du Likud l’avait pourtant affirmé lui-même : Ici, « pas de ruses et pas de trucage ».

Et pourtant, les ruses et les trucages sont arrivés rapidement – à peine l’encre séchée sur le papier, en fait. Netanyahu a immédiatement commencé à saper l’accord conclu par le biais d’actions variées, la plus notable étant l’initiative sans précédent de refuser l’adoption d’un budget de l’État pour l’année fiscale 2020 – ce qui a entraîné les élections anticipées du mois de mars, avant que Gantz puisse occuper lui-même le poste de chef de gouvernement.

Cette fois-ci, Netanyahu a eu toutes les raisons possibles de penser qu’il avait surmonté l’adversité. Au début de l’année 2021, il a pu s’enorgueillir d’une campagne de vaccination unique au monde et de quatre accords de paix, avec une opposition divisée dans le pays et la perspective d’une baisse spectaculaire de la participation électorale arabe. Puis est venu le jour du scrutin, dont les résultats ne sont pas parvenus à faire sortir le pays de l’impasse dans laquelle il se trouve bloqué depuis deux ans et trois votes.

Ce nouveau gouvernement n’est donc pas un tournant soudain dans la politique israélienne mais simplement la dernière étape de l’expansion fragmentée du cercle de défiance que Netanyahu a construit autour de lui. La crise qui a commencé en avril 2019 a été causée par la désinvolture de Netanyahu et l’aliénation (il faut le dire, largement non-nécessaire) d’anciens alliés qu’il ne pouvait pas se permettre de perdre.

Les Israéliens protestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu aux abords de la résidence officielle du Premier ministre à Jérusalem, le 5 juin 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Mais c’est très exactement ce qui est arrivé et de son seul chef : En rompant un aussi grand nombre de promesses de coalition, et de façon si systématique, il a perdu la capacité de promettre et de négocier.

La meilleure preuve de cet échec est le fait que les promesses persistantes de nominations généreuses de la part du Likud ont échoué à séduire même les députés les plus modestes et libres appartenant au « bloc du changement ».

S’agirait-il de la toute première cohorte de députés, dans toute l’Histoire israélienne, où un seul transfuge n’a pas pu être trouvé ? Ou est-ce plus probablement le fait qu’un serment de Netanyahu n’est plus suffisamment digne de confiance pour donner l’envie de changer de camp ?

(Il y a eu, bien sûr, un transfuge dans le parti : Amichai Chikli. Mais il a déclaré que son départ de Yamina se fondait sur un positionnement de principe et il n’a pas demandé – ni reçu – de garanties de la part du Likud pour cette démarche. Il parle depuis de fonder un autre parti.)

La manœuvre de Saar

Le président de Tikva Hadasha Gideon Saar dirige une réunion de faction à la Knesset, le 26 avril 2021. (Yonatan Sindel/Flash90)

Au cours de la semaine passée, il est apparu clairement que son départ imminent du pouvoir n’a pas amené Netanyahu à réexaminer les pièges posés par son mauvais traitement de ses alliés et par sa tendance à revenir sur ses engagements les plus solennels.

Il a ainsi passé les quinze derniers jours à essayer d’attirer Gideon Saar, de Tikva Hadsha, et Mansour Abbas, de Raam, et de les convaincre d’abandonner l’alliance Lapid-Bennett. En vain.

Au cours d’un entretien téléphonique entre Netanyahu et Saar, en date du 29 mai, Netanyahu a demandé à Saar de le rencontrer pour évoquer un accord de rotation dans lequel il aurait offert au dirigeant de Tikva Hadasha la primeur à la rue Balfour par le biais d’un accord de rotation.

Une proposition rejetée tout de go – Saar ne lui accordant aucune crédibilité et estimant qu’il s’agissait d’une ruse visant à semer la défiance dans le camp Lapid-Bennett.

Netanyahu a laissé fuiter des informations portant sur de nouvelles propositions qui ont été écartées de manière répétée par Saar depuis ce refus.

Personne ne lui accorde plus crédit.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) à la Knesset le 29 juillet 2013. Naftali Bennett (à gauche) et Gideon Saar sont assis au premier plan. (Miriam Alster/FLASH90)

Comme Naftali Bennett l’a expliqué publiquement, le 30 mai, en évoquant la première offre, il y a eu une raison simple à l’incapacité de Netanyahu à convaincre le chef de Tikva Hadasha : « Il y a eu une autre tentative, une tentative publique, d’établir un gouvernement de droite, avec Gideon Saar qui serait devenu Premier ministre le premier dans le cadre d’un accord de rotation et Netanyahu qui aurait été second. J’ai, bien sûr, été d’accord sur le principe. Mais cette tentative a échoué parce que personne ne croit que ces promesses puissent être tenues ».

Le rejet d’Abbas

Puis est venu le tour d’Abbas. Netanyahu a appelé Abbas des dizaines de fois ces dernières semaines, et de manière particulièrement répétée ces derniers jours.

Selon un reportage qui a été diffusé sur la Douzième chaîne concernant un tel appel, la semaine dernière – ce sont les responsables de Raam qui auraient laissé fuiter l’information – Netanyahu a tenté de convaincre Abbas qu’il pouvait donner à la communauté arabe israélienne tout ce que ne pourraient pas accorder Lapid et Bennett.

« Je suis le seul à pouvoir mener cela à bien, toutes leurs promesses sont gravées dans la glace », aurait déclaré Netanyahu à Abbas lors de l’entretien téléphonique, laissant entendre que l’accord de coalition conclu par Abbas avec Lapid et Bennett ne serait pas honoré.

Netanyahu a ensuite continué, disant que « je crois au changement, et je veux mener à bien ce changement avec vous. Je suis le seul à pouvoir écrire une nouvelle page avec la communauté arabe. Ma stature et le fait que mon gouvernement sera un gouvernement de droite m’autoriseront à faire des choses qu’ils ne se permettront pas de faire ».

Dans un entretien accordé le 3 juin à la station de radio Kan, Abbas a expliqué pourquoi il s’était détourné de Netanyahu.

« En fin de compte, j’en suis arrivé à ce moment déterminant de la décision où on se demande si on croit vraiment que l’autre partie va réellement s’attacher à ses engagements, s’il y a de la bonne volonté ou non, parce qu’on peut écrire n’importe quoi sur une page », a-t-il dit.

Le chef de Yesh Atid, Yair Lapid (G), le leader de Yamina, Naftali Bennett (C) et le leader de Raam, Mansour Abbas, signent un accord de coalition le 2 juin 2021 (Crédit : Raam).

Avec Lapid et Bennett, a-t-il expliqué, « si nous n’avons pas obtenu tout ce que nous voulions », ce qui a été obtenu à la table des négociations sera honoré le moment venu.

Promesses, promesses

Pour Netanyahu, la même histoire se répète et se répète encore. Le 6 juin, par exemple, Kan a fait savoir que Netanyahu avait appelé Shmulik Silman, mari de la députée de Yamina Idit Silman, pour une « longue conversation » qui a compris (selon Kan) la suggestion qu’il pourrait, lui, le mari, être nommé à une haute-fonction dans une entreprise publique s’il parvenait à faire changer le vote de son épouse, permettant ainsi au Likud de rester au pouvoir.

Le porte-parole du Likud a nié avoir connaissance de l’existence de cet entretien téléphonique mais Yamina affirme sa véracité. C’est cette sorte de manœuvre douteuse qui a taillé la réputation de politicien rusé et agressif de Netanyahu dans le passé – mais les députés s’interrogent : N’est-ce pas finalement un simple appétit pour la supercherie ? Les offres affluent comme l’eau du torrent – et c’est très précisément la raison pour laquelle elles ne trouvent plus preneur.

Idit Silman, députée Yamina, lors d’un évévenement de Tou Bichvat, dans l’implantation de Beit El, le 10 février 2020. (Crédit : Sraya Diamant/Flash90)

La malhonnêteté est, bien sûr, inhérente en politique et Lapid et Bennett eux-mêmes contreviennent à des promesses électorales pourtant souvent répétées par la simple formation de leur coalition improbable.

Lapid a passé une année à railler la trentaine de ministres du gouvernement « bouffi » de Netanyahu. Le sien compte à peu-près le même nombre. Alors qu’un journaliste lui demandait, cette semaine, de justifier ce chiffre important, il a simplement répondu : « Je ne le peux pas ».

Bennett n’est pas meilleur. Dans la semaine qui avait précédé le jour des élections, Bennett avait fait la promesse lors d’une émission de télévision en direct qu’il ne siègerait jamais avec Lapid dans un accord de rotation. Lors d’une interview, au début de la semaine, où il lui était demandé pourquoi il avait trahi cette promesse, il a expliqué qu’il avait préféré accorder la priorité à une autre : celle de ne pas permettre un cinquième scrutin d’affilée.

Et pourtant, ce n’est pas ce type de malhonnêteté qui pourrait bien avoir détruit aujourd’hui Netanyahu. Il est très certainement coupable de ne pas avoir tenu de promesses de campagne – mais cela n’a jamais interrompu son ascension au pouvoir.

Dans sa première campagne en 1996, Netanyahu avait juré de ne jamais négocier avec Yasser Arafat — il avait ensuite signé le dernier accord à avoir été conclu entre Israéliens et Palestiniens, l’accord Wye, en 1998, avec le même Arafat. Lors de la campagne de 2009, Netanyahu avait juré de renverser le gouvernement du Hamas à Gaza avant de passer les douze années suivantes à tenter de soutenir ce gouvernement, en échange d’une stabilité relative sur la frontière du sud du pays.

Les promesses faites aux électeurs qui ne sont finalement pas tenues ne sont pas une aberration : elles sont, au contraire, une caractéristique essentielle de la démocratie parlementaire, aussi vieille que l’institution en elle-même du parlement élu.

Cicéron. (Crédit : Wikimedia Commons)

Le phénomène est même plus ancien, en fait. En l’an 64 avant notre ère, le célèbre politicien, orateur et écrivain Cicéron se présentait à une élection comme consul – la fonction la plus importante de la république. Avant la course, son frère Quintus lui avait écrit une lettre le conseillant pour sa candidature – et qui garde toute sa pertinence deux millénaires plus tard.

« Si un politicien ne faisait que des promesses qu’il est sûr de pouvoir tenir, il n’aurait pas beaucoup d’amis », avait écrit Quintus. « Mieux vaut décevoir quelques-uns au forum parce que vous n’avez pas tenu une promesse que d’avoir une foule devant votre habitation parce que vous avez refusé de lui promettre ce qu’elle désire ».

Les promesses de campagne rompues ne sont pas même nécessairement un signe de malhonnêteté. Bennett aurait probablement aimé pouvoir tenir ses promesses faites aux électeurs – comme c’est également sûrement le cas de Lapid et de Netanyahu. Dans les systèmes parlementaires et dans les environnements géopolitiques complexes, ce n’est pas toujours possible et les politiciens ont, depuis la nuit des temps, tenu les promesses qui, selon eux, étaient tenables et se sont peu inquiétés de celles qui ne l’étaient pas (ou qu’ils ne voulaient pas tenir).

La malhonnêteté affichée par Netanyahu est d’un genre différent. Il a rompu ses promesses faites non seulement aux électeurs, mais aux partenaires de coalition – notamment celles gravées dans des accords solennels, notamment celles qui ont nécessité un amendement de la Loi fondamentale pour garantir qu’elles seraient tenues. Ce faisant, Netanyahu s’est coupé l’herbe sous le pied. Personne ne voit plus aucun bénéfice à tirer d’une alliance avec lui.

Un grand nombre de membres de la nouvelle coalition nourrissent de nombreux états d’âme au sujet de leurs nouveaux partenaires et un grand nombre de députés appartenant au « bloc du changement » ne sont pas personnellement opposés à Netanyahu ou au Likud. Aucun sentiment brut de « haine sauvage » ne saurait expliquer la loyauté étrange qui unit dorénavant le camp anti-Netanyahu.

La réalité est encore plus simple : Bennett est insensible aux menaces faites par Netanyahu de le détruire électoralement parce qu’il a la certitude que Netanyahu essaiera de le détruire, indépendamment de ses agissements. Saar est insensible aux offres faites par Netanyahu parce qu’il estime qu’il sera, au mieux, traité comme le chef du Likud avait traité Liberman. Et cette insensibilité s’est généralisée.

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