Chirurgien au chevet de Rabin : personne n’a eu les tripes de le déclarer mort
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Chirurgien au chevet de Rabin : personne n’a eu les tripes de le déclarer mort

Yossi Klausner parle pour la première fois de la prise en charge du Premier ministre et affirme que l'ampleur de la perte est de plus en plus profonde

Prof. Joseph Klausner, le chirurgien qui a tenté de sauver la vie de Yitzhak Rabin le 4 novembre 1995, lors d'une interview télévisée avec la Douzième chaîne le 28 octobre 2020 (Capture écran/Douzième chaîne)
Prof. Joseph Klausner, le chirurgien qui a tenté de sauver la vie de Yitzhak Rabin le 4 novembre 1995, lors d'une interview télévisée avec la Douzième chaîne le 28 octobre 2020 (Capture écran/Douzième chaîne)

Le chirurgien qui a tenté de sauver Yitzhak Rabin lorsqu’il a été abattu lors d’un rassemblement pour la paix à Tel-Aviv en 1995, a parlé pour la première fois des événements de cette soirée, racontant les tentatives désespérées de réanimer le Premier ministre, le faible espoir qu’il survivrait et le moment dévastateur où il a dû déclarer sa mort.

« Plus le temps passe, plus l’ampleur de cette perte – pour moi en tout cas – ne fait que s’accentuer », a déclaré le professeur Joseph (Yossi) Klausner dans une interview diffusée mercredi sur la Douzième chaîne, à l’approche du 25e anniversaire de l’assassinat. « Ce sont des moments qui resteront avec moi tout au long de ma vie. »

L’extrémiste de droite Yigal Amir a abattu Rabin le 4 novembre 1995, à la fin d’un événement que le Premier ministre avait organisé à Tel-Aviv pour manifester le soutien de l’opinion publique à ses efforts de paix avec les Palestiniens.

Joseph Klausner, qui était alors à la tête du service de chirurgie à l’hôpital Ichilov, des fonctions qu’il occupait depuis l’âge de 39 ans, avait suivi le rassemblement à la télévision et écouté le discours de Rabin.

Le Premier ministre Yitzhak Rabin s’adresse à une foule de plus de 100 000 Israéliens à Tel Aviv, le 4 novembre 1995, avant d’être assassiné quelques instants après. (Crédit : AP PHOTO/Nati Harnik)

« J’étais alors en train de lire des documents médicaux. Je n’oublierai jamais l’appel téléphonique. Vers 22h02, mon adjoint, le Dr Motti Gutman, a téléphoné. Il a dit que nous [allions] soigner Rabin, il est gravement blessé, peut-être mort….Il a été blessé par balle », s’est remémoré le chirurgien.

Il s’est ensuite précipité à l’hôpital puis dans la salle d’opération, qui était remplie d’environ trois fois le nombre normal de personnes.

« On a tenté désespérément de le réanimer. Les moniteurs montraient des ondes qui semblaient indiquer que son cœur fonctionnait, mais c’était parce que sa poitrine était ouverte et qu’on lui massait le cœur », a-t-il décrit.

Plus de 100 000 Israéliens rassemblés sur la place du Roi d’Israël de Tel Aviv le 4 novembre 1995 en soutien aux efforts de paix du gouvernement. (Crédit : AP PHOTO/Nati Harnik)

« Pendant quelques minutes, l’écran montrait des signes de vie. Le cœur battait réellement et produisait même une certaine pression sanguine. Il y a eu quelques minutes comme ça qui ont donné un faible sentiment d’espoir… mais c’était artificiel, c’était simplement lié à nos efforts intenses pour le réanimer », s’est souvenu le chirurgien.

« Il était clair à ce stade qu’il n’y avait vraiment aucune chance de le sauver, mais nous avons continué à essayer. Il n’y avait aucune volonté d’abandonner. Personne de ceux qui avaient compris n’a eu le courage de déclarer [qu’il était mort] », a-t-il poursuivi.

Il a confié qu’à 23h07, un peu plus d’une heure après avoir reçu ce premier appel téléphonique, il n’avait pas d’autre choix que de déclarer la mort du Premier ministre.

« J’ai dû me lever et dire à tout le monde que j’étais vraiment désolé, mais que nous devions annoncer sa mort. Parce que nous avions épuisé tous nos efforts. Je les ai remerciés. C’était un moment terrible. Un moment terrible. Je ne l’oublierai jamais », a-t-il décrit, ému.

« J’ai vu des gens – des chirurgiens, des anesthésistes, des gens des soins intensifs – s’effondrer par terre. Je n’ai jamais rien vu de tel. Des gens étendus sur le sol ; certains pleuraient à chaudes larmes. C’était un spectacle rare – je ne l’avais jamais vu avant, ni depuis », a-t-il souligné.

Des Israéliens réagissent à l’annonce de la mort d’Yitzhak Rabin devant l’hôpital Ichilov à Tel Aviv, le samedi 4 novembre 1995. Le Premier ministre a été assassiné par un extrémiste. (Crédit : AP PHOTO/Eyal Warshavsky)

Prof. Klausner a raconté qu’il avait essayé de réconforter certains d’entre eux, mais qu’il avait aussi réalisé que des mesures pratiques devaient être prises face à un événement aussi important, notamment la signature du certificat de décès du Premier ministre.

« Je suis allé voir deux d’entre eux, j’ai posé une main sur une épaule, une tête – sans rien dire », a-t-il témoigné. « Quand vous êtes en service, vous ne pouvez pas vous laisser aller à cette situation… il y a des choses que vous devez faire ; vous devez rédiger les papiers ».

Il a également participé à l’autopsie plus tard dans la nuit, quand on a découvert que l’assassin Yigal Amir avait utilisé des balles à pointe creuse pour maximiser les dégâts.

Yigal Amir lors de la reconstitution de l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin à Tel Aviv. (Bureau de presse du gouvernement)

Mais le chirurgien a déclaré que même si la fusillade avait eu lieu aujourd’hui, avec toutes les avancées de la technologie et des techniques médicales depuis 1995, Rabin n’aurait toujours pas survécu. « Impossible », a-t-il dit. « Il n’avait pas la moindre chance. »

Même s’il avait eu un auxiliaire médical voyageant avec lui, capable d’administrer des soins instantanés, comme le fait le Premier ministre aujourd’hui, cela n’aurait fait aucune différence. « Avec le genre de dégâts qu’il a subis, il n’avait aucune chance », a réitéré Joseph Klausner.

Le chirurgien estime que 25 ans plus tard, l’importance de la perte de Rabin semblait encore plus criante.

« Vingt-cinq ans ont passé, une génération entière… Plus le temps passe, plus on comprend la signification, l’ampleur de la perte », a-t-il déploré.

De jeunes Israéliens écrivent le mot « Shalom » [paix] avec des bougies pendant un rassemblement commémorant les 21 ans de l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin, place Rabin à Tel Aviv, le 5 novembre 2016. (Crédit : Iacopo Luzi)
Rabin était un chef militaire israélien légendaire, commandant une unité dans la force de combat pré-étatique Palmach, puis gravissant les échelons en tant que soldat de carrière pour devenir chef d’état-major de Tsahal au moment de la victoire d’Israël dans la guerre des Six jours.

Bill Clinton regarde Yitzhak Rabin et Yasser Arafat se serrer la main lors de la signature historique des accords d’Oslo, le 13 septembre 1993. (Crédit : courtoisie GPO)

Il s’est ensuite lancé dans une carrière politique qui l’a amené à occuper deux fois le poste de Premier ministre.

Après avoir été élu une seconde fois en 1992, il a cherché à faire la paix avec les Palestiniens, essayant en vain de conclure un accord permanent avec le leader de l’OLP Yasser Arafat.

En 1994, il a reçu le prix Nobel de la paix avec Shimon Peres, alors ministre des Affaires étrangères, et Arafat pour avoir contribué à la signature des accords de paix d’Oslo.

Eitan Haber, entouré par des journalistes devant l’hôpital Ichilov de Tel Aviv, annonce le décès du Premier ministre Yitzhak Rabin, le samedi 4 novembre 1995. Rabin a été abattu par un extrémiste juif à la suite d’un rassemblement pour la paix dans le centre de Tel Aviv plus tôt dans la soirée. (AP/Eyal Warshavsky)

Eitan Haber, le plus proche conseiller politique de Rabin, qui a annoncé en larmes son assassinat, est décédé au début du mois.

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