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Climat : les ministres arabes appellent les pays riches à tenir leurs promesses

A Dubaï, l’incapacité de l’Occident à fournir 100 milliards de dollars par an pour aider les pays pauvres à faire face à la crise climatique a émergé comme un problème clé

Patricia Espinosa, Secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (en bleu), est accompagnée de dignitaires et de ministres de l’Environnement lors de la première Semaine du climat au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, à Dubaï, aux Émirats arabes unis, le 28 mars 2022. (Crédit : Autorisation de la CCNUCC)
Patricia Espinosa, Secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (en bleu), est accompagnée de dignitaires et de ministres de l’Environnement lors de la première Semaine du climat au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, à Dubaï, aux Émirats arabes unis, le 28 mars 2022. (Crédit : Autorisation de la CCNUCC)

DUBAÏ, Émirats arabes unis – La réticence du monde développé à verser les fonds promis pour aider les pays en développement à faire face aux pires effets du changement climatique a été identifiée comme un problème majeur, dès le premier jour de la conférence des Nations Unies sur le climat au Moyen-Orient et en Afrique du Nord à Dubaï, et devrait occuper une place importante lors de la COP27, la prochaine conférence mondiale sur le climat programmée en Égypte en novembre de cette année.

Lors d’un précédent sommet sur le climat à Copenhague en 2009, les pays riches s’étaient engagés à verser 100 milliards de dollars par an aux pays les plus pauvres jusqu’en 2020, engagement prorogeable jusqu’en 2025.

Cette promesse n’a pas été tenue et ne pas être honorée avant 2023, au plus tôt.

Lors de la conférence sur le climat COP26 à Glasgow l’an dernier, par exemple, le président américain Joe Biden avait engagé les États-Unis à verser 11,4 milliards de dollars par an d’ici 2024. Mais plus tôt ce mois-ci, le Congrès a limité son accord à 1 milliard de dollars de financement climatique international au titre de 2022.

« Il faut lancer un appel collectif au financement international, pour les 100 milliards de dollars promis », a déclaré la ministre égyptienne de l’Environnement, Yasmine Fouad. « Nous travaillons à une stratégie arabe de financement climatique », a-t-elle ajouté. « La région arabe doit se rendre à la COP27 avec un dossier solide » détaillant les besoins collectifs de la région.

Les sessions auxquelles ont participé divers ministres de l’environnement de la région ont révélé des différences marquées dans l’expression de ces besoins, comme des capacités à faire face au changement climatique.

Yasmine Fouad, ministre égyptienne de l’Environnement (à droite), fait signe à la ministre de l’Environnement des Émirats arabes unis, Mariam bint Mohammed Almheiri, lors de la première conférence sur le climat au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, tenue à Dubaï, aux Émirats arabes unis, le 28 mars 2022. (Crédit : Autorisation de la CCNUCC)

Le ministre jordanien de l’Environnement, Muawieh Khalid Radaideh, a déclaré que son pays avait formulé un plan d’action pour la croissance verte, avec des projets à hauteur de 9 à 10 milliards de dollars, mais qu’il devait encore trouver les fonds.

Il a noté que certains pays étaient tellement écrasés par la dette et le service de cette dernière qu’ils auraient besoin de subventions, et non de crédits.

Le ministre libanais de l’Environnement, Nasser Yassin, a également déclaré à la conférence que la finance était le principal obstacle à la réalisation des objectifs climatiques. Le Liban est actuellement en proie à une grave crise économique.

Yassin, qui, comme Radaideh, n’a pas souhaité parler au Times of Israël, a déclaré qu’il était essentiel qu’une économie verte sous-tende la reprise au Liban. Mais, a-t-il ajouté, son ministère est le plus modeste du gouvernement libanais et son pays doit reconstruire ses institutions avant de pouvoir attirer les investissements. Il a indiqué que, lorsqu’il évoquait le changement climatique lors du Conseil des ministres, certains le trouvaient encore « bizarre ».

Le ministre syrien de l’Administration locale et de l’Environnement, Hussein Makhlouf, a regretté que son pays ne puisse s’acquitter de ses obligations environnementales envers l’ONU en raison des sanctions internationales imposées après « l’invasion terroriste » de 2011. Il s’agit d’une référence aux manifestations pro-démocratie qui avaient éclaté au début de 2011 et avaient été brutalement réprimées par le gouvernement Assad, déclenchant une guerre civile qui aurait coûté la vie à près d’un quart de million de personnes jusqu’à aujourd’hui.

Le ministre jordanien de l’Environnement, M. Muawieh Khalid Radaideh, a fait valoir son point de vue lors d’une table ronde ministérielle sur l’économie verte lors de la première conférence sur le climat au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, tenue à Dubaï, aux Émirats arabes unis, le 28 mars 2022. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Mariam bint Mohammed Almheiri, ministre de l’Environnement des Émirats arabes unis, qui accueille cette conférence MENA et accueillera la conférence COP28 de l’ONU l’année prochaine, a déclaré que « les solutions sont là, et nous devons intensifier nos efforts, mais comment le faire quand les participants en sont à des stades différents ? » Contrairement au Liban et à la Jordanie par exemple, les Émirats arabes unis donnent de l’argent plus qu’ils ne demandent d’aide.

Selon le Sultan Al Jaber, envoyé spécial du pays pour le climat et ministre de l’Industrie et des Technologies de pointe, les Émirats arabes unis auraient fourni un milliard de dollars d’aide climatique à plus de 40 pays dans le monde. « Une fois que ce type de financement sera en place, le financement privé suivra », a-t-il déclaré.

Avec les États-Unis, les Émirats arabes unis ont créé la Mission d’innovation agricole pour le climat (AIM for Climate) afin d’accroître les investissements dans l’innovation en matière d’agriculture à la fois intelligente et durable, et de systèmes alimentaires à l’horizon 2025.

Les Émirats arabes unis mettent à disposition des fonds et établissent des partenariats, a déclaré Almheiri, le ministre de l’Environnement. De nombreuses plateformes financières sont disponibles, mais la question de leur accessibilité pourrait être un problème.

Selon Issam Abousleiman, directeur régional de la Banque mondiale pour le Conseil de coopération du Golfe et la région MENA, 20 millions de personnes pourraient être déplacées dans la région MENA en raison du changement climatique d’ici 2100, si rien n’était fait d’ici là.

Dans certaines de ces régions, il est prévu des températures de l’ordre de 56 degrés Celsius et même davantage, a-t-il poursuivi. Bahreïn perdrait plus de la moitié de ses terres en raison de l’élévation du niveau de la mer. Le défi consiste à réduire les émissions provenant du secteur énergétique, de l’industrie, de la fabrication et des transports. Mais la question est de savoir « si la volonté est là ».

Atteindre zéro émission nette de carbone d’ici 2050 nécessiterait un investissement régional dans les énergies renouvelables de l’ordre de 27 milliards de dollars, a ajouté Abousleiman. Cela pourrait présenter de nombreux avantages, parmi lesquels la création d’emplois pour un grand nombre des 350 millions de jeunes qui devraient être à la recherche d’un emploi au milieu du siècle.

Nigel Topping, ardent défenseur de l’ONU pour l’action climatique à la COP26, a souligné que l’économie mondiale enregistrerait une croissance de l’ordre de 25 000 milliards de dollars si l’objectif « zéro émission de carbone » était atteint d’ici 2050.

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