Colère de Kakhol lavan après l’attaque de Lapid contre les ultra-orthodoxes
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Analyse

Colère de Kakhol lavan après l’attaque de Lapid contre les ultra-orthodoxes

"Nous avons besoin des Haredim", déclare une source haut placée du parti centriste après que le dirigeant de Yesh Atid a dénoncé le projet de loi sur le service militaire

Shalom Yerushalmi

Shalom Yerushalmi est analyste politique pour Zman Israël, le site en hébreu du Times of Israël sur l'actualité israélienne.

Yair Lapid du parti Kakhol lavan, le 31 mars 2019. (Saria Diamant/Kakhol lavan)
Yair Lapid du parti Kakhol lavan, le 31 mars 2019. (Saria Diamant/Kakhol lavan)

Les hauts responsables du parti Kakhol lavan expriment des critiques vives – voire sans précédent – à l’encontre du dirigeant de Yesh Atid, Yair Lapid, à propos des attaques de ce dernier ces derniers jours contre les partis ultra-orthodoxes.

Les membres de la faction de la Knesset de Kakhol lavan, composée de Hossen LeYisrael et du parti Yesh Atid de Lapid, avertissent que les commentaires de Lapid causent des dommages politiques au parti en brûlant ses ponts avec les factions Haredi, et en s’assurant ainsi qu’il ne pourra former une coalition au pouvoir dans le futur.

« Je ne sais pas ce qui arrive à Lapid », a déclaré à Zman Yisrael, le site en hébreu du Times of Israel, un haut responsable député de Kakhol lavan – non membre de Yesh Atid. « Après tout, nous voulons être le parti au pouvoir un jour. Nous avons besoin des haredim avec nous. Nous avons commencé à établir un canal de communication avec eux pendant la campagne. Si nous avions obtenu le mandat du président pour former un gouvernement, nous leur aurions donné tout ce qu’ils voulaient, et Lapid le sait », a ajouté le législateur.

« Maintenant Lapid ouvre les hostilités et les éloigne de nous. Pourquoi ? »

Les dirigeants du parti Kakhol lavan, de gauche à droite, Gabi Ashkenazi, Benny Gantz, Yair Lapid et Moshe Yaalon lors d’une conférence de presse au siège du parti à Tel Aviv, le 10 avril 2019, au lendemain du jour des élections. (Flash90)

Ces commentaires font suite à une série de déclarations faites par Lapid ces derniers jours, qui ont soulevé de vives inquiétudes parmi les factions ultra-orthodoxes.

Après que le grand rabbin séfarade Yitzhak Yosef a écrit dans un nouveau livre que les synagogues réformées étaient idolâtres et qu’il était donc interdit aux Juifs observants de les fréquenter, Lapid a exigé sur Twitter que « le Premier ministre [Benjamin Netanyahu] le rappelle à l’ordre.

« Mais bien sûr qu’il ne le fera pas », ajouta Lapid, « parce qu’il a besoin de Shas pour [lui donner] l’immunité contre la prison ».

Lapid a également attaqué la dernière version du projet de loi ultra-orthodoxe sur l’enrôlement militaire sur fond d’informations selon lesquelles un nouveau compromis était en cours d’élaboration dans les pourparlers de coalition entre les factions ultra-orthodoxes et le Likud.

Le ministre des Finances de l’époque, Yair Lapid, (à gauche) s’entretient avec le président du Shas, Aryeh Deri, à la Knesset en mars 2013. (Isaac Harari/Flash90)

Lapid a soutenu la loi en première lecture lors de la dernière session de la Knesset, mais a plus tard affirmé que les forces politiques complotaient pour transformer la nouvelle loi, qui augmenterait l’enrôlement militaire et le service national dans la communauté haredi, en une manne financière pour les institutions de ce courant.

« Le ministère des Finances prévoit une compensation financière pour les haredim. C’est une loi sur l’encaissement. Les déserteurs seront payés », a-t-il accusé lors d’un débat dans la précédente Knesset.

Les analystes de l’époque estimaient que Lapid cherchait un moyen d’éviter d’aider Netanyahu à adopter une loi qu’il avait lui-même soutenue.

Lapid a repris ses attaques contre le projet de loi. « Si nous ne fixons pas d’objectifs provisoires », a-t-il dit récemment à la radio israélienne, « alors ce n’est pas une loi, mais une blague. Netanyahu a monnayé le projet de loi de Tsahal depuis des années maintenant, de sorte que [le chef du parti Yahadout HaTorah Yaakov] Litzman et [le chef du Shas Aryeh] Deri lui évitent la prison.

Avigdor Liberman (à droite) est reçu par Yaakov Litzman, le dirigeant du parti Yahadout HaTorah, lors d’une cérémonie, le 18 Juin, 2017. (Shlomi Cohen/Flash90)

Mais les partis religieux ont été les plus irrités par les comparaisons répétées de Lapid entre les allocations accordées aux étudiants ultra-orthodoxes des yeshivot et celles accordées aux personnes âgées.

« Si vous vous appelez Moshé et que vous êtes un grand-père de 80 ans qui a combattu dans toutes les guerres d’Israël, vous recevrez une allocation [mensuelle] de 2 432 shekels [608 €] « , a dit M. Lapid récemment. « Mais si vous vous appelez Moishe et que vous êtes un étudiant de yeshiva de 19 ans qui échappe au service militaire, vous toucherez 8 000 shekels [2 000 €] de la part de l’Etat. »

Les politiciens haredi et les experts ont prétendu que les chiffres de Lapid étaient faux, et que Lapid était « mauvais et cruel », et qu’il incitait à la haine contre la communauté haredi dans son ensemble.

La colère des ultra-orthodoxes a été entendue dans les rangs de Kakhol lavan, où les responsables sont en train de déminer la campagne anti-ultra-orthodoxe de Lapid.

Pendant la campagne électorale, le chef de Kakhol lavan Benny Gantz a dit qu’il accorderait aux ultra-orthodoxes une page blanche, dans laquelle il remplirait un tiers avec ses demandes et leur en laisserait les deux autres tiers à remplir – sans réaction de Lapid.

Le vice-ministre de la Santé Yaakov Litzman (2e à gauche) assiste à une conférence du parti ultra-orthodoxe Agudat Israël dans la ville côtière de Netanya, le 30 janvier 2019. (Aharon Krohn/Flash90)

Les responsables de Kakhol lavant avaient espéré que l’aile Yesh Atid de leur alliance serait en mesure d’accepter un accord avec les partis ultra-orthodoxes qui pourrait leur permettre de former une coalition au pouvoir dans laquelle Lapid serait nommé ministre des Affaires étrangères sans avoir son mot à dire sur la politique intérieure. Bien sûr, ce scénario ne s’est jamais produit.

« Maintenant, tout éclate au grand jour, et nous ne comprenons pas pourquoi », a déclaré une source de Kakhol lavan. « Le projet de loi n’en est pas à sa deuxième lecture et il attaque déjà. Qu’est-ce qu’il a ? Nous avons peut-être ici l’occasion de nous allier avec les haredim, sans qui nous n’irons pas loin, et les dernières élections l’ont prouvé. »

S’agit-il de la première déchirure dans les relations de Kakhol lavan avec sa faction Hossen LeYisrael dirigée par Gantz et Yesh Atid de Lapid ? C’est bien possible.

Lapid a refusé de répondre, disant qu’il ne commente pas les déclarations anonymes.

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