Colonie Dignidad : des victimes jugent l’aide de l’Allemagne insuffisante
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Colonie Dignidad : des victimes jugent l’aide de l’Allemagne insuffisante

"C'est une aide, oui, mais cela ne résout pas le problème. Nous sommes une génération perdue", estime un Allemand arrivé à trois ans avec sa famille dans cette colonie du Chili

(Archives) Photo prise le 20 janvier 2016, la Villa Bavière, anciennement Colonia Dignidad près de Parral, à 400 km de Santiago. (Crédit :  Claudio Reyes / AFP)
(Archives) Photo prise le 20 janvier 2016, la Villa Bavière, anciennement Colonia Dignidad près de Parral, à 400 km de Santiago. (Crédit : Claudio Reyes / AFP)

D’anciennes victimes de la Colonie Dignidad, réduites en esclavage dans l’enclave créée au Chili par un ancien nazi, jugent insuffisante l’aide annoncée vendredi par l’Allemagne.

« C’est une aide, oui, mais cela ne résout pas le problème. Nous sommes une génération perdue », a déclaré à l’AFP Horst Schaffrick, un Allemand arrivé à l’âge de trois ans avec sa famille dans cette colonie allemande installée dans le sud du Chili.

Horst Schaffrick a personnellement subi les abus sexuels que commettait l’ancien caporal nazi Paul Schäfer, qui avait fondé la colonie en 1961.

Ce lieu était présenté comme un village familial idyllique. En réalité, M. Schäfer a régné avec brutalité sur cette communauté allemande de quelques centaines de personnes, les soumettant à un traitement allant jusqu’à l’esclavage et multipliant les sévices sexuels sur les enfants.

(Archives) Le fondateur de la Colonia Dignidad,Paul Schaefer, embarque à bord d’un avion de l’armée chilienne, après son expulsion de l’Argentine vers le Chili, le 13 mars 2005. (Crédit : Rolando ANDRADE / AFP)

Berlin a annoncé vendredi que l’Allemagne allait apporter une aide financière aux victimes. Elles percevront jusqu’à 10 000 euros chacune, a déclaré le secrétaire d’Etat Niels Annen à l’issue d’un travail mené en commun par le gouvernement allemand et une commission parlementaire.

L’indemnisation « couvre très peu de choses, si on compare aux 40 années sans rétribution du travail », a souligné M. Schaffrick, évoquant aussi « les souffrances provoquées par l’esclavage, les coups, les drogues, les abus sexuels pendant 20 ans ».

« Comment vais-je poursuivre ma vieillesse, comment vais-je vivre ? Cela ne peut pas se résoudre, c’est cela qui est grave dans cette situation », a-t-il dit.

Winfried Hempel, qui est né dans la colonie et y a vécu jusqu’à l’âge de 20 ans, a lui aussi estimé que l’indemnisation proposée « est une avancée, mais sans aucun doute insuffisante ».

« Ce que nous aurions voulu, et ce pour quoi nous plaidons, cela serait que l’on donne aux colons qui sont en âge de prendre leur retraite une pension digne, ni plus ni moins », a déclaré cet avocat qui se charge de la défense des autres victimes.

Depuis son bureau à Santiago, M. Hempel a déclaré à l’AFP que les anciens colons continueraient à rechercher une réparation digne.

Ce n’est qu’après la fuite de Schäfer en 1997 que les Chiliens ont découvert que l’enclave allemande avait aussi été un enfer pour les opposants à la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990), nombre d’entre eux y ayant été torturés ou y ayant disparu.

Arrêté en 2005 en Argentine, Paul Schäfer est mort en prison en 2010.

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