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Interview

Coronavirus : Un expert met en garde contre le relâchement de la vigilance

"On ne termine pas le travail", déplore le professeur Eran Segal en évoquant les 1,75 M d'Israéliens non-vaccinés ou n'ayant pas bénéficié d'une dose de rappel

Un employé procède à un test antigénique à la COVID-19 dans un centre de dépistage du Magen David Adom à Lod, le 17 octobre 2021. (Crédit :   Yossi Aloni/Flash90)
Un employé procède à un test antigénique à la COVID-19 dans un centre de dépistage du Magen David Adom à Lod, le 17 octobre 2021. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

Israël risque de répéter les erreurs commises par le pays dans le passé et d’échouer à se protéger contre une future vague de la pandémie de coronavirus, avertit un expert alors que la vague épidémique actuelle semble toucher à sa fin.

Pour le professeur Eral Segal, si l’État juif semble avoir réussi à venir à bout du variant Delta grâce au vaccin, il ne faut pas conclure pour autant que le niveau actuel d’immunisation est suffisant pour protéger la nation à l’avenir.

« Je suis heureux que nous l’ayons emporté sur cette quatrième vague sans confinement, ce qui est très satisfaisant, mais je m’inquiète du nombre élevé de personnes non-vaccinées ou n’ayant pas bénéficié d’une injection de rappel que nous laissons au bord de la route », commente Segal, statisticien et biologiste informatique spécialisé dans le coronavirus au sein de l’Institut Weizmann des Sciences, lors d’une interview accordée au Times of Israel.

« Cela a été une erreur que nous avons commise à la fin de la troisième vague et ce sera une erreur si nous faisons encore la même chose à la fin de cette vague », a-t-il ajouté.

Le responsable de la lutte contre le coronavirus dans le pays, Salman Zarka, avait confié au mois d’août au Times of Israel que le pays avait relâché sa vigilance sur la vaccination au moment où le variant Delta avait frappé le pays.

Sur une population d’environ 9,3 millions de personnes, il y a environ 7 millions d’Israéliens qui sont aujourd’hui éligibles à la vaccination – parce que la population des moins de 12 ans, qui ne peut pas bénéficier du vaccin pour le moment, est importante (même si cela pourrait bientôt changer concernant les enfants de cinq ans et plus).

Une femme israélienne reçoit une troisième dose du vaccin COVID-19 dans une clinique à Jérusalem, le 20 septembre 2021 (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Environ 650 000 personnes éligibles à la vaccination n’ont reçu aucune dose, ce qui est une source d’inquiétude majeure dans la communauté médicale.

Et tandis qu’Israël a été le premier pays au monde à lancer une campagne de rappel, un Israélien sur quatre a refusé de se faire administrer une troisième dose. Quatre millions d’Israéliens éligibles à l’injection de rappel sont allés se faire à nouveau vacciner, mais 1,1 million de personnes ne se sont pas encore présentées.

Ce qui signifie qu’en tout, 1,75 million d’Israéliens éligibles n’ont aucune protection vaccinale ou qu’ils ne répondent pas aux critères permettant une protection optimale qui ont été définis par le gouvernement.

Eran Segal (Autorisation)

Parmi les analystes de la COVID les plus éminents, il y a un large consensus sur le fait que les taux de vaccination ont été bons pendant la crise du variant Delta : Le nombre de personnes non-vaccinées était passé de 1,4 million à l’apparition du variant Delta à 650 000.

Quand l’État juif a lancé sa campagne de rappel pour tous au mois d’août, avant le reste du monde, la population a également bien répondu. Environ 4 millions de personnes ont reçu une troisième dose, contre 1,1 million qui n’ont pas été au rendez-vous.

Nadav Katz, responsable d’une grande partie des modèles statistiques sur la COVID-19 au sein de l’université hébraïque, explique : « Je pense que le verre est à moitié plein. On s’attendait à une telle dynamique – à savoir une mise en conformité seulement partielle – et la campagne de rappel a mieux fonctionné que la majorité des gens le prédisaient ».

Mais aujourd’hui qu’Israël a quitté la zone de danger d’une vague intense de COVID-19, sa réussite va-t-elle se consolider ? Segal explique être inquiet.

« On a réussi très rapidement à lancer la campagne de rappel mais on ne termine pas le travail », déplore-t-il. « Si 1,1 million de personnes qui n’ont pas bénéficié de la troisième dose en ont déjà reçu deux par ailleurs, c’est que ce ne ce sont pas des antivax et qu’on peut les convaincre d’aller se faire administrer une troisième dose ».

Il explique que ce groupe d’Israéliens – absent au rendez-vous du rappel – risque de faire à nouveau grimper le taux de reproduction de base, le « R0 », en Israël. « A un moment, leur immunité va baisser et nous risquons alors de connaître un taux de reproduction de base en augmentation », déclare Segal.

Le nombre de personnes qui n’ont pas été vaccinées racontent un récit à la fois de réussite et d’échec, estime-t-il.

Au début de la quatrième vague, il y avait 1,4 million d’Israéliens qui étaient totalement non-vaccinés et une campagne majeure les avait convaincus de recevoir les injections. D’un autre côté, Segal pense que le fait qu’ils aient été aussi rapidement mobilisés indique que l’approche qui avait été adoptée avant la vague du variant Delta avait été trop nonchalante – et qu’il estime donc que c’est un manque d’initiative qui est à l’origine de l’incapacité à faire baisser le nombre des non-vaccinés en-dessous du seuil des 650 000.

« On avait 1,4 million de personnes non-vaccinées au début de la quatrième vague. Puis nous avons vacciné 750 000 personnes et le fait que nous ayons pu le faire est la preuve que nous aurions pu être plus performants en termes de communication sur l’importance de la vaccination, de manière à ce que tous ces gens se fassent vacciner plus tôt. C’est très exactement là-dessus que nous devons communiquer aujourd’hui », explique-t-il.

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