COVID-19 : La deuxième vague s’abat sur Gaza avec un taux de positivité de 25 %
Rechercher

COVID-19 : La deuxième vague s’abat sur Gaza avec un taux de positivité de 25 %

La Bande a connu une trêve pendant des semaines, contrairement à la Cisjordanie ; mais avec des milliers de nouveaux cas, le coronavirus fait officiellement son retour

Les agents de police du Hamas montent la garde lors du déchargement d'un camion transportant 40 000 doses de vaccin russe anti-COVID-19 Sputnik V à son arrivée dans la bande de Gaza, au poste-frontière de Rafah avec l'Égypte, le 11 mars 2021. (Crédit : Adel Hana/AP)
Les agents de police du Hamas montent la garde lors du déchargement d'un camion transportant 40 000 doses de vaccin russe anti-COVID-19 Sputnik V à son arrivée dans la bande de Gaza, au poste-frontière de Rafah avec l'Égypte, le 11 mars 2021. (Crédit : Adel Hana/AP)

Avec un nombre de cas en forte hausse, la bande de Gaza est entrée dans la seconde vague de coronavirus, ont déclaré les responsables de la santé de l’enclave côtière au Times of Israel dans la journée de lundi.

Il y a eu 815 nouvelles infections à coronavirus en l’espace de 24 heures, a fait savoir le ministère de la Santé de Gaza, lundi. Le nombre de cas actifs a presque triplé en deux semaines, passant de 2 291 à 6 619.

Le taux officiel de positivité des tests de dépistage a grimpé en flèche, atteignant 25 % en une seule journée, selon les officiels du groupe terroriste du Hamas. Ce taux élevé de résultats positifs indique que le virus se propage probablement largement sans être détecté.

« Nous sommes dans une nouvelle vague. La courbe du virus s’élève toutes les 24 heures. Et nous nous attendons à une ascension similaire du taux de positivité des tests », commente le docteur Aed Yaghi, qui dirige, à Gaza, la branche d’une association à but non-lucratif qui assure des services de soins sur tout le territoire de la bande, la PMRS (Palestinian Medical Relief Society), qui regroupe des médecins partenaires du Secours populaire.

Les agents de police du Hamas montent la garde lors du déchargement d’un camion transportant 40 000 doses de vaccin russe anti-COVID-19 Sputnik V à son arrivée dans la bande de Gaza, au poste-frontière de Rafah avec l’Égypte, le 11 mars 2021. (Crédit : Adel Hana/AP)

Le Hamas, qui gouverne l’enclave de facto, a mis en place un couvre-feu nocturne pendant le week-end pour tenter de contenir la hausse des cas.

Depuis le début de la pandémie, 63 742 Gazaouis ont été malades du coronavirus et 604 personnes ont succombé à une forme grave de la COVID-19.

Le groupe terroriste et les observateurs internationaux ont averti que le système de soins de Gaza – éprouvé par des années de blocus israélo-égyptien et par trois guerres entre Israël et les dirigeants de l’enclave – n’était pas équipé de façon à pouvoir affronter une grave épidémie de coronavirus.

« Gaza est sous blocus, le territoire est très densément peuplé… Nous manquons de réserves en oxygène pour soigner les patients et les médicaments dont nous disposons actuellement ne nous permettront de soigner les malades que pendant trois mois », estime un responsable de la Santé du Hamas, Munir al-Bursh, au cours d’un entretien téléphonique.

Selon al-Bursh, il n’y a que deux machines PCR – qui servent à traiter les tests de dépistage – au sein de l’enclave côtière, ce qui limite fortement les capacités des officiels à effectuer des dépistages et à suivre la propagation de la maladie.

Avec une population de deux millions de personnes, entre 2 000 et 3 0000 tests de dépistage sont effectués quotidiennement à Gaza. L’État juif, pour sa part, avec une population de 9,25 millions de personnes, avait été en mesure de réaliser plus de 120 000 tests de dépistage quotidiens au pic de sa lutte contre le virus.

Le ministère de la Santé du Hamas a aussi annoncé lundi que le variant britannique, plus meurtrier et qui se propage plus vite que la souche virale originale, avait été détectée pour la toute première fois dans la bande de Gaza. Al-Bursh s’inquiète, avertissant que les tests permettant d’identifier les variants sont, eux aussi, aussi en nombre limité, ce qui laisse planer le doute sur le nombre de personnes réellement touchées par le variant.

Si les premiers cas de coronavirus étaient arrivés en Cisjordanie au début du mois de mars, l’année dernière, la bande de Gaza était parvenue à empêcher une épidémie pendant des mois en imposant des règles de quatorzaine strictes.

Les premiers cas de propagation avaient été enregistrés à la fin du mois d’août, presque six mois après le début de la pandémie. Il y avait eu un pic à la mi-décembre avec presque 45 % des tests de dépistage qui étaient alors revenus positifs.

Un confinement strict imposé par les autorités sanitaires du Hamas était alors venu à bout de la circulation du virus. La vie à Gaza avait lentement commencé à revenir à la normale, avec les écoles, les mosquées et les marchés populaires qui avaient repris leurs activités au début du mois de février.

Une accalmie qui n’a finalement pas duré. La semaine dernière, des milliers de nouvelles infections à coronavirus ont été confirmées dans la bande de Gaza. Yaghi met en cause le comportement « négligent » des résidents.

« Les gens ont cru que c’était terminé, qu’on en avait fini. Et ils se trompaient, bien sûr », commente-t-il.

Des Palestiniens dans les rues du camp de réfugiés de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 26 janvier 2021. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)

Les responsables de la Santé se sont battus pour élargir les capacités hospitalières, dans le but de pouvoir faire face à la situation. Mais certains manques – comme l’absence de personnels de santé à placer sur le front de l’épidémie – sont beaucoup plus difficiles à prendre en charge.

« Nous perdons chaque jour des médecins et des infirmiers. Hier encore, nous avons perdu un membre de l’équipe de Rafah qui était spécialisé dans l’analyse des échantillons de virus. Et avant lui, c’était un jeune, un médecin de 35 ans », note al-Bursh.

Gaza a tardé à lancer sa campagne de vaccination contre la COVID-19. Environ 60 000 doses de vaccin russe Sputnik, envoyées par les Émirats arabes unis, sont arrivées au sein de l’enclave côtière. Environ 2 000 doses supplémentaires ont été transmises par l’Autorité palestinienne de Ramallah. Gaza a aussi bénéficié de 20 000 doses de vaccins Pfizer et AstraZeneca par le biais du programme COVAX, qui est parrainé à l’international par l’Organisation mondiale de la Santé.

Ces doses permettront d’immuniser pleinement seulement 1,9% de la population de la bande. Mais les responsables de la Santé racontent que les résidents hésitent encore à venir se faire vacciner.

« On s’attendait à voir un déferlement de personnes venir se faire vacciner. Mais si nous disposons aujourd’hui de 82 000 doses, seulement 25 000 ont été utilisées jusqu’à présent », dit al-Bursh.

Selon al-Bursh, les craintes face aux éventuels effets secondaires – des inquiétudes attisées par les Infox – se sont propagées chez les Gazaouis.

« Vis-à-vis des vaccins, c’est l’appréhension et la crainte qui ont pénétré les consciences populaires. Tout comme c’est arrivé en Israël et tout comme c’est arrivé dans de nombreux pays. Les gens viennent se faire vacciner mais il est indispensable qu’ils soient plus nombreux aujourd’hui », assène al-Bursh.

De son côté, Yaghi confie au Times of Israel que même de nombreux médecins, à Gaza, affichent leur scepticisme face au vaccin. Selon une étude qui a été réalisée par son association à but non-lucratif en partenariat avec l’Organisation mondiale de la Santé, plus de 50 % des personnels soignants, à Gaza, ne veulent pas se faire vacciner.

Un soignant palestinien effectue un dépistage pour le coronavirus dans un centre de santé à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 5 janvier 2020. (Crédit ; Abed Rahim Khatib/Flash90)

« Nous voyons aussi des gens qui redoutent les effets à long-terme du virus », explique Yaghi.

Si Gaza dispose d’un avantage contre la vague actuelle de l’épidémie, c’est que sa population est relativement jeune – avec de nombreux résidents qui ont déjà survécu au virus et qui se sont rétablis. Une étude qui a été réalisée début février par les autorités sanitaires du Hamas a établi qu’environ 40 % des Gazaouis présentaient des anticorps au coronavirus.

« Et concernant ce chiffre, j’ai la certitude, pour ma part, qu’il est beaucoup plus élevé en réalité », dit al-Bursh.

Si deux Gazaouis sur cinq ont d’ores et déjà eu le coronavirus, cela signifierait que le taux de mortalité est très faible à Gaza – bien inférieur à 1 %.

Yaghi et al-Bursh attribuent cette immunité surprenante face à une maladie susceptible d’entraîner des complications à la relative jeunesse de la population à Gaza. Seuls 2,7 % des Gazaouis ont plus de 65 ans contre 12 % des Israéliens.

« Gaza est petit. Quand quelqu’un meurt – les autorités connaissent le défunt et elles connaissent la famille. Impossible de ne pas être au courant d’un décès ici », déclare al-Bursh.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...