Israël en guerre - Jour 232

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Dans le nord évacué, des cérémonies de Yom HaZikaron restreintes mais empreintes de fierté

Les membres de l'équipe de sécurité locale se félicitent du "privilège" de monter la garde, mais espèrent un changement radical digne du sacrifice ultime des victimes

Cette année, les cérémonies de Yom HaZikaron dans les dizaines de communautés évacuées du nord d’Israël ont été confiées aux quelques habitants restés sur place, dont la plupart sont des membres des équipes d’urgence et de sécurité locales.

« C’est toujours un jour triste, mais cette année, la tristesse est double : d’abord à cause des disparus, mais aussi parce que des communautés entières – y compris celles qu’ils défendaient – sont vides et éparpillées, et ne peuvent même pas célébrer ce Yom HaZikaron avec un semblant de normalité », a expliqué Moshe Amsalem, 69 ans, coordinateur de la sécurité de la communauté du kibboutz Eilon, situé à 2,5 kilomètres du territoire libanais.

Les cinq personnes rencontrées pour cet article sont des réservistes qui, depuis des semaines, assurent la garde de leurs communautés pratiquement vides, leurs familles et leurs voisins ayant été relogés dans des habitations temporaires, mais plus sûres, plus au sud, où les terroristes du Hezbollah se sont jusqu’à présent abstenus de tirer leurs roquettes.

Près de 60 000 Israéliens des communautés du nord vivent depuis octobre en tant que personnes déplacées à l’intérieur du pays dans des logements financés par le gouvernement, tandis que de petites équipes d’urgence et de sécurité ainsi que des soldats gardent les communautés vides et maintiennent une partie de l’infrastructure.

Les personnes interrogées ont toutes déclaré qu’elles étaient très honorées de pouvoir rendre hommage aux soldats tombés au champ d’honneur cette année. Elles ont toutefois ajouté qu’elles étaient accablées par l’incertitude quant à la sécurité à long terme de leurs communautés, en dépit de leurs propres sacrifices et des sacrifices ultimes de ceux qui sont tombés au combat.

« Cette année, la cérémonie commémorative a dû être déplacée de l’endroit où elle se déroulait habituellement vers une zone non visible depuis la frontière », a indiqué Shimon Vaknin, coordinateur de la sécurité au moshav Shomera, situé à environ un kilomètre de la frontière avec le Liban, au cours des 32 dernières années.

« Nous sommes comme des canards dans un stand de tir », a-t-il ajouté.

Tout au long de Yom HaZikaron, les terroristes installés au Liban ont poursuivi leurs frappes contre Israël. Ils ont commencé par envoyer trois drones qui ont causé un incendie près du moshav Beit Hillel, puis ont tiré un missile qui a blessé quatre soldats au kibboutz Yiftah, situé à un kilomètre de la frontière.

Ces frappes sont les derniers accrochages de faible intensité entre Israël et le groupe terroriste chiite libanais Hezbollah, soutenu par l’Iran, dont les échanges de tirs se sont limités depuis le 7 octobre à la zone située entre la banlieue sud de Beyrouth et la banlieue nord de Haïfa.

Dans ce contexte, le groupe terroriste chiite a tiré des milliers de projectiles sur Israël, tuant plus de 20 personnes, pour la plupart des soldats, depuis le 7 octobre. Le Hezbollah affirme agir en solidarité avec les terroristes de Gaza, qu’Israël a envahi suite à l’assaut du groupe terroriste palestinien du Hamas et à l’assassinat de près de 1 200 personnes en Israël et à l’enlèvement de 252 d’entre elles le 7 octobre.

Israël a tué plus de 400 terroristes lors de ses frappes au Liban, dont la moitié des commandants du Hezbollah du sud du Liban, selon un communiqué du 24 avril du ministre de la Défense Yoav Gallant.

Des volutes de fumée se dégagent lors d’une frappe israélienne dans le village frontalier d’Odaisseh, au sud du Liban, le 8 mai 2024. (Crédit : Rabih Daher/AFP)

Le poids de l’incertitude

Lors de la cérémonie inaugurale de Yom HaZikaron, dimanche soir, cinq soldats de l’équipe d’urgence se tenaient près d’un mât de drapeau installé sur un rond-point de Shomera. L’un d’entre eux a mis la bannière en berne tandis qu’une chaîne stéréo portable diffusait la traditionnelle sirène de deuil de l’armée israélienne. L’un des soldats portait un T-shirt blanc avec son pantalon d’uniforme. Un chien était couché sur la route vide à côté des soldats tandis que l’un d’eux lisait la prière commémorative de Yizkor.

« Nous sommes fiers de servir ici et de défendre nos maisons, et aussi d’avoir l’honneur de pouvoir rendre hommage à ceux qui sont tombés au combat cette année », a indiqué Vaknin, le coordinateur de Shomera.

« Le seul boulet ici, c’est l’incertitude. Elle nous ronge. On se demande quand tout cela va se terminer, si la situation va s’améliorer pour les communautés du nord », a ajouté Vaknin.

Des résidents s’assoient ensemble au kibboutz Hanita le 13 avril 2023. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

Hanita, un kibboutz situé à 340 mètres du territoire libanais, est l’une des rares communautés frontalières où des civils sont venus se recueillir à l’occasion de Yom HaZikaron. Il s’agissait de parents de soldats enterrés dans le cimetière local, a expliqué le coordinateur local Erez Adar au Times of Israel.

Des mesures de sécurité supplémentaires ont dû être prises pour ces quelques visiteurs, ainsi que pour assurer la coordination avec l’armée qui réglemente les déplacements sur les routes de la zone frontalière. Ces routes sont fréquemment la cible de tirs de snipers et de missiles de la part des terroristes du Hezbollah.

« Ce n’est pas un devoir, c’est un privilège », a affirmé Adar, 47 ans, en évoquant les commémorations. « Nous ferons tout ce qu’il faut pour être digne du sacrifice de ceux qui sont tombés. »

Les proches du soldat israélien Nahman Natan Hertz, 31 ans, assistent à ses funérailles au cimetière militaire du mont Herzl à Jérusalem, le 7 mai 2024. Hertz a été tué par un drone du Hezbollah à Metula (Yonatan Sindel/Flash90)

Lorsqu’on lui demande de décrire ce que cela fait, de servir et de vivre « dans une communauté presque déserte », il s’arrête pour rectifier la terminologie. « Hanita n’est pas déserte. Elle a été évacuée. La sémantique est importante. Nous n’avons jamais déserté Hanita, nous sommes restés pour garder nos maisons et la frontière du pays ».

Hanita est cependant en grande partie vide, concède-t-il. « Elle est vide pour la protection des personnes qui y vivent ».

Comme de nombreux habitants du nord évacués, Adar, qui a trois enfants, espère que le retour de sa famille à Hanita se fera après une guerre décisive contre le Hezbollah, « et non dans le cadre d’un arrangement diplomatique, ce qui serait une très mauvaise chose », dit-il. Le Hezbollah profiterait d’un tel accord pour améliorer ses capacités à assassiner des Israéliens lors d’un affrontement ultérieur inévitable, ajoute-t-il.

« L’option d’une résolution militaire n’est pas très bonne non plus, mais elle a au moins le potentiel de fixer de nouvelles normes, plus claires et meilleures », a ajouté Adar.

L’histoire se répète

Un homme surveille ses petits-enfants qui jouent sur des monuments à escalader dans le kibboutz Eilon, le 26 novembre 2022. (Crédit : Canaan Lidor/Times of Israel)

À Eilon, le kibboutz de Moshe Amsalem, une poignée de civils ont également été accueillis par l’équipe d’urgence, lundi, pour une cérémonie au cimetière local, où neuf soldats et personnel de sécurité ont été enterrés. Normalement, les cérémonies sont menées par les officiers de Tsahal chargés des pertes humaines, mais cette année, c’est l’équipe de sécurité qui s’en est chargée, a expliqué Moshe Amsalem.

« Nous avons lu les noms des soldats tombés au combat et les circonstances de leur mort. Nous avons organisé une petite cérémonie et à peine avions-nous terminé que la zone s’embrasait à nouveau : leurs drones d’attaque, nos avions de chasse », a-t-il ajouté.

L’architecture d’Eilon reflète l’éthique des communautés frontalières d’Israël.

Le kibboutz, dont la place principale est ornée de monuments d’escalade faits de matériel agricole délabré, abrite une académie de musique qui, dans les périodes plus calmes, accueille des concerts et des événements internationaux. L’entrée principale de la communauté est flanquée d’une tranchée de bunker datant de la guerre d’indépendance de 1948, avec une mitrailleuse désaffectée peinte en rose pour les enfants qui aiment jouer avec.

Une fille sort du bunker à l’entrée du kibboutz Eilon, le 26 novembre 2022. (Crédit : Canaan Lidor/Times of Israel)

Comme lors des précédents Yom HaZikaron, Amsalem a exprimé le souhait que le nombre de victimes israéliennes de la guerre soit le plus bas possible au cours de l’année à venir. Mais cette année, Amsalem, père de trois enfants et grand-père de quatre, avait exprimé un souhait supplémentaire :

« J’espère de tout mon être que les sept derniers mois n’ont pas été vains, que nous ne nous retrouverons pas exactement au même point lors du prochain Yom HaZikaron », a-t-il déclaré.

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