Dans le nord, l’ascension de Marine Le Pen laisse la gauche désemparée
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Dans le nord, l’ascension de Marine Le Pen laisse la gauche désemparée

Le chômage, la pauvreté, la déception contre la gauche et le taux d'abstention joueraient en faveur du Front national

Jean Marie Le Pen et sa fille Marine (Crédit : Miguel Medina/AFP)
Jean Marie Le Pen et sa fille Marine (Crédit : Miguel Medina/AFP)

« Oui je vais voter Front national! Pour qu’il y ait du changement, enfin »! Romain avait voté pour le socialiste François Hollande à la présidentielle de 2012 mais il « le regrette amèrement » et espère la victoire de Marine Le Pen lors des élections régionales dimanche dans le nord de la France.

La présidente du parti d’extrême droite à la tête de la grande région Nord-Pas de Calais-Picardie ? L’hypothèse qui laisse désemparée la gauche, longtemps en pays conquis dans ce territoire façonné par les grandes industries sidérurgiques, textiles et minières aujourd’hui disparues, est donnée comme probable par plusieurs sondages.

Le quotidien La Voix du Nord s’en est inquiété, dénonçant les risques pour une région de 6 millions d’habitants « grande comme un petit pays européen » et « naturellement ouverte » d’être gouvernée par un parti qui prône la fermeture et qui diffuse « les ferments de la division ».

Les milieux artistiques ont aussi réagi. « Le FN n’a pas de programme sinon de supprimer toute initiative sociale ou humanitaire, ce sont des démagogues absolus », a déclaré Jean-Claude Casadesus, directeur de l’Orchestre national de Lille.

Mais Marine Le Pen, qui se projette déjà vers la prochaine élection présidentielle de 2017, n’en doute pas : « Cette région est appelée à être en première ligne dans le combat pour la Nation. La reconquête commence ici ! » a-t-elle proclamé cette semaine à Lille.

Devant 1 200 partisans rassemblés pour son dernier meeting de campagne, elle a promis de pratiquer « le patriotisme économique dans les marchés publics » et de « faire de la région l’une des moins imposées de France ».

Mais après les attentats qui ont endeuillé Paris (130 morts), c’est à ses thèmes privilégiés de la sécurité et de l’immigration qu’elle a consacré l’essentiel de son discours, dénonçant « la barbarie qui a pu pénétrer jusque dans nos murs », fruit de « la folle politique d’immigration » du gouvernement.

« Les autres nous promettent monts et merveilles mais il n’y a jamais rien qui vient. Le FN n’est jamais passé au pouvoir. Il faut lui donner sa chance », pense Romain, 24 ans, chargé de la sécurité incendie dans un parc d’activités économiques et qui en a assez des emplois précaires.

Dans les locaux de brique rouge aux allures de château fort qui domine l’alignement des petites maisons ouvrières de Lomme, il y avait autrefois une filature. Fermée en 1989. le parc Euratechnologies, lancé en 2009, où se côtoient start up, pépinière d’entreprises et centres de formation, est une vitrine de réussite de l’équipe régionale sortante.

« C’est notre Silicon Valley », où se concentrent aujourd’hui 3 000 emplois, selon Roger Vicot, maire de Lomme, qui fait campagne pour le candidat socialiste aux régionales Pierre de Saintignon. « Aujourd’hui, il se crée plus d’emplois dans la région qu’il ne s’en détruit », assure-t-il.

Chômage et misère

Mais le passif est lourd. Parmi ses 6 millions d’habitants, un habitant sur six vit sous le seuil de pauvreté. Les chômeurs sont 12,5 %, 20 % n’ont aucun diplôme, le taux de cancers est supérieur à la moyenne.

« Ici, le Front national se développe sur la misère, et sur les décombres des partis de gauche qui assuraient une politisation des milieux populaires », analyse Rémi Lefebvre, professeur de sciences politique à l’université de Lille.

Le déclin du parti communiste autrefois puissant remonte aux années 1980-90, et c’est au tour des socialistes de souffrir. La ville d’Hénin Beaumont, dans l’ancien bassin minier, lui a été ravie par le Front national en 2014. En avril 2015, le PS a perdu le conseil départemental du Nord au profit de la droite.

Enseignant à la retraite, Michel Cucheval, membre du parti communiste à Lomme, incrimine surtout le fort taux d’abstention (plus de 50 % attendus) alimenté dans l’électorat de gauche par la « politique d’austérité » du gouvernement, impuissant à faire baisser le chômage.

« Beaucoup d’électeurs socialistes sont déçus » par François Hollande, reconnaît Roger Vicot.

La gauche est aussi affaiblie par ses divisions entre socialistes, communistes et écologistes. La droite, elle, est rassemblée derrière Xavier Bertrand, ex-ministre de Nicolas Sarkozy (2007-2012).

Maire de la petite ville de Saint-Quentin et député, Xavier Bertrand est placé par les sondages derrière Marine Le Pen. « Je suis le seul à pouvoir l’emporter face à elle », juge-t-il, en espérant implicitement un désistement socialiste en sa faveur au second tour.

« Si on se désiste on n’aura pas d’élus. Si on se maintient on donne la victoire à Marine Le Pen », résume Philippe Delporte, militant socialiste local.

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