Danser pour « un monde plus tolérant » : retour sur la Gay Pride à Tel Aviv
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Danser pour « un monde plus tolérant » : retour sur la Gay Pride à Tel Aviv

Solidarité, soutien et vision d'un Israël "libre" alors que 250 000 personnes ont participé ce vendredi à la Gay Pride de Tel Aviv, la plus grosse fête de l'année

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

Des participants de Gan Yavneg à la Gay Pride de Tel Aviv, le 14 juin 2019. (Simona Weinglass/Times of Israël)
Des participants de Gan Yavneg à la Gay Pride de Tel Aviv, le 14 juin 2019. (Simona Weinglass/Times of Israël)

Vendredi, environ 250 000 personnes ont défilé dans les rues de Tel Aviv, chantant, dansant et arborant des drapeaux, des chapeaux et des vêtements aux couleurs de l’arc-en-ciel, à l’occasion de la Gay Pride 2019, qui a comme chaque année célébré la communauté LGBT de la ville.

La plupart des participants étaient des jeunes âgés d’une vingtaine d’années, même si toutes les catégories d’âges étaient représentées, y compris des personnes âgées, des enfants et des familles.

Le défilé s’est terminé sur le boulevard Ben Zion, où les organisateurs avaient installé des stands abordant des sujets de société comme le droit des animaux, les politiques d’Israël en Cisjordanie et l’asexualité. Les vendeurs proposaient de la bière et de l’eau à une foule en sueur et pleine d’entrain. Des haut-parleurs jouaient des chansons entraînantes comme « Diva » de Dana International, « I’m a Golden boy » de Nadav Guedj et la chanson lauréate de l’Eurovision 2018, « Toy » de Netta Barzilai, qui a aussi donné un concert live au parc Charles Clore.

Le Times of Israël a parlé à Leah, une lycéenne de 16 ans de Tel Aviv, qui a demandé à ne pas être photographiée de peur que sa grand-mère, qui ne sait pas qu’elle est gay, puisse voir la photo.

Des gens participent au défilé annuel de la Gay Pride à Tel Aviv, le vendredi 14 juin 2019. (AP Photo/Tsafrir Abayov)

« Je suis venue parce que je suis gay, et je voulais voir ce qui se passe ici », a-t-elle affirmé.

« C’est difficile de faire mon coming out face à l’ensemble de mon lycée, a-t-elle dit, mais je fais mon coming out à quiconque me parle. C’est une école très à l’écoute, et on a eu des cours sur ces sujets. »

Ses parents connaissent son orientation sexuelle, a-t-elle dit, mais elle la garde toutefois secrète dans certaines circonstances.

Des participants à la Gay Pride de Tel Aviv, le 14 juin 2019. (Simona Weinglass/Times of Israël)

Juste à côté, Boris et Misha, deux hommes de Gan Yavne, à proximité d’Ashdod, profitaient de la parade avec leurs femmes. « Nous faisons cela chaque année, a déclaré Boris. Nous avons le sentiment que c’est très important d’essayer de nous diriger vers un monde plus tolérant. Ma femme et moi sommes bixuels, c’est très important pour nous de montrer aux gens qui nous sommes. »

Misha a affirmé que lui et sa femme avaient une relation très ouverte et dit souhaité que tout le monde se sente libre dans sa sexualité. « Nous voulons qu’Israël arrête d’aller vers l’oppression religieuse. Au cours des dernières années, j’ai le sentiment que ce pays a pris deux directions : la liberté totale d’un côté, et un régime totalement religieux comme l’Iran de l’autre. »

Boris a estimé que moins d’un tiers des participants étaient issus de la communauté LGBT. « La Gay Pride de Tel Aviv est moins sérieuse que celle de Jérusalem. C’est moins sur des questions sociétales, plus pour la fête. C’est chaque année la plus grande fête de Tel Aviv. »

« Les gens expriment leurs émotions, a ajouté Misha. Ils veulent être libres et veulent faire la fête sans être oppressés par les politiciens et les religieux. »

« Des gens à moitié nus qui montrent leurs corps n’ont jamais tué autant de personnes que les religieux », a-t-il ajouté.

Amir Ohana, le nouveau ministre israélien de la Justice, était présent parmi les participants, et le président Reuven Rivin a envoyé un message de soutien.

Le ministre de la Justice Amir Ohana à la Gay Pride de Tel Aviv, le 14 juin 2019. (Crédit : Ministère de la Justice)

A l’ombre, en marge de la parade, nous avons parlé à Omer, un barman de 24 ans qui a récemment déménagé à Tel Aviv.

Omer, un barman de Tel Aviv, à la Gay Pride de Tel Aviv, le 14 juin 2019. (Simona Weinglass/Times of Israël)

« Je suis bisexuel, a-t-il dit. Au cours des cinq dernières années, j’ai vécu à Haïfa pendant deux ans et à Jérusalem pendant deux ans », et il a participé aux parades dans les deux villes. « Il y avait 25 000 personnes à la plus grande parade à Jérusalem. L’événement de Tel Aviv est beaucoup plus important. »

Omer, qui habite dans le quartier Florentine de Tel Aviv, a affirmé qu’à Haïfa et Jérusalem, la police surveillait plus étroitement le défilé et il a même ressenti de l’hostilité de leur part.

« Ici, c’est juste évident alors on se sent beaucoup plus libre. Je ressens moins de mépris ici… toute la ville est fière. »

« A Jérusalem, si vous vous écartez à quelques mètres de la parade, il n’y a aucune fierté. Les gens retirent leurs chemises, enlèvent leurs drapeaux et les mettent dans leur sac. J’ai moi-même fait cela car sinon je me serais senti mal à l’aise. »

Orit et Dudu, un couple dans la cinquantaine, portaient des t-shits assortis avec le logo de Tehila, un groupe de soutien pour parents d’enfants LGBT.

Dudu et Orit sont devenus membres du groupe de soutien Tehila après que leur fils ait fait son coming out. (Simona Weinglass/Times of Israël)

« Notre fils a fait son coming out il y a huit ans, a expliqué Orit. C’était difficile pour nous. Nous voulions aller dans un groupe de soutien et nous l’avons fait. Tehila nous a vraiment aidé. Nous avons compris que nous n’étions pas les seuls dans cette situation. Un an plus tard, notre fils a annoncé son homosexualité à toute la famille, et puisque nous l’avions accepté, tout le monde a fait de même. »

Orit a expliqué que, au départ, ce qui a été difficile était surtout l’idée que leur fils était « différent », « pas comme tout le monde », ainsi qu’une inquiétude au sujet des petits-enfants : « Ma fille est mariée et ils ont un enfant, donc ce n’est pas un problème pour nous, mais pour mon fils c’est un problème ; c’est cher et compliqué. J’ai un ami dont l’Etat a payé les traitements de fertilité pour sa fille. Nous avons tous servi dans l’armée, mon mari et moi en tant qu’officiers de commandement. Pourquoi l’Etat ne soutiendrait pas mon fils dans sa quête d’avoir un enfant ? »

Le fils d’Orit et Dudu doit se marier avec son compagnon de longue date dans deux mois, ont-il indiqué. Le mariage n’aura pas lieu en Israël, où le mariage gay n’est pas possible, mais au Portugal.

« Mon fils est heureux, a déclaré Dudu. Et c’est tellement encourageant de voir autant de gens ici à la Gay Pride, même s’il fait très chaud. Nous ne sommes pas seuls. Nous ressentons un énorme mouvement de solidarité et de soutien. »

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