David Friedman : Pas d’inversement possible de la politique de Trump
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David Friedman : Pas d’inversement possible de la politique de Trump

Après les décisions sur Jérusalem, le Golan, les implantations et les normalisations, l'envoyé sortant estime que la diplomatie traditionnelle appartient au passé

L'ambassadeur des États-Unis en Israël, David Friedman, prend la parole lors de la conférence annuelle de l'AIPAC à Washington, le 26 mars 2019. (Jim Watson/AFP)
L'ambassadeur des États-Unis en Israël, David Friedman, prend la parole lors de la conférence annuelle de l'AIPAC à Washington, le 26 mars 2019. (Jim Watson/AFP)

L’ambassadeur américain sortant des Etats-Unis en Israël, David Friedman, s’est dit confiant dans l’idée que les changements majeurs entraînés par la politique de Washington vis-à-vis d’Israël et des Palestiniens ne pourront pas être inversés par l’administration Biden.

« Je suis franchement quelque part entre la dépendance et l’ivresse de ce que j’ai pu faire, et la joie que cela me procure », a-t-il déclaré au New York Times dans une interview d’adieu faisant le point sur son séjour en Israël. L’administration Trump, a déclaré Friedman, a « changé le récit de façon spectaculaire ».

« Il n’est pas possible de revenir sur ce que nous avons pu faire », a déclaré Friedman. (L’interview a été publiée dimanche, mais réalisée lundi dernier, deux jours avant que les partisans de Trump n’envahissent le Capitole américain ; Friedman a commenté ces événements vendredi).

Sous l’administration Trump, Washington a reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël et y a transféré son ambassade de Tel Aviv, et a reconnu la souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan. Elle a mis fin à des millions d’aide aux Palestiniens et a fermé le bureau de l’OLP à Washington.

Le plan de paix de Trump dévoilé en janvier dernier – auquel les Palestiniens se sont vigoureusement opposés – n’appelait pas à l’évacuation des implantations israéliennes et aurait permis à Israël d’annexer de larges pans de la Cisjordanie.

Le premier ministre Benjamin Netanyahu, (à gauche), et l’ambassadeur américain David Friedman au mur Occidental le 10 décembre 2020, la première nuit de Hanoukka. Netanyahu a salué la « lumière » de l’annonce faite quelques heures plus tôt par le président américain Donald Trump, selon laquelle le Maroc et Israël allaient établir des relations complètes. (Kobi Gideon/GPO)

Mais les plans d’Israël visant à annexer unilatéralement des parties de la région ont été mis en veilleuse lorsque les Etats-Unis ont conclu un accord de normalisation entre Jérusalem et les Emirats arabes unis en août.

Cet accord a été suivi successivement par des accords établissant des relations diplomatiques entre Israël et le Bahreïn, le Soudan et le Maroc, tous négociés sous l’égide de l’administration Trump. Les Émirats arabes unis, le Soudan et le Maroc ont été largement récompensés par les États-Unis pour avoir établi des relations avec Israël.

En outre, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo est devenu le premier diplomate américain de haut-rang à se rendre dans une implantation juive en Cisjordanie l’année dernière.

En novembre 2018, le département d’État a déclaré que les États-Unis ne considéreraient plus les implantations comme contraires au droit international. Lors de sa dernière visite en Israël, Pompeo avait également annoncé que Washington désignerait comme « antisémite » la campagne de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS), qui cherche à isoler Israël.

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo, (à gauche), avec l’ambassadeur américain en Israël David Friedman alors qu’il se prépare à embarquer dans un avion à l’aéroport Ben Gurion, le 20 novembre 2020. (AP Photo/Patrick Semansky, Pool)

Friedman a déclaré que l’administration Trump « a injecté une dose de réalisme terriblement nécessaire dans la psyché palestinienne sur ce qui est réalisable et sur ce qui ne l’est pas ». Il a déclaré que le plan de paix de Trump était « un cadeau au peuple palestinien » qui rendrait sa « qualité de vie bien plus supportable ».

Le fait que les Etats-Unis fassent pression sur Israël concernant l’augmentation de la construction dans les implantations, « juste pour signifier que nous pensons que les Palestiniens devraient avoir quelque chose de plus, n’a aucun sens pour moi », a-t-il déclaré.

L’ambassadeur a également déclaré qu’Israël pouvait encore prendre des mesures unilatérales pour déterminer ses frontières, bien qu’il ait concédé qu’une telle démarche serait loin d’être idéale.

Il a déclaré qu’Israël « poursuivrait un processus que, espérons-le, nous avons contribué à lancer, pour déterminer sur le plan interne – en oubliant le reste du monde – ce que devrait être sa frontière orientale ».

« Ils peuvent agir unilatéralement », a-t-il dit, en faisant référence à une annexion israélienne. « Ce n’est pas idéal, mais à un moment donné, c’est seulement nécessaire pour aller de l’avant. »

Friedman a reconnu que le président américain élu Biden reviendrait à une « vision plus internationalement acceptée » des implantations jugées illégales. Mais il a insisté sur le fait que le plan de paix Trump « a l’avantage d’être une solution réaliste à deux États, qui est généralement approuvée par l’opinion publique israélienne. Pourquoi le rejeter ? »

Il a ajouté : « Un flot de réfugiés en Israël ? Cela n’arrivera jamais. Diviser Jérusalem ? Cela n’arrivera jamais. Israël abandonnant certaines parties de son coeur biblique ? Cela n’arrivera jamais. »

Friedman, qui était considéré comme exceptionnellement proche du Premier ministre Benjamin Netanyahu, a également déclaré qu’il n’avait pas interféré avec les élections israéliennes. « Cela n’en a peut-être pas l’air, mais je respecte la démocratie israélienne », a-t-il déclaré. Il a également indiqué qu’il demanderait la citoyenneté israélienne, mais pas dans l’immédiat.

« Je vais rester exclusivement américain pendant au moins quatre ans », a-t-il déclaré. « Je veux me donner toutes les chances de revenir au gouvernement. »

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