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David Grossman : « un sentiment de honte » face à la politique migratoire d’Israël

L'auteur israélien a déclaré que l'histoire d'Israël, faite de réfugiés, devrait conduire l’État juif à agir en Ukraine et a salué les efforts de médiation de Bennett

L’auteur David Grossman lors d'une interview avec la Treizième chaîne, diffusée le 19 mars 2022. (Screenshot/Channel 13)
L’auteur David Grossman lors d'une interview avec la Treizième chaîne, diffusée le 19 mars 2022. (Screenshot/Channel 13)

L’auteur israélien plusieurs fois récompensé, David Grossman, a critiqué la politique israélienne en matière d’accueil des réfugiés ukrainiens, tout en saluant les efforts de méditation du Premier ministre, Naftali Bennett.

« C’est très difficile, et je ressens une sorte de profond sentiment de honte, parce que nous sommes un pays né de réfugiés. L’expérience du statut de réfugié nous est consubstantielle, et aujourd’hui, nous vivons de nouveau tout cela à grande échelle », a déclaré Grossman dans une interview avec la Treizième chaîne diffusée samedi.

Interrogé sur la nécessité de maintenir le caractère strictement juif de l’État face à l’afflux de réfugiés, il a déclaré : « sans des moments comme ceux que nous vivons, on ne pense pas à ça. Ce n’est pas légitime de penser de la sorte. Israël doit faire tout ce qu’il peut pour faire le bien. »

La guerre qui a commencé le 24 février lorsque la Russie a envahi l’Ukraine a d’ores et déjà tué des milliers de personnes et déplacé des millions d’autres.

« Les images que nous voyons maintenant quotidiennement, ces réfugiés ukrainiens et ces petits enfants, se bousculent dans ma tête. Et je pense, contrairement à ce que dit le poète, que Dieu n’a pas non plus de pitié pour les tout-petits enfants, finalement », a ajouté Grossman, paraphrasant Yehuda Amichai.

Lorsqu’on lui a demandé si Israël pouvait être un médiateur entre la Russie et l’Ukraine, Grossman a exprimé son soutien aux efforts du Premier ministre.

« Je sais que cela ressemble à une blague, non ? Beaucoup se moquent du Premier ministre Bennett, moi non. Je pense que s’il est capable de sauver la vie d’un enfant, d’une personne, c’est une bonne chose qu’il prenne l’avion le jour du Shabbat, qu’il rencontre Poutine et lui serre la main », a-t-il déclaré.

« Celui qui sauve une vie, sauve le monde entier » a déclaré Grossman, citant un adage du Talmud.

L’auteur David Grossman s’exprime lors de la réunion du comité central du parti Meretz à Tel Aviv, le 28 juillet 2019. (Crédit : Gili Yaari/Flash90)

Grossman avait déjà fait l’éloge du gouvernement dirigé par Bennett, le qualifiant de « bon et important », en dépit d’une critique adressée à la politique israélienne en Cisjordanie, qui, selon lui, en a fait un gouvernement « d’apartheid ».

Mais pour ce qui est de la Russie, il a affirmé que la question était claire.

« Pour la première fois depuis de nombreuses années, nous avons ici le bien contre le mal. Et cela peut sembler simpliste, mais je pense qu’il n’en est rien », a-t-il déclaré.

Grossman a également salué l’action de certains pays vis-à-vis de l’Ukraine.

« La façon dont certains pays européens se comportent montre que ces valeurs ne sont pas l’apanage d’écrivains un peu émotifs éthérés installés dans leur sous-sol. Qu’elles peuvent être les valeurs d’une nation entière », a-t-il ajouté.

Il a également loué, avec modération, l’action du président américain Joe Biden, en affirmant : « C’est une bonne chose que Biden se soit réveillé et ait commencé à faire ce qu’il faut ».

Grossman a reçu le Prix Israël, la plus haute distinction civile du pays, en 2018, en reconnaissance de sa contribution à la littérature hébraïque.

L’auteur, qui a perdu un fils lors de la deuxième guerre du Liban en 2006, devrait publier un nouveau livre pour enfants Chaque ride a une histoire.

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