Décès de Maurice Minkowski, résistant et survivant de la Shoah
Rechercher

Décès de Maurice Minkowski, résistant et survivant de la Shoah

Né en 1925 à Przytyk, en Pologne, celui qu'on surnommait "Tonton Minko" était issu d'une famille juive traditionnelle et pratiquante de huit enfants

Maurice Minkowski. (Crédit : capture d’écran YouTube Samuel Arama)
Maurice Minkowski. (Crédit : capture d’écran YouTube Samuel Arama)

Tous les proches et amis de Maurice Minkowski définissaient l’homme par sa joie de vivre et sa gentillesse. Résistant dans les Francs Tireurs et Partisans (FTP) avant d’être déporté à Auschwitz dans le dernier convoi parti de Drancy, en juillet 1944, son sourire s’est éteint le 13 décembre dernier. Il était âgé de 95 ans.

Né le 8 janvier 1925 à Przytyk, en Pologne, il était issu d’une famille juive traditionnelle et pratiquante de huit enfants : Berthe, Esther, Herman, Sarah, Maurice, Eva, Léon et Hélène. Avant de s’appeler Maurice, il était prénommé Moszek.

La famille a émigré dans le 11e arrondissement de Paris en 1927, fuyant la misère et l’antisémitisme de la Pologne du début du siècle. Son père, Abraham Minkowski, était tailleur et possédait un atelier. Sa mère, Maryem Rosenbaum, avait ouvert une épicerie pour venir compléter les revenus de la famille après leur arrivée en France.

Son père et son frère Herman ont été arrêtés en 1941 et conduit vers le camp d’internement de Pithiviers, tandis que Maurice est parvenu à fuir vers Toulouse avec l’une de ses sœurs. Le père et le frère ont été déportés à Auschwitz l’année suivante. Ils n’en sont jamais revenus. Leur sœur Esther, qui a elle aussi été déportée, a survécu.

Leur mère a fui avec ses autres enfants pour Lyon en 1942, et Maurice les a rejoints en 1944, où il s’est rallié à un groupe des Jeunesses communistes juives du FTP-MOI.

De cette époque, Maurice expliquait dans un témoignage avoir refusé de porter l’étoile jaune.

Son groupe de résistants a été arrêté en juin 1944 et interrogé par Klaus Barbie. Après un passage par Drancy, Maurice Minkowski a été déporté à Auschwitz, où il a rejoint un bloc destiné aux tailleurs et ouvriers spécialisés dans la construction de routes.

Il a ensuite été emmené vers les camps de Stutthof et Hailfingen.

Il a perdu son ami Henri, malade de la dysenterie, dans le camp du Stutthof, sur le territoire polonais. Il a affirmé que cet évènement était la seule fois où il avait pleuré, et qu’il avait alors refusé de travailler (son groupe construisait une piste d’atterrissage et des voies de circulation), avant de lui aussi tomber malade.

Il a ensuite été déporté au camp des malades de Vaihingen/Enz en février 1945, et enfin à Dachau, qui sera libéré un mois plus tard. Il ne pesait alors plus que 29 kilos.

Maurice a retrouvé sa mère et ses frères et sœurs à son retour en France. Il a par la suite travaillé sur les marchés, en vendant du linge de maison, avant d’ouvrir sa boutique.

Son épouse Marcelle, elle aussi résistante, est décédée en 2016. Ils vivaient à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne). Ils ont eu deux enfants, Annie et Alain, six petits-enfants et dix arrière-petits-enfants.

Il était très impliqué dans la vie de la synagogue Beth Chalom à Fontenay-sous-Bois. « Il venait à 7h le matin, toujours en chantant ; les enfants venaient d’abord voir mon grand-père avant de s’installer et ils recevaient toujours des bonbons. C’était le papi de tout le monde », explique l’une de ses petites-filles, Maud. Elle ajoute qu’il se pressait toujours de donner à manger à ses chats, car il trouvait que « leurs regards ressemblaient à ceux des déportés » quand ils quémandaient de la nourriture.

Dans des hommages sur les réseaux sociaux, plusieurs proches de Maurice Minkowski ont salué sa bienveillance, rappelant qu’il était communément appelé « Tonton Minko », et que son pus grand malheur était de voir un enfant pleurer, et son plus grand bonheur de voir un enfant rire.

Maurice Minkowski repose aujourd’hui au cimetière de Bagneux, aux côtés de sa femme et de leur fils. Il était titulaire de la Légion d’honneur, reçue pour ses actes de résistance pendant la guerre.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...