Décès de Nissim Azogui, « pilier et visage » de l’école Maïmonide de Boulogne
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Décès de Nissim Azogui, « pilier et visage » de l’école Maïmonide de Boulogne

Portrait et hommages à cet éducateur né, l'âme de Maïmo a été emportée par le COVID-19. Beaucoup redoutaient d'être envoyés dans son bureau, aujourd'hui une armée d'élèves le salue

Nissim Azogui, éducateur de l’école Maïmonide de Boulogne-Billancourt, avec un ancien élève. (Crédit : DR)
Nissim Azogui, éducateur de l’école Maïmonide de Boulogne-Billancourt, avec un ancien élève. (Crédit : DR)

Nissim Azogui, conseiller d’éducation et directeur-adjoint du collège-lycée Maïmonide de Boulogne-Billancourt, est décédé samedi dernier à l’âge de 67 ans après avoir contracté le coronavirus, ont rapporté ses proches. Il repose désormais au cimetière de Pantin, avant un transfert prévu à Jérusalem.

En bonne santé avant de contracter la maladie, Nissim Azogui laisse derrière lui son épouse, quatre enfants et un petit-fils, né il y a quelques semaines, qu’il n’aura malheureusement pas connu.

« Sachez qu’il vous aimait tous comme ses enfants, et que derrière la rigueur qu’il pouvait montrer à l’école se cachait un homme d’une grande sensibilité qui prenait à cœur chacun de vos problèmes scolaires ou personnels », a écrit sur Facebook son fils Benjamin Azogui, qui décrivait l’enseignement comme la « mission de sa vie ». « Il quittait la maison chaque matin depuis 30 ans avant même que nous soyons réveillés, animé d’une passion infaillible pour la transmission des valeurs du judaïsme, du sionisme et de la mémoire de la Shoah », a-t-il ajouté.

Nissim Azogui est né en 1953 et a grandi au sein de la communauté juive de Meknès, au Maroc. Aîné d’une fratrie de six enfants, élève à l’école de l’Alliance, ses bons résultats lui ont permis de rejoindre en seconde l’Ecole normale israélite orientale, dirigée par Emmanuel Lévinas, dans le 16e arrondissement de Paris – ville qu’il ne quittera plus.

David Ben Gourion lors du Concours biblique international 1971, auquel participe Nissim Azogui (au premier rang, premier à droite). (Autorisation)

En 1971, Nissim Azogui remporte le Concours biblique français et est désigné pour partir à Jérusalem représenter la France au Concours international – une édition animée par David Ben Gourion. Le jeune Nissim rencontrera également la Première ministre israélienne Golda Meir à cette occasion.

Après son baccalauréat, il rejoint la Sorbonne, où il obtient un DESS (équivalent d’un Master 2) en économie et gestion. Il résidait alors au Toit familial, le foyer juif de la rue Guy-Patin (10e arrondissement de Paris), dirigé par le rabbin David Messas, et fréquentait le Centre Rachi.

Après ses études, Nissim Azogui a travaillé pour les institutions Merkaz HaTorah avec le rabbin Yaacov Tolédano. Il a rejoint l’école Maïmonide en 1990 en tant que conseiller principal d’éducation. Premier établissement secondaire juif de France, fondé en 1935, l’école de la rue des Abondances a, durant son histoire, accueilli Élie Wiesel, Serge Klarsfeld et Théo Klein parmi ses élèves les plus illustres.

Marquant plusieurs générations d’élèves, Nissim Azogui est devenu au fur et à mesure du temps un pilier de Maïmonide – et son directeur adjoint.

Nissim Azogui, lors d’un voyage scolaire. (Crédit : Facebook)

Revenant sur son parcours, Michel Sayag, ami d’enfance et collègue à Maïmonide durant trente ans, où lui exerçait comme professeur d’économie, explique au Times of Israël que M. Azogui « a toujours fréquenté le monde communautaire avant d’en devenir l’un de ses meilleurs éléments ». « La communauté a perdu un architecte qui a fait ce qu’est la vie juive aujourd’hui en France », ajoute-t-il.

« Sa personnalité, son charisme, son savoir, sa compétence se sont imposés au fur et à mesure, et il est devenu le référent d’éducation juive à l’école », explique son ami, qui le décrit comme un homme de Torah, pratiquant, qui maitrisait les textes, la liturgie, et qui avait un amour infini pour Israël.

« C’était un éducateur avec de la fermeté, mais sa bonté, son amour et son acceptation des jeunes leur faisaient comprendre que ce qu’il leur disait était toujours dans leur intérêt », ajoute-t-il. « Sa personnalité, son charisme, sa culture s’imposaient au premier regard. Il a rempli un rôle, une fonction, qui étaient au-delà. Il était très attaché à la transmission ; c’était un éducateur né. Quand il prenait la parole lors de célébrations, d’évènements ou d’entretiens, il avait un don de persuasion, de conviction dans tout ce qu’il expliquait. Il savait retenir son auditoire, que ce soit des parents ou des élèves. »

« Il a consacré sa vie aux enfants ; lui ne comptait pas. Le visage, l’âme de Maïmo, c’était M. Azogui », conclut-il.

Vivant dans le 11e arrondissement de Paris, Nissim Azogui était un fidèle de la synagogue Don Isaac Abravanel de la rue de la Roquette et en était devenu son vice-président, après avoir longtemps siégé au conseil d’administration.

De nombreux membres de la communauté, associations et institutions juives ont salué la mémoire de l’homme, toutes évoquant les valeurs qu’il portait et incarnait et son travail inestimable auprès des jeunes.

Suite à son décès, Haïm Korsia, grand rabbin de France, a écrit : « Monsieur Azogui me recevait avec beaucoup de chaleur et il était le souffle spirituel de l’école Maïmonide. […] Le bien qu’il a fait, la confiance qu’il a offert à tant de jeunes qui ne savaient plus où se trouver, sont des signes qui resteront et nous rendront monsieur Azogui toujours présent. »

« Nissim Azogui était un mensch. Un homme profondément bienveillant », a réagi Anne-Marie Boubli, ancienne directrice de l’école Maïmonide, auprès de Qualita. « Il avait le souci de sa mission. Il aspirait la crainte, tout en étant très respecté, et il savait même quelques fois être complice avec les élèves. Il avait énormément d’empathie pour les élèves. »

Nissim Azogui et Anne-Marie Boubli, ancienne directrice de l’école Maïmonide. (Crédit : DR)

Corinne Lafitte, directrice des collège et lycée du Groupe scolaire Maïmonide Rambam, a elle déclaré : « Nissim Azogui fut un Maître. C’est toujours avec une immense modestie teintée d’une affection fraternelle qu’il m’a menée, pas à pas, à cimenter mon identité juive. La mission qu’il a honorée jusqu’au bout, ce fut de diffuser l’histoire de notre peuple, de faire grandir en chacun de nous tous, l’amour d’Israël. Mais plus que cela, il sut imprégner nos élèves des valeurs de la Torah, convaincu que le monde ‘se tient par le souffle des enfants qui étudient’. Pour nombre d’entre nous, cet éducateur hors-pair était un ami, un frère, un guide que nous pleurons. »

Au micro de Qualita, le rabbin David Mamou, directeur et fondateur de l’association Tikva, l’a décrit comme « la colonne vertébrale et la Néchama [âme] de Maïmo, un éducateur hors pair, sévère, mais adulé par
ses élèves ».

Robert Ejnes, directeur exécutif du CRIF et membre de la communauté de Boulogne, l’a défini comme « une personnalité centrale et incontournable de l’école Maïmonide, pour les élèves comme pour les parents, depuis de très nombreuses années ». « C’est un choc énorme », a-t-il ajouté.

Ariel Goldmann, aussi membre de la communauté de Boulogne et président du Fonds social juif unifié, a affirmé que Nissim Azogui « portait haut et fort les valeurs du judaïsme et était d’une grande fidélité à ces valeurs, aux hommes et aux institutions. Il représentait bien ce judaïsme authentique des originaires de la ville de Meknès au Maroc ».

« Éducateur dans l’âme, passionné d’histoire juive, fier de son identité, amoureux d’Israël, c’est tout naturellement qu’il adhéra au Bac Bleu Blanc dès sa création », a écrit le projet sur Facebook. « Soucieux de l’avenir de la communauté juive française, il a élevé des générations d’élèves, avec rigueur et bienveillance, participant activement à la construction identitaire de chacun d’entre eux. »

Dans le cadre d’un voyage du Bac Bleu Blanc en 2006, Nissim Azogui avait d’ailleurs rencontré Shimon Peres, qui deviendrait l’année suivante le président de l’État d’Israël.

Responsable des voyages scolaires au sein de l’école Maïmonide, il avait mis en place la délégation française de la Marche des Vivants, en Pologne, qui se poursuit traditionnellement ensuite par une visite d’Israël, pour Yom HaAtzmaout. En février dernier, Nissim Azogui participait encore à un séjour scolaire.

Michel Sayag (à gauche), Shimon Peres et Nissim Azogui, dans le cadre d’un voyage du Bac Bleu Blanc, en 2006. (Autorisation)

« Il avait accompagné des générations d’élèves pour leur permettre de se construire une identité et une éducation solide pour poursuivre ensuite leurs études et leur vie », a écrit l’UEJF.

En raison des directives de lutte contre le coronavirus, seuls quelques proches ont pu participer à la cérémonie funéraire organisée lundi après-midi à Pantin. L’inhumation a été retransmise sur YouTube et les réseaux sociaux par le site Torah-Box, et visionnée par plus de 24 000 personnes, confie son fils Benjamin au Times of Israël.

Ce jeudi, à 19h30 (heure française), un cours à sa mémoire a été organisé par le rabbin de Strasbourg Ariel Rebibo, en partenariat avec les institutions Atid et le Consistoire israélite du Bas-Rhin. La session pouvait être suivie sur Facebook Live sur la page Merkaz Atid Israël.

De très nombreux anciens élèves lui ont également rendu hommage. Certains ont rappelé plusieurs anecdotes, notamment son surnom « Alfred » en raison de sa ressemblance avec le personnage Alfred Tate de la série télévisée « Ma sorcière bien-aimée ».

Nissim Azogui, éducateur de l’école Maïmonide de Boulogne-Billancourt. (Crédit : Twitter)

Un ancien surveillant de l’établissement a écrit le témoignage suivant : « Quand j’étais surveillant (un mois après le bac), je me trouvais seul dans son bureau quand le téléphone sonna. Et là, une mère me parle à 400 à l’heure de son fils et de ses problèmes en pensant que je suis M. Azogui. Au bout de 10 minutes, j’avais honte de lui dire que ce n’était pas moi, donc je l’ai imité pendant toute la conversation et j’ai même fixé rendez-vous avec elle la semaine suivante pour parler des problèmes de son fils. Je mourrais de peur d’avouer [à M. Azogui], alors j’ai raconté à Brigitte [Botbol, directrice du secondaire], qui a ri et m’a rassuré en me disant que Nissim trouverait ça drôle. Je lui ai raconté, la peur au ventre, et après une demi-seconde de regard sérieux (qui foutait les jetons, avouez-le), il a éclaté de rire et m’a même remercié de lui avoir épargné cette conversation avec cette mère pénible ! Bon… Il a un peu moins ri quand je lui ai dit qu’il avait rendez-vous avec elle la semaine suivante, et là… je ne pouvais pas le remplacer ! »

J'ai pas les mots pour exprimer ma douleur mes larmes ne cessent de couler.Barouh dayan aemeth Nissim Azogui vous allez…

פורסם על ידי ‏‎Clarisse Demri‎‏ ב- יום ראשון, 19 באפריל 2020

Aujourd’hui, on se réveille assommé par la nouvelle d’hier soir et on peine à trouver les mots.Il est pour moi, comme…

פורסם על ידי ‏‎Simon Moos‎‏ ב- יום ראשון, 19 באפריל 2020

Merci Monsieur Azogui pour tout. Nous vous devons tellement … Nous vous devons ce que nous sommes. Jamais nous ne…

פורסם על ידי ‏‎Noam Cohen‎‏ ב- יום ראשון, 19 באפריל 2020

Tant de souvenirs à raconter sur monsieur Azogui …Tout d’abord cet amour pour la religion et l’importance de…

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On vient d’apprendre une très triste nouvelle ce soir avec la mort suite au coronavirus de Nissim Azogui que nous…

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It is not common to meet and learn from a truly exceptional man. Nissim Azogui was undoubtedly one of them. Head…

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