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NÉCROLOGIE

Décès du « roi de la night » allemand qui a participé à la guerre d’Indépendance d’Israël

Né Rolf Sigmund Sostheim, Rolf Eden a fui l'Allemagne pour Israël en 1933, mais est revenu à Berlin pour devenir le "roi de la night" de la capitale allemande

Rolf Eden arrivant au gala Cinema for Peace, à Berlin, le 9 février 2015. (Crédit : AP Photo/Markus Schreiber)
Rolf Eden arrivant au gala Cinema for Peace, à Berlin, le 9 février 2015. (Crédit : AP Photo/Markus Schreiber)

JTA – Rolf Eden, un impresario et propriétaire de boîte de nuit juif allemand, est décédé jeudi à Berlin à l’âge de 92 ans.

Les premières années de la vie d’adulte d’Eden ont été marquées par la recherche du plaisir. Il est devenu l’un des principaux play-boys d’Allemagne, un coureur de jupons invétéré qui a laissé un héritage incroyable sur la scène nocturne de Berlin et sur la culture sexuelle du pays, en général.

En 1933, alors qu’il n’avait que trois ans, sa famille a fui le nazisme en Allemagne pour se rendre en Israël, où Eden, né Rolf Sigmund Sostheim, a grandi et s’est battu lors de la guerre d’Indépendance d’Israël.

Eden a servi dans la brigade militaire Palmach, ancêtre de Tsahal, en tant que membre des redoutables convois qui tentaient d’atteindre Jérusalem. Nombre d’entre eux étaient des missions suicides qui se sont soldés par des dizaines de morts et de blessés parmi les défenseurs.

« Aujourd’hui, je serais le premier à courir en sens inverse, mais à l’époque, j’étais jeune et naïf », a déclaré Eden dans une interview accordée en 2012 au journal Süddeutsche Zeitung. « J’étais souvent le premier à me précipiter. J’étais un soldat courageux et, bien sûr, je ne voulais rejoindre que les meilleurs soldats. Tout le monde essayait d’être un héros et tous ceux qui pouvaient se battre devaient le faire. C’était tout ou rien. »

Mais après la guerre, Eden a déménagé à Paris et s’est finalement installé à Berlin-Ouest en 1956, entamant une carrière dans le divertissement qui lui a donné la réputation d’un « éternel playboy » et de « roi de la night » à Berlin.

Rolf Eden, à gauche, lors du concours de Miss Film Festival 1969 dans une boîte de nuit de Berlin-Ouest, en Allemagne de l’Ouest, le 4 juillet 1969. (Crédit : AP Photo/Edwin Reichert)

En 1957, Eden ouvre l' »Eden Saloon », suivi de l' »Eden Playboy Club » et du « Big Eden », des clubs très renommés dans la ville. Eden aurait été la première personne à avoir ouvert une discothèque en Allemagne.

À l’Eden Saloon, un petit club de jazz, Eden organisait des spectacles d’effeuillage inspirés de la scène parisienne et des concours de bikinis à l’américaine, à une époque où de tels événements étaient considérés comme obscènes.

« Il était toujours un peu en avance sur son temps », selon une nécrologie parue dans DPA, l’agence de presse allemande.

Grand homme au sourire communicatif, il soignait son image publique de playboy – notamment en partageant dans des interviews le nombre de femmes avec lesquelles il pensait avoir eu des relations sexuelles (estimé à 3 000) ainsi que son mode opératoire lors de ses rendez-vous.

« Cela commence par un mousseux mi-sucré de la marque maison ‘Rolf Eden’ au bar de la maison, puis un petit morceau joué sur le piano blanc et enfin la nuit se termine dans le ‘bureau' », a déclaré le Bietigheimer Zeitung. Par bureau, ajoute le journal, Eden entendait une chambre à coucher avec des miroirs au plafond.

Eden, qui avait l’habitude de circuler à Berlin en Rolls-Royce, tenait un registre des femmes qu’il avait reçues chez lui. Il a déclaré que ce registre servait à se défendre contre d’éventuelles demandes de pension alimentaire – Eden se vantait d’avoir « au moins sept enfants de sept femmes différentes » – et à des fins de traçabilité en cas de crainte d’une infection par le VIH, a-t-il déclaré à la Neue Deister-Zeitung.

Le propriétaire d’une boîte de nuit, Rolf S. Eden assis, au centre, sur une table dans un club, entouré de femmes légèrement vêtues, à Berlin-Ouest, en Allemagne de l’Ouest, le 30 juin 1968. (Crédit : AP Photo/Edwin Reichert)

« Blague à part, j’ai une relation fantastique avec tous mes enfants », a-t-il déclaré au Süddeutsche Zeitung. Il a également déclaré avoir versé l’équivalent de 30 000 euros de pension alimentaire chaque mois à certaines périodes de sa vie.

La véracité de ces propos, qui faisaient partie intégrante de l’image publique d’Eden, n’a pas été confirmée. Mais il semblait se délecter de cette image, laissant entendre aux tabloïds que son testament stipule que la femme qui sera au lit avec lui à sa mort héritera de 125 000 euros. Plus tard, il a déclaré à un autre tabloïd que ce chiffre avait été porté à 350 000 euros.

« Je vais mourir comme j’ai vécu – sur une femme. Ce doit être la mort la plus glorieuse de toutes », a-t-il déclaré à Bietigheimer Zeitung en 2002. « Ma dernière maîtresse », a-t-il ajouté, recevra cette somme « en l’honneur des milliers de femmes qui m’ont rendu heureux ». Il n’y avait aucune femme dans le lit d’Eden lorsqu’il est mort le 11 août ; la clause dite « d’amour » de son testament n’a donc pas été invoquée, selon l’édition allemande du site earlybulletins.com.

L’une de ses enfants, Irit Dolev, vit en Israël, où elle et son mari ont élevé leur trois enfants. Eden entretenait une relation étroite avec sa fille et ses petits-enfants, qu’il aimait accueillir dans son appartement de Berlin à chacune de leurs visites. Il voyageait en Israël, pays qu’il appelait souvent sa patrie, au moins deux fois par an pour rendre visite à sa famille et à ses nombreux amis, dont le regretté écrivain Yoram Kanyuk, qu’Eden rencontra lors de son service au sein de la brigade Palmach.

L’homme d’affaires allemand Rolf Eden arrivant au gala de collecte de fonds Cinema For Peace à Berlin lors du Festival international du film de Berlin, le 10 février 2014. (Crédit : AP Photo/Axel Schmidt)

En 2012, Eden a déclaré qu’il n’avait jamais été confronté à de l’antisémitisme en Allemagne.

« Si quelque chose m’arrivait, j’irais en Israël », a-t-il déclaré au Süddeutsche Zeitung. « Mais je ne veux pas partir. Ce serait une telle déception. J’aime Berlin, j’aime l’Allemagne. Et les Allemandes sont si belles ! Ne préférerait-on pas parler de femmes plutôt que de politique ? »

L’attachement d’Eden à Israël ne s’étendait pas au judaïsme.

« Je ne me souviens pas avoir déjà été dans une synagogue », a-t-il déclaré. « Qu’est-ce que je serai censé y faire ? Ce n’est pas parce que je suis né dans une famille juive que je dois m’y rendre. Dans le passé, j’aurais pu y aller parce que les gens s’y réunissaient pour discuter. Mais c’est complètement dépassé maintenant : tu rencontres tes copains dans les cafés et les clubs. »

« Je ne célèbre pas non plus les fêtes », avait-il ajouté. « Pourquoi devrais-je jeûner à Yom Kippour ? »

Pourtant, Eden était un fervent partisan de la brit-milah (circoncision).

« Je me moque de savoir pourquoi ils l’ont décidé il y a 5 000 ans. Mais il y a une bonne raison médicale à la circoncision : c’est simplement plus hygiénique. Les femmes préfèrent cela de loin, croyez-moi », a-t-il déclaré dans l’interview de 2012, qu’il avait accordé dans un contexte de hausse des incidents à caractère antisémite et à la suite d’une décision de justice allemande qui a qualifié la circoncision de maltraitance à l’égard des enfants.

Sur ces questions, Eden avait déclaré : « L’ici et maintenant a toujours été important pour moi. Et concernant l’avenir, mon conseil est le suivant : priez moins, et appréciez plutôt les belles choses de la vie. De cette façon, tout le monde s’en portera mieux. »

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