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Définition codifiée de l’antisémitisme : débat au sein de l’administration Mamdani

Selon la responsable du bureau municipal chargé de la lutte contre l'antisémitisme, le cadre de l'IHRA ne sera pas remplacé ; la NYPD estime que taguer "Tuez les sionistes" n'est pas forcément un crime de haine

Luke Tress est le correspondant du Times of Israel à New York.

Inna Vernikov, conseillère municipale de New York, et  Eric Dinowitz, conseiller municipal, coprésidents du groupe de travail sur l'antisémitisme du conseil municipal, à l'hôtel de ville, le 22 avril 2026. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)
Inna Vernikov, conseillère municipale de New York, et Eric Dinowitz, conseiller municipal, coprésidents du groupe de travail sur l'antisémitisme du conseil municipal, à l'hôtel de ville, le 22 avril 2026. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

La responsable du bureau de lutte contre l’antisémitisme du maire de New York, l’anti-Israël Zohran Mamdani, a déclaré mercredi que la mairie ne remplacerait pas la définition de l’antisémitisme largement utilisée que Mamdani avait écartée dès son premier jour en fonction.

Cette définition, élaborée par l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA), assimile certaines formes de rhétorique anti-Israël à de la discrimination envers les Juifs.

Cette définition est contestée par les militants anti-Israël, qui affirment qu’elle confond critique politique d’Israël et discrimination. Mamdani et les membres de son administration sont de virulents détracteurs d’Israël.

L’ancien maire de New York, Eric Adams, prédécesseur de Mamdani, avait adopté cette définition pour l’administration municipale l’an dernier par décret. Mamdani a abrogé ce décret, ainsi que d’autres décrets d’Adams, lors de son entrée en fonction, ce qui soulève des questions quant à la manière dont la mairie reconnaîtrait la discrimination antisémite.

Cette question est importante, car la discrimination à l’égard des Juifs n’est pas toujours clairement définie. Elle est parfois associée à Israël ou au « sionisme », et la rhétorique politique contre Israël relève de la liberté d’expression, même si les Juifs perçoivent souvent les activités antisionistes comme de la discrimination.

Si Mamdani a montré sa volonté de condamner les formes « classiques » d’antisémitisme, telles que les croix gammées ou les clichés sur « l’avidité » des Juifs, il semble peu disposé à qualifier les actions antisionistes de discriminatoires.

Phylisa Wisdom, responsable du bureau du maire de New York chargé de la lutte contre l’antisémitisme. (Crédit : Gili Getz)

Mercredi, Phylisa Wisdom, directrice du bureau de lutte contre l’antisémitisme de la mairie, a témoigné devant un groupe de travail sur l’antisémitisme du Conseil municipal, lors de l’une de ses premières apparitions publiques depuis qu’elle a pris ses fonctions le mois dernier.

Adams a également créé le bureau du maire chargé de la lutte contre l’antisémitisme, tandis que le groupe de travail bipartite de lutte contre l’antisémitisme a été mis en place par le Conseil municipal, qui est indépendant du bureau du maire.

Julie Menin, la présidente juive du Conseil municipal, mène une vaste initiative visant à endiguer l’antisémitisme dans la ville, dont fait partie ce groupe de travail. Les Juifs sont la cible de crimes de haine à New York plus que tous les autres groupes réunis.

Mercredi, le groupe de travail a organisé sa première audience, coprésidée par le démocrate Eric Dinowitz, originaire du Bronx, et la républicaine Inna Vernikov, originaire de Brooklyn.

« Nous ne serons pas un gouvernement qui reste les bras croisés. Nous ne serons pas un gouvernement inactif qui laisse les Juifs être persécutés parce que nous détournons le regard », a déclaré Dinowitz dans son discours d’ouverture.

L’audience s’est concentrée sur le signalement des crimes de haine. Outre Wisdom, des représentants de la police de New York (NYPD) et le procureur du district de Brooklyn, Eric Gonzalez, ont témoigné devant un panel de législateurs. Vernikov a indiqué que les procureurs de chaque arrondissement avaient été invités à assister à l’audience, mais que Gonzalez était le seul des cinq à s’être présenté.

Vernikov a interrogé Wisdom sur l’abrogation par Mamdani de la définition de l’IHRA, ainsi que sur la définition que le bureau chargé de l’antisémitisme allait utiliser. Outre celle de l’IHRA, il existe plusieurs autres définitions de l’antisémitisme, dont certaines sont plus tolérantes envers l’antisionisme.

« Nous ne pensons pas qu’il soit nécessaire d’avoir une définition codifiée », a déclaré Wisdom.

« La politique de cette administration est de continuer à ne pas avoir de définition codifiée de la haine sous quelque forme que ce soit. »

« Les préjugés et la haine, ce sont des sujets vraiment délicats et extrêmement graves, et cela se traite au cas par cas », a-t-elle poursuivi.

Le bureau considérera l’antisémitisme comme « des préjugés, de la violence et de la discrimination à l’encontre des Juifs en raison de leur religion », a-t-elle précisé.

Le conseiller municipal Simcha Felder, un démocrate orthodoxe de Brooklyn, a quitté l’audience en claquant la porte.

Le conseiller municipal de New York, Simcha Felder, à l’hôtel de ville, le 22 avril 2026. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

« C’est fou, c’est inadmissible. Dans l’histoire de la ville de New York, on n’a jamais eu de mal à déterminer ce qu’est la haine. Allons-nous devoir définir à chaque fois si un incident relève de la haine ou non ? », a-t-il demandé.

Le groupe de travail a également interrogé les représentants de la NYPD sur la distinction entre l’antisionisme et la discrimination à l’encontre des Juifs.

Dinowitz a interrogé Michael Gerber, commissaire adjoint chargé des affaires juridiques à la NYPD, à propos d’un cas hypothétique de restaurant casher vandalisé avec l’inscription « Tuez les sionistes ».

Gerber a répondu que « cela dépendrait » d’une enquête pour déterminer si un tel incident constituerait un crime de haine.

« S’il ne s’agissait pas d’une motivation purement politique », a déclaré Gerber, « nous devons être en mesure de le prouver. »

Toutefois, si un restaurant casher était vandalisé avec l’inscription « Tuez les Juifs », « il s’agirait là d’un crime de haine », a-t-il ajouté.

« Cela serait clairement dû à une identité juive perçue. »

« Nous avons vu à maintes reprises que le mot ‘sioniste’ est utilisé comme substitut de ‘juif’ », a déclaré Dinowitz.

Une audience organisée par le groupe de travail sur l’antisémitisme du Conseil municipal de New York, à l’Hôtel de ville, le 22 avril 2026. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

« Il ne devrait y avoir aucun doute sur le fait qu’il s’agirait de crimes de haine, et je pense que ce que vous venez de dire constitue en quelque sorte une ‘échappatoire’. Si vous utilisez simplement le mot ‘sioniste au lieu de ‘juif’, alors vous pourriez vous en tirer. »

« Nous devons respecter la loi, et celle-ci fait bien la distinction entre les crimes motivés par l’identité religieuse d’une personne et ceux motivés par des opinions politiques », a poursuivi Gerber.

Les crimes de haine constituent une circonstance aggravante des crimes sous-jacents, ce qui alourdit les peines, car ils sont considérés comme visant non seulement un individu, mais aussi un groupe protégé. Le vandalisme d’un restaurant, par exemple, serait toujours poursuivi comme un crime, mais l’ajout de la circonstance aggravante de crime de haine alourdirait la peine.

Les crimes de haine sont difficiles à poursuivre car, contrairement à d’autres infractions, les enquêteurs doivent établir que les auteurs étaient motivés par une animosité envers un groupe protégé, ce qui constitue un seuil juridique élevé.

Moshe Davis (au centre), chef du nouveau groupe de travail sur l’antisémitisme de la ville de New York, lors d’une conférence de presse annonçant la création du groupe de travail à l’hôtel de ville de New York, le 13 mai 2025. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Gerber a également déclaré que la NYPD n’utilisait pas de définition spécifique de l’antisémitisme, mais s’efforçait de déterminer si les victimes d’actes antisémites avaient été prises pour cible en raison de leur identité juive.

Le prédécesseur de Wisdom, le rabbin Moshe Davis, présent lors de l’audience, a critiqué l’administration Mamdani pour son absence de définition de l’antisémitisme.

« On ne peut pas garantir la sécurité des New-Yorkais juifs tout en fermant les yeux sur les sources de la haine dont ils sont victimes », a-t-il déclaré.

La ligne de fracture entre antisémitisme et antisionisme constitue un champ de bataille majeur dans le discours sur les Juifs et Israël aux États-Unis, avec des implications qui s’étendent aux forces de l’ordre, à l’éducation, à la politique et au système judiciaire.

De nombreux Juifs considèrent l’antisionisme comme une forme de discrimination, tandis que ses opposants le perçoivent comme une forme de militantisme politique. Un mouvement croissant au sein de la communauté juive s’efforce de redéfinir l’antisionisme comme la version contemporaine de la discrimination à l’encontre des Juifs, utilisant des clichés différents, mais les mêmes structures et schémas que les formes passées de haine.

Wisdom, qui dirige le bureau de lutte contre l’antisémitisme depuis six semaines, a déclaré que celui-ci comptait deux employés et prévoyait de passer à trois ou quatre. Les membres du personnel mènent actuellement une série de rencontres avec les dirigeants de la communauté juive, et une fois celles-ci terminées, ils disposeront d’un cadre pour les activités du bureau et publieront un rapport à la fin de l’été, a-t-elle précisé.

Le bureau en est encore à ses débuts, et une grande partie de ses projets et activités, tels que la communication publique et l’accessibilité au public, n’ont pas encore été définis, a indiqué Wisdom.

« Je prends très au sérieux la sécurité de chaque Juif de cette ville, indépendamment de sa religiosité, de son identité ou de son origine ethnique, et je comprends très bien les différences dans la manière dont ils vivent l’antisémitisme », a-t-elle déclaré.

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