Des chefs druzes israéliens rencontrent leurs compatriotes en Syrie
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"Je ne vois rien de mal à ça"

Des chefs druzes israéliens rencontrent leurs compatriotes en Syrie

"Nous rendons visite à nos proches et nous allons dans les lieux saints", a expliqué l'organisateur du voyage qui contrevient à la loi israélienne sur les États ennemis

Des Druzes sur le plateau du Golan se réunissent sur la frontière syrienne en brandissant le drapeau de la communauté après un attentat kamikaze à la bombe dans le village druze syrien de Hadar, le 3 novembre 2017 (Crédit : AFP PHOTO / JALAA MAREY)
Des Druzes sur le plateau du Golan se réunissent sur la frontière syrienne en brandissant le drapeau de la communauté après un attentat kamikaze à la bombe dans le village druze syrien de Hadar, le 3 novembre 2017 (Crédit : AFP PHOTO / JALAA MAREY)

Les leaders druzes israéliens se sont rendus jeudi à Damas pour y rencontrer leurs compatriotes de Syrie et du Liban lors d’un voyage qui n’a apparemment pas été coordonné avec les autorités israéliennes et qui contrevient à la loi sur la sécurité nationale en vigueur au sein de l’Etat juif.

La délégation est formée de 54 religieux et sheikhs Druzes, ou leaders communautaires, tous originaires de villages et de villes situés dans les régions de Galilée et du Carmel dans le nord d’Israël.

Ils ont été reçus par les responsables du gouvernement syrien à Damas, a fait savoir le quotidien Haaretz, avant de partir dans la région de Sweida qui accueille la majorité de la communauté druze syrienne.

De là, ils se sont rendus auprès des familles des personnes tuées dans la vague récente d’attentats commis dans la région par l’Etat islamique et auprès des proches de ceux qui ont été kidnappées par le groupe djihadiste.

Ce voyage a été arrangé par l’ambassade syrienne à Amman, en Jordanie. Ils prévoient de revenir dimanche en Israël.

Cette visite coïncide avec un séjour similaire des leaders druzes libanais, qui rejoindront leurs homologues syriens et israéliens lors d’une rencontre des responsables des trois pays de cette communauté minoritaire.

Les membres de la communauté druze, en particulier ceux des villages du Golan israélien qui continuent à afficher publiquement leur loyauté envers la Syrie, 51 ans après que la région a été capturée par Israël pendant la guerre des Six jours, traversaient dans le passé la frontière lorsque l’occasion s’en présentait avec l’approbation des deux gouvernements.

Certains allaient faire leurs études en Syrie, d’autres allaient rencontrer des membres de leurs familles ou des coreligionnaires de l’autre côté du Golan. Mais aucun citoyen israélien n’aurait traversé la frontière depuis le début de la guerre civile en 2011, à l’exception de quelques djihadistes arabes israéliens cherchant à rejoindre l’Etat islamique. Certains sont déjà revenus et sont poursuivis en justice par les autorités israéliennes.

Les habitants druzes du village d’Ein Qiniye dans les hauteurs du Golan brandissent des drapeaux syriens et des images du président syrien lors d’un rassemblement marquant le Jour de l’Indépendance de la Syrie le 17 avril 2018. (Crédit : AFP / JALAA MAREY)

Le voyage actuel pourrait bien être un autre signe annonçant que la guerre civile syrienne se trouve à ses dernières phases alors que les forces du régime de Bashar al-Assad et ses alliés de Russie, du Liban et de l’Iran se préparent à une offensive finale contre la dernière enclave majeure du pays encore entre les mains des rebelles, la province d’Idlib, au nord.

Alors que les combats diminuent, les Druzes pourraient chercher à renouer des liens communautaires qui s’étaient rompus sous les violences.

Il pourrait également refléter l’agitation croissante parmi les Druzes israéliens suite à l’adoption de la loi sur l’Etat-nation, le mois dernier, qui a entraîné des manifestations massives des membres de la communauté qui ont accusé la législation de les transformer en citoyens de seconde zone.

Ce séjour pourrait placer la délégation druze israélienne en eaux troubles dans la mesure où il contrevient à la loi israélienne sur la prévention des infiltrations, qui interdit à des citoyens israéliens de se rendre en Syrie et dans certains pays qui sont officiellement en guerre avec l’Etat juif.

Sheikh Ali Maadi, chef de la commission druze israélienne chargée du contact avec les communautés druzes dans le monde arabe, a préparé la visite mais n’y a pas participé. Il n’est pas autorisé à quitter le pays en raison de ses efforts passés visant à arranger des voyages dans des pays où les Israéliens n’ont pas le droit de se rendre.

Les manifestants druzes et leurs soutiens lors d’un rassemblement sur la place Rabin de Tel Aviv contre la loi sur l’Etat-nation, le 4 août 2018 (Crédit: Tomer Neuberg/Flash90)

« Nous rendons visite aux membres de notre population, à nos proches et à nos frères en Syrie et nous allons voir les lieux saints là-bas », a-t-il commenté. « Je ne vois rien de mal à cela ».

Des religieux druzes israéliens s’étaient pour la dernière fois rendus en Syrie en 2007 et en 2010. Dans les deux cas, les autorités israéliennes avaient porté plainte contre les délégations, condamnant même l’ancien député Said Nafa à une peine de prison d’un an pour avoir arrangé ces déplacements.

Les responsables israéliens ont tenté de se montrer indulgents, la cour des magistrats de Jérusalem rejetant les condamnations émises contre 16 sheikhs druzes en 2014 qui étaient allés dans des États ennemis.

Sous les termes d’un arrangement judiciaire, les sheikhs avaient tous convenu de ne pas réitérer ce type de visite. Selon Haaretz, certains des leaders druzes actuellement en Syrie avaient également participé à de tels voyages dans le passé.

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