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Des échanges étudiants avec des écoles américaines ont aidé à légitimer les nazis

Ces relations semblent avoir réussi à persuader les partenaires américains d'accorder le bénéfice du doute aux nazis

Défilé des Jeunesses hitlériennes (Crédit : Capture d'écran Youtube)
Défilé des Jeunesses hitlériennes (Crédit : Capture d'écran Youtube)

La question a souvent été posée : pourquoi les troupes alliées ont-elles été aussi surprises en découvrant l’horreur des camps crées par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, et pourquoi elles ne sont pas intervenues plus tôt. L’une des raisons évoquées : les nazis ont quelque temps réussi à cacher l’horreur qu’ils perpétraient. Comment ? Par diverses manigances – et notamment en détournant un programme d’échanges étudiants entre grandes écoles américaines et allemandes à partir de 1935, a rapporté l’agence Associated Press.

Le programme d’échange en question, l’International Schoolboy Fellowship, avait initialement été créé en 1927 par Walter Huston Lillard, directeur de la Tabor Academy dans le Massachusetts. Ce programme visait, grâce à l’échange d’étudiants, à stimuler et à renforcer les relations entre les pays participants. Ceux-ci étaient les États-Unis, l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne.

Walter Huston Lillard pensait « que les malentendus et les querelles entre les nations naissent souvent d’erreurs de jugement à distance », et que « le développement des contacts tendra à promouvoir des relations cordiales et des amitiés durables ».

Ce projet louable a finalement été utilisé comme outil de propagande par les grandes écoles du Troisième Reich, telles que les Instituts nationaux d’éducation politique, les « Napolas ». Leur idée était d’intégrer le programme d’échange pour promouvoir les objectifs du national-socialisme, influencer les élèves, démentir les informations diffusées sur les nazis par les médias et influencer favorablement l’opinion publique sur le Troisième Reich.

Ces institutions nazies s’inspiraient des écoles publiques d’élite britanniques, du corps des cadets prussiens et de l’ancienne Sparte. Elles accueillaient des garçons âgés de 10 à 19 ans et visaient à leur donner l’étoffe de dirigeants.

Un défilé nazi. (Crédit : Capture d’écran Youtube)

Le 12 février 1935, l’International Schoolboy Fellowship a été informée par les autorités nazies qu’elles échangeraient 10 garçons américains contre 10 élèves de Napolas, chargés de répandre la propagande nazie, de juillet à décembre 1935.

C’est ainsi qu’en 1938, 18 écoles préparatoires américaines participaient aux échanges avec les Napolas.

Reinhard Pfundtner, fils de 17 ans d’un haut fonctionnaire du ministère de l’Intérieur du Troisième Reich, est l’un des premiers Allemands de l’époque nazie à avoir été sélectionnés pour le programme d’échange. Sa participation a contribué à garantir l’efficacité de cette campagne de propagande.

Son père, Hans Pfundtner, était l’un des principaux architectes des lois de Nuremberg, qui ont rétrogradé les Juifs et les Tsiganes au rang de parias dans l’Allemagne nazie, et qui ont joué un rôle déterminant dans le déroulement de la Shoah. Il était aussi membre du Comité olympique et voulait utiliser cet échange pour persuader Walter Huston Lillard de faire pression en faveur de la participation des États-Unis aux prochains Jeux olympiques d’hiver de 1936 en Allemagne.

Les jeunesses hitlériennes. (Crédit : Capture d’écran YouTube)

Une réussite éphémère 

Plusieurs grandes écoles préparatoires américaines ont participé au programme d’échange dès 1935. Parmi elles, la Phillips Academy Andover dans le Massachusetts, la Phillips Academy Exeter dans le New Hampshire, St. Andrew’s dans le Delaware, Choate et la Loomis School dans le Connecticut. Entre 1936 et 1938, 15 élèves américains par an ont appris dans les écoles d’élite nazies pendant 10 mois, et 30 élèves de Napolas ont passé cinq mois chacun dans des écoles américaines.

Même après le pogrom de la « Nuit de Cristal » en novembre 1938, au cours duquel plus de 7 000 commerces juifs et plus de 250 synagogues ont été détruits dans les territoires allemands, Walter Huston Lillard a encouragé les directeurs des écoles préparatoires qui faisaient partie de l’échange à poursuivre le programme pendant l’année scolaire 1939-40.

Cela a fonctionné avec plusieurs étudiants américains, curieux d’en savoir plus sur les liens qui unissaient ces institutions avec le Troisième Reich. Le programme d’échange a séduit au point que les partenaires américains accordaient le bénéfice du doute, du moins à court terme, au régime nazi.

Les élèves allemands ont souvent réussi à convaincre leurs hôtes américains que les événements en Allemagne n’étaient pas aussi terribles que les articles de presse le disaient. Ils ont souvent exprimé leurs opinions politiques, oralement et par écrit.

Des soldats nazis défilent dans Paris, en France, le 24 octobre 1940. (Crédit : AP)

Par exemple, Wolfgang Korten, étudiant en échange à l’Académie Tabor, a écrit que rejeter totalement le « fascisme » et le « nazisme » au nom de la « démocratie » était une erreur.

Un élève américain qui a fréquenté la Napola de Plön, en Allemagne, a écrit en 1938 que l’année qu’il y avait passée était la « plus grande expérience » de sa vie. Un autre a même été découvert par ses camarades de classe de la Napola effectuant le salut hitlérien devant son miroir. De nombreux membres du personnel et étudiants des académies américaines sont restés en contact avec leurs écoles partenaires allemandes même après le déclenchement de la guerre en 1939.

Si cette manipulation n’a pas suffi, elle est parvenue à influencer des Américains instruits et curieux, jusqu’à les convaincre de la bonne foi allemande, quitte à minimiser voire à ignorer les articles de presse sur les atrocités nazies – du moins, jusqu’à la participation des États-Unis à la Seconde Guerre mondiale, le 7 décembre 1941.

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