Des experts mettent en garde contre une marée noire dans la mer Rouge
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Des experts mettent en garde contre une marée noire dans la mer Rouge

Un million de barils de pétrole se trouve actuellement à bord du FSO Safer, qui ne cesse de s'abîmer et qui est immobilisé depuis cinq ans au large de la côte du Yémen

Le FSO Safer sur une photo non-datée. (Autorisation : Safer Exploration and Production Operations)
Le FSO Safer sur une photo non-datée. (Autorisation : Safer Exploration and Production Operations)

Une marée noire catastrophique et « éminemment évitable » en mer Rouge pourrait avoir rapidement lieu à moins que la communauté internationale ne s’unisse pour retirer un million de barils de pétrole d’un navire immobilisé depuis cinq ans au large de la côte du Yémen, ont fait savoir des experts d’Israël et d’ailleurs, mettant en garde contre « un désastre environnemental et humanitaire régional ».

La marée noire qui pourrait potentiellement découler du déversement du million de barils de pétrole qui se trouvent actuellement à bord du FSO Safer, qui ne cesse de s’abîmer, ruinerait la santé et les revenus de millions de personnes dans la région et entraînerait de graves dommages sur des milliers de kilomètres de récifs coralliens, notamment ceux du nord de la mer Rouge et du golfe d’Eilat/Aqaba, qui semblent être les plus robustes face au changement climatique, ont fait savoir six experts d’Israël et d’ailleurs dans une lettre publiée sous forme de signal d’alarme dans le journal Frontiers in Marine Science.

Cela fait des années que les Nations unies tentaient d’obtenir le droit d’envoyer des inspecteurs sur le navire, en vain – jusqu’à il y a deux semaines, lorsque les rebelles houthis, soutenus par l’Iran – qui contrôlent l’accès au pétrolier – sont revenus sur leur refus constant de laisser s’approcher quiconque du bateau.

Le porte-parole des Nations unies Stephane Dujarric a déclaré aux journalistes que les inspecteurs et les équipements nécessaires pourraient être prêts fin janvier ou au début du mois de février.

La rouille à l’intérieur du FSO Safer, immobilisé au large du port de Ras Issa, au Yémen, en 2019. (Crédit : I.R. Consilium via AP)

Le professeur Maoz Fine, l’un des auteurs israéliens du rapport, déclare au Times of Israel que l’article a été soumis avant que les Houthis ne prennent la décision de laisser venir des inspecteurs, il y a quinze jours.

« Ils ont donné une permission qu’ils avaient déjà donnée et sur laquelle ils sont déjà revenus dans le passé. Nous devons voir comment se passent exactement les choses maintenant et nous devons pouvoir constater que le pétrole a été retiré et que le navire a été ramené au port pour y être démantelé », note-t-il.

Il est difficile de déterminer combien de temps le navire peut encore rester suffisamment sûr avant qu’une catastrophe ne se produise, mais certains signes semblent toutefois suggérer qu’un désastre pourrait rapidement survenir.

Au mois de mai, de l’eau de mer avait pénétré dans la coque et elle était entrée dans le compartiment du moteur du vaisseau, endommageant les canalisations et augmentant le risque de naufrage. Au mois de septembre, des informations avaient fait savoir que l’Arabie saoudite avait remarqué des traces de pétrole à proximité du bateau.

« Le Safer est bloqué au large de la côte du Yémen depuis 2015 et il ne cesse depuis de se détériorer, lançant au monde le plus fort avertissement jamais connu mettant en garde contre une marée noire majeure. Mais cette opportunité unique de réagir est ignorée et gâchée », dit le courrier publié dans le journal.

« Le déversement dans la mer d’un million de barils est pourtant la garantie d’une catastrophe environnementale et humanitaire régionale… Elle serait dévastatrice pour la santé et pour les revenus de millions de personnes qui vivent dans une demi-douzaine de pays, le long de la côte de la mer Rouge. L’air qu’elles respirent, la nourriture qu’elles trouvent dans la mer et leurs structures de dessalement des eaux sont aujourd’hui en péril », écrivent les auteurs.

Le Golfe d’Eilat. (Crédit : Dr. Ilan Malster, ministère de la Protection environnementale)

« De plus, ces fuites de pétrole vont affecter le reste de la communauté internationale en dégradant des ressources mondiales déterminantes. Les récifs coralliens du nord de la mer Rouge et du Golfe d’Aqaba seraient, selon les spécialistes, parmi les derniers écosystèmes de coraux dans le monde qui pourraient continuer à se développer au-delà de l’an 2050. Notre dernière chance de pomper le pétrole dans le vaisseau et de stocker les barils pour contenir une marée noire imminente est rapidement en train de disparaître », avertissent les spécialistes dans le journal.

Le journal note que les lignes des récifs coralliens sont presque toutes à
4 000 kilomètres de la côte de la mer Rouge et qu’elles incluent également plusieurs îles, ce qui ajoute au caractère d’urgence d’un passage à l’action au vu des modèles qui démontrent qu’une marée noire, pendant l’hiver, permettrait probablement la dispersion du pétrole vers le nord en raison des courants océaniques.

Selon les chercheurs, « la menace imminente de marée noire que doivent affronter des ressources naturelles globales et uniques » justifie des travaux de pompage du pétrole sur le navire « en utilisant tous les moyens nécessaires ».

Les experts réclament aussi la mise en place d’une stratégie régionale pour gérer les fuites de pétrole dans la mesure où 4,8 millions de pétrole brut et autres produits pétroliers et dérivés traversent quotidiennement le détroit de Bab el Mandeb – qui se situe entre le Yémen, dans la péninsule arabe, et Djibouti et l’Erythrée dans la Corne de l’Afrique – pour accéder à la mer Rouge lorsqu’ils sont livrés en Europe, aux Etats-Unis et en Asie via le canal de Suez.

Les compagnies pétrolières doivent contribuer dorénavant au fonds pour la réduction des marées noires, qui a été mis en place et qui est régulé par les Nations unies, et un système d’information consacré aux pollutions marines en ligne doit aussi être établi, sur le modèle de ceux qui ont été créés entre les pays du nord-ouest du Pacifique, conseillent-ils.

Trois des six auteurs sont originaires d’Israël : Yael Amitai, du laboratoire limnologique de Kinneret, qui fait partie de l’Institut océanographique et limnologique israélien ; Hezi Gildor, de l’Institut des sciences de la terre au sein de l’université Hébraïque à Jérusalem ; et Fine, de la Faculté des Sciences de la vie à l’université Bar-Ilan et qui est membre de l’institut inter-universitaire des sciences marines à Eilat, sur la côte de la mer Rouge.

Les autres chercheurs sont originaires d’Allemagne, de Suisse et des Etats-Unis.

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