Des infirmiers palestiniens de Cisjordanie et Gaza se forment en Israël
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Reportage

Des infirmiers palestiniens de Cisjordanie et Gaza se forment en Israël

Des professionnels de la santé se forment sur des mannequins de haute technologie ; un infirmier de Naplouse affirme que la médecine transcende les divisions nationales

Des infirmiers palestiniens participent à une simulation médicale à l'hôpital Sheba, le 1er janvier 2020. (Oren Ziv / Activestills)
Des infirmiers palestiniens participent à une simulation médicale à l'hôpital Sheba, le 1er janvier 2020. (Oren Ziv / Activestills)

Un groupe d’infirmiers palestiniens de Cisjordanie et de la bande de Gaza s’est rapidement rassemblé autour d’un mannequin de haute technologie dans un hôpital du centre d’Israël qui, pour les besoins de l’exercice, avait fait un arrêt cardiaque. L’un d’eux a minutieusement placé un masque à oxygène sur le mannequin aux cheveux blonds, d’une valeur de 100 000 dollars, un autre a commencé à pratiquer la réanimation cardio-respiratoire [RCR] sur ce mannequin, tandis qu’un troisième a placé un oxymètre de pouls autour de son doigt.

Communiquant en anglais entre eux, les infirmiers ont continué à tenter de réanimer le mannequin, sous l’observation de leur instructeur israélien. Quelques minutes plus tard, le « patient » s’est réveillé de son arrêt cardiaque et son état s’est stabilisé.

Les infirmiers participaient à un cours de simulation médicale de quatre jours organisé pour les professionnels de la santé palestiniens au Centre médical Sheba de Ramat Gan plusieurs fois par an depuis dix ans.

« J’ai appris beaucoup de choses au cours de cette expérience, que je rapporterai avec moi dans ma communauté », a déclaré un infirmier de 42 ans de la ville de Gaza, qui enseigne les soins infirmiers cliniques dans un hôpital de l’enclave côtière et a demandé à ne pas être nommé. « C’est important parce que cela m’a permis de travailler à l’amélioration de mes compétences sans craindre qu’un vrai patient soit maltraité ».

La formation a eu lieu du lundi au jeudi au Centre de simulation médicale de Sheba en Israël et comprenait divers exercices avec des mannequins liés à la gestion des traumatismes et à la réanimation.

Le programme comprenait également des séances sur les compétences en gestion, axées sur la façon de gérer les situations tendues. Dans l’une de ces séances, par exemple, on a demandé aux infirmiers et infirmières de parler à une personne se faisant passer pour un parent d’un patient qui était mécontent des soins reçus par le membre de sa famille.

Amitai Ziv, fondateur et directeur du Centre israélien de simulation médicale. (Capture d’écran : MSR Israel Center for Medical Simulation)

Amitai Ziv, le fondateur et directeur du Centre de simulation médicale, a déclaré que les cours dispensés dans cet établissement visent à permettre aux professionnels de la santé d’apprendre dans une atmosphère sécurisée.

« Le message véhiculé par les programmes ici est qu’il faut se tromper et réfléchir à nos erreurs dans un environnement sécurisé », a déclaré Ziv, qui était pilote dans l’armée de l’air israélienne, lors d’une interview, en faisant valoir que de telles expériences rendent les professionnels de la santé plus compétents dans leur travail.

La troisième cause de décès dans le monde est l’erreur médicale – les estimations montrent que 250 000 à 400 000 personnes meurent chaque année dans les hôpitaux américains à cause de ces erreurs – a-t-il précisé.

La formation de cette semaine a rassemblé au total 16 infirmiers palestiniens, 11 de Cisjordanie et cinq de la bande de Gaza. C’était la première fois que le Centre de simulation médicale accueillait simultanément des professionnels de la santé de Cisjordanie et de la bande de Gaza.

Parmi les infirmiers, il n’y avait qu’une femme. Lors des formations précédentes, plusieurs femmes professionnelles de la santé étaient présentes, mais six infirmières qui voulaient venir cette semaine se sont vues refuser des autorisations, a indiqué Ziv.

Physicians for Human Rights Israel a pris en charge les coûts du programme ainsi que les dépenses des participants, y compris les chambres d’hôtel, le transport et les repas. Ran Goldstein, le directeur général de l’organisation, a déclaré que le coût total avoisinait les 90 000 shekels (22 500 euros).

Ziv a déclaré que si les cours destinés aux professionnels de la santé palestiniens visent à les rendre meilleurs dans leur travail, ils visent également à jeter un pont entre les Israéliens et les Palestiniens.

« Dans la mesure où les Israéliens et les Palestiniens se retrouvent souvent dans les combats meurtriers, nous croyons fermement qu’il est important qu’ils se rencontrent sur le front de la santé et de l’éducation », a-t-il dit, ajoutant qu’il estime que « les relations professionnelles entre les êtres humains peuvent susciter la confiance et la convivialité ».

Depuis 2009, environ 150 professionnels de la santé palestiniens, dont des médecins, des infirmières et des ambulanciers, ont suivi des formations au Centre de simulation médicale, a indiqué Ran Yaron, porte-parole de Physicians for Human Rights Israel.

Une femme palestinienne de la bande de Gaza blessée lors d’un raid aérien israélien à Gaza est soignée à l’hôpital Saint Joseph de Jérusalem-Est, le 30 juillet 2014. (Sliman Khader/FLASH90)

Farid, un infirmier de 42 ans de Naplouse, a déclaré que la médecine est un domaine qui transcende les divisions politiques et nationales.

« Peu importe qui vous êtes – un Israélien ou un Palestinien, un juif ou un musulman, un local ou un étranger », a-t-il dit. « Dans le domaine de la santé, nous voyons et traitons chacun comme un être humain. Nous adoptons cette approche dans nos interactions avec les personnes malades et nos collègues ici et ailleurs ».

Farid a également rappelé qu’il avait personnellement prodigué les premiers soins à des Israéliens impliqués dans un accident de voiture près de Ramallah en Cisjordanie il y a deux ans.

« J’ai vu que deux véhicules étaient entrés en collision. Je me suis arrêté sur le bord de la route et je leur ai porté secours », a-t-il dit. « Quand j’ai fait cela, l’identité des blessés n’a fait aucune différence pour moi. Tout ce que j’ai vu, ce sont des gens qui avaient besoin d’aide ».

M. Goldstein, qui a été directeur de l’association Physicians for Human Rights Israel au cours des cinq dernières années, a déclaré que l’un des principaux objectifs des formations destinées aux professionnels de la santé palestiniens à Sheba était de contribuer à rendre le secteur de la santé palestinien plus autonome.

« Le fossé entre les secteurs de la santé en Israël et dans les Territoires palestiniens est énorme », a-t-il dit. « Nous faisons donc ce que nous pouvons pour le réduire car nous pensons que les systèmes de santé en Cisjordanie et à Gaza devraient en fin de compte être indépendants ».

L’Autorité palestinienne couvre chaque année la plupart ou la totalité des frais médicaux de dizaines de milliers de Palestiniens qui reçoivent un traitement à l’étranger, y compris en Israël, a déclaré un responsable du ministère de la Santé de l’AP, qui s’est exprimé sous le couvert de l’anonymat.

Même si l’AP a annoncé au début de 2019 qu’elle n’enverrait plus de patients dans les hôpitaux israéliens, un nombre important d’entre eux continuent d’y être traités, a déclaré le fonctionnaire, qui a refusé de donner plus de détails.

Le nombre de Palestiniens recevant des soins à Sheba a cependant chuté de façon spectaculaire, a rapporté un responsable du centre médical, qui a demandé à rester anonyme. Historiquement, Sheba a soigné en moyenne 15 000 Palestiniens chaque année, a indiqué le responsable.

Illustration : Un employé du ministère de la Santé dirigé par le Hamas à Gaza à l’hôpital de Beit Hanun, dans le nord de la bande de Gaza, qui quitte son service le 29 janvier 2018, en raison d’une panne de carburant. (Mahmud Hams/AFP)

Alors que le programme à Sheba a commencé lundi, les cinq infirmières palestiniennes de Gaza sont arrivées mardi parce qu’elles n’ont été informées que lundi soir qu’elles étaient autorisées à venir.

Une source ayant connaissance de l’affaire et qui s’est exprimée sous le couvert de l’anonymat a déclaré que Ziv, le directeur du Centre de simulation médicale, a envoyé une lettre datée du 4 décembre au coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT), la branche du ministère de la Défense chargée de la liaison avec les Palestiniens, lui demandant d’accorder aux infirmières la permission d’entrer en Israël. Une copie de la lettre a été consultée par le Times of Israel.

Le COGAT a indiqué dans un communiqué qu’il avait reçu une demande de permis de la Commission des affaires civiles de l’AP le 25 décembre et qu’il l’avait traitée en six jours. Interrogé explicitement sur la lettre du 4 décembre, l’organe du ministère de la Défense a déclaré qu’un individu l’avait contacté début décembre et qu’il lui avait été dit que le COGAT ne traitait que les demandes de permis de la Commission des affaires civiles de l’AP.

La source ayant connaissance de la question a toutefois indiqué que le COGAT avait délivré les permis pour les infirmières et les avait accordés à d’autres professionnels de la santé palestiniens pour qu’ils puissent participer à des cours antérieurs au Centre de simulation médicale, sans que l’Autorité palestinienne n’en fasse la demande. La source a ajouté que les responsables de l’Autorité palestinienne n’ont pas coopéré pour demander à leurs homologues israéliens des permis permettant aux professionnels de la santé de participer aux programmes.

Un porte-parole des commissions des affaires civiles de l’AP a déclaré qu’il examinait la question.

De retour à Sheba, alors que le soleil commençait à se coucher en fin d’après-midi, les infirmiers ont regardé un court-métrage et se sont ensuite préparés à retourner à leur hôtel.

Ayman, un infirmier de 43 ans de Bethléem, a déclaré qu’il espérait pouvoir retourner au Centre de simulation médicale à l’avenir.

« C’est la première fois que je participe à une formation en Israël et cela a été très bénéfique », a-t-il dit. « Je souhaite donc que ce ne soit pas la dernière. »

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