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Des influenceurs israéliens payés pour vanter les lois juives de pureté familiale

La fille de Lev Leviev, Ruthy, a payé 150 000 shekels pour que des stars laïques des réseaux sociaux mettent en avant les règles de pureté juive, a révélé le journaliste Guy Pines

Judah Ari Gross est le correspondant du Times of Israël pour les sujets religieux et les affaires de la Diaspora.

La présentatrice Yael Bar-Zohar, à gauche, s'entretient avec la star de téléréalité Shay Mika des lois juives de pureté rituelle et particulièrement des menstruations, dans une vidéo pour la campagne 'Sheasani Isha'. (Crédit : Capture d’écran)
La présentatrice Yael Bar-Zohar, à gauche, s'entretient avec la star de téléréalité Shay Mika des lois juives de pureté rituelle et particulièrement des menstruations, dans une vidéo pour la campagne 'Sheasani Isha'. (Crédit : Capture d’écran)

La fille d’un milliardaire russe du diamant a versé des dizaines de milliers de shekels à des stars israéliennes laïques des réseaux sociaux pour vanter les lois sur la pureté rituelle juive liées aux menstruations, a rapporté mardi Guy Pines, journaliste spécialiste des célébrités.

Le journaliste de la Douzième chaîne a confié avoir commencé son enquête après avoir vu un clip vidéo, sur les réseaux sociaux, dans lequel une ex-star laïque de la télé-réalité, Shay Mika, explique à la célèbre présentatrice Yael Bar-Zohar comment elle fait pour respecter les lois juives de niddah, qui déterminent quand une femme est considérée comme rituellement impure en raison de ses règles et n’est donc pas supposée avoir des relations charnelles avec son mari.

« Pour la première fois, ce mois-ci, j’étais niddah. C’était vraiment difficile pour [mon mari] Maor, alors hier, il m’a dit sur le canapé : ‘C’est la dernière fois que tu gardes [les lois de] niddah’ », confie Mika dans la vidéo.

Après avoir vu cette vidéo des plus intimes sur la vie sexuelle de Mika et de son mari, le journaliste a découvert qu’elle faisait en fait partie d’une campagne parrainée par Ruthy Leviev, la fille du magnat du diamant et investisseur Lev Leviev.

Cela fait partie d’un programme plus ambitieux encore de la jeune Leviev, connu sous le nom de « Sheasani Isha », ce qui signifie « [Dieu] a fait de moi une femme », référence à une bénédiction du livre de prières orthodoxe, récitée par les femmes juives chaque matin.

Cette campagne postule que les valeurs et pratiques juives traditionnelles renforcent les liens amoureux. Or, des études, dont certaines menées par des institutions juives orthodoxes, ont montré que ces méthodes n’amélioraient pas nécessairement la vie amoureuse. L’une de ces enquêtes, publiée par l’Institut pour les idées et idéaux juifs, révèle même que les femmes orthodoxes « se déclarent beaucoup moins satisfaites, physiquement et émotionnellement » que leurs homologues laïques.

Selon Pines, Mika, qui a remporté l’émission de téléréalité « Big Brother » en 2015, aurait reçu entre 15 000 et 20 000 shekels pour sa prestation dans le clip et pour avoir publié à ce sujet sur son compte Instagram.

Bar-Zohar, qui a interviewé plusieurs femmes pour les besoins de la campagne, aurait perçu entre 40 000 et 50 000 shekels, à l’instar d’un autre témoin, l’écrivain culinaire et personnalité des médias, Michal Ansky, qui a également publié à ce sujet sur Instagram.

La Douzième chaîne assure que Leviev aurait dépensé environ 150 000 shekels pour sa campagne.

Shay Mika, dont l’interview a déclenché le reportage de la Douzième chaîne, a expliqué ce qui l’avait amenée à accepter d’être payée pour parler des lois sur la pureté rituelle juive.

« Personne ne m’a dit ce que je devais dire. Apres tout, si j’y crois et que c’est mon devoir, pourquoi je m’en priverais ? Nous devons tous gagner notre vie. Disons simplement que [l’argent] n’a pas été mon moteur pour prendre part à cette campagne », a déclaré Mika, ajoutant avoir envisagé de respecter les lois rituelles sur la pureté avant même d’être approchée pour la campagne.

Le reportage de la Douzième chaîne a suscité beaucoup de réactions sur les réseaux sociaux, certains critiquant la pratique de niddah comme dégradante pour les femmes car elle assimile les menstruations à l’impureté.

« Un petit rappel : nous ne sommes pas impures », a écrit la journaliste de la Treizième chaîne, Neria Kraus, dans un tweet.

Mais les critiques ne provenaient pas des seuls cercles laïcs. Nombre de commentateurs religieux ont sévèrement critiqué Leviev pour avoir transformé une question de spiritualité et d’intimité en quelque chose de commercial et superficiel.

« Ruthy Leviev a fait de la préservation de la pureté familiale quelque chose de stupide, ‘capitaliste’, parfait pour la Génération Y », a écrit Nitzan Caspi Shilony, avocate au Groupe center for Justice for Women Rights.

« La campagne de Ruthy Leviev pour la niddah me rend folle. Il est facile de prendre quelque chose de sublime, pour lequel les femmes juives se sont sacrifiées pendant des générations, et de le transformer en stupidité Instagram et en un moyen de gagner de l’argent », a déclaré une autre journaliste orthodoxe, Efrat Finkel.

Sur un ton plus sarcastique, le célèbre théologien Tomer Persico a paraphrasé la prière dite par les femmes avant d’entrer dans le bain rituel afin de se purifier, une semaine après la fin des règles. « Béni sois-tu, Lev Leviev, qui nous paie pour ses commandements et nous ordonne de nous immerger », a écrit Persico dans un tweet.

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