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Des Juifs américains aident des réfugiés ukrainiens qui leur rappellent leurs ancêtres

Des organisations juives et des bénévoles américains se préparent à un nouvel afflux de réfugiés ukrainiens, alors que le souvenir de la Shoah reste omniprésent

  • Lisa et Stuart Kliman posant avec Olena Mironyuk, à droite, et leurs filles Masha et Alina, devant la maison des Kliman dans le Massachusetts. (Crédit : Autorisation)
    Lisa et Stuart Kliman posant avec Olena Mironyuk, à droite, et leurs filles Masha et Alina, devant la maison des Kliman dans le Massachusetts. (Crédit : Autorisation)
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Illana Nissenbaum, membre du Temple Beth Elohim du Massachusetts, au premier plan, s'est portée volontaire pour conduire Olena Mironyuk et ses filles, à l'arrière-plan, là où elles doivent aller jusqu'à ce qu'elles puissent trouver un moyen de transport plus permanent. (Crédit : Autorisation)
    
Illana Nissenbaum, membre du Temple Beth Elohim du Massachusetts, au premier plan, s'est portée volontaire pour conduire Olena Mironyuk et ses filles, à l'arrière-plan, là où elles doivent aller jusqu'à ce qu'elles puissent trouver un moyen de transport plus permanent. (Crédit : Autorisation)
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Olena Mironyuk, à droite, signant des documents avec l'aide d'Iryna Saks, membre du personnel, au bureau du Jewish Family Service à Framingham, Massachusetts. (Crédit : Autorisation)
    
Olena Mironyuk, à droite, signant des documents avec l'aide d'Iryna Saks, membre du personnel, au bureau du Jewish Family Service à Framingham, Massachusetts. (Crédit : Autorisation)
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Olena Mironyuk, à droite, avec ses filles Masha et Alina et Iryna Saks, membre du personnel, au bureau du Jewish Family Service à Framingham, Massachusetts. (Crédit : Autorisation)
    
Olena Mironyuk, à droite, avec ses filles Masha et Alina et Iryna Saks, membre du personnel, au bureau du Jewish Family Service à Framingham, Massachusetts. (Crédit : Autorisation)

Alors que l’invasion russe de l’Ukraine passe le cap des six mois et que les bombes ne cessent de tomber sur les villes ukrainiennes, des Juifs américains – dont beaucoup ont des origines ukrainiennes – intensifient leur soutien aux réfugiés ukrainiens. Pour bon nombre d’entre eux, cependant, il s’agit également d’une façon de rendre hommage à des Ukrainiens disparus qui ont aidé leurs propres ancêtres survivants de la Shoah.

La psychologue Debbie Pincus-Ward a récemment accueilli chez elle, dans la banlieue de New York, une mère ukrainienne de 32 ans et son fils, après les avoir sauvés du sous-sol infesté de rongeurs d’une église où ils avaient trouvé refuge. Ils sont restés dans la chambre mansardée de Pincus-Ward pendant cinq semaines, partageant sa cuisine et communiquant à l’aide de Google Traduction.

« Beaucoup de gens m’ont demandé pourquoi », a déclaré Pincus-Ward. « Peut-être que c’était le fait de connaître l’aventure parcourue par mes grands-parents depuis la Pologne et la Russie qui avaient eux-mêmes été des réfugiés et d’imaginer ce que cela avait du être pour eux. »

Dans toute l’Amérique, des synagogues parrainent des familles ukrainiennes pour qu’elles viennent aux États-Unis, tandis que les agences du Jewish Family Service (JFS) aident les Ukrainiens à trouver un logement, à faire une demande de permis de travail et à s’inscrire à des cours d’anglais. Des bénévoles juifs conduisent des Ukrainiens à leurs rendez-vous chez le médecin et des réfugiés ukrainiens sont hébergés chez des Juifs.

Ce mois-ci, les Fédérations juives d’Amérique du Nord (JFNA) ont annoncé une subvention d’un million de dollars qui s’ajoute aux fonds équivalents de la Fondation Shapiro et de la Combined Jewish Philanthropies, la Fédération juive de Boston, pour aider à réinstaller les Ukrainiens déplacés aux États-Unis. Selon un rapport publié le 24 août, la JFNA a collecté 73,5 millions de dollars pour un fonds d’urgence destiné à fournir une aide aux réfugiés ukrainiens en Ukraine et dans les pays voisins, et a aidé près de 81 000 personnes à fuir les zones dangereuses.

Cela ne représente qu’une fraction de l’aide apportée par les organisations juives à une nation avec laquelle les Juifs ont une histoire longue et complexe. Mais pour de nombreuses personnes impliquées, le soutien a été gratifiant, tant pour les bienfaiteurs que pour les bénéficiaires.

Debbie Pincus-Ward a été informée de la situation critique de ses nouveaux « colocataires » grâce à la Westchester Jewish Coalition for Immigration (WJCI), qui aide actuellement cinq familles ukrainiennes.

Debbie Pincus-Ward. (Crédit : Autorisation)

Holly Rosen Fink, présidente de la WJCI, a déclaré qu’il est presque ironique qu’une famille ukrainienne ait trouvé refuge dans le grenier d’une maison juive.

« Alors que pendant la Shoah, de nombreuses familles ukrainiennes ont caché des Juifs, dans un renversement des rôles, une famille juive abrite maintenant des Ukrainiens », a-t-elle dit.

« Je n’ai cessé d’y penser, étant donné le passif juif, d’avoir été caché dans un grenier », a déclaré Rosen Fink. « J’y pensais chaque fois que j’y entrais et c’était devenu obsédant. »

Des liens qui unissent

Des Juifs vivent en Ukraine depuis plus de 1 000 ans, avec des périodes de tranquillité et d’autres de conflit. La communauté juive du pays a été presque éradiquée pendant la Shoah, lorsque les nazis y ont assassiné environ un million de Juifs avec l’aide de « collabos » locaux.

Si de nombreux Ukrainiens ont risqué leur vie pour aider leurs voisins juifs, d’autres ont travaillé comme geôliers dans les camps de la mort nazis et ont été impliqués dans des fusillades massives de Juifs.

Au cours de la guerre civile russe – qui remonte à un siècle – au moins 50 000 Juifs ont été assassinés en Ukraine lors de pogroms généralisés ; certains avancent même le chiffre de 300 000. Le commandant de l’armée ukrainienne et futur président de la République populaire d’Ukraine, Symon Petliura, qui n’a pas empêché ces pogroms, a été assassiné par un communiste juif pour se venger de ces meurtres.

L’appartement mansardé où Debbi Pincus-Ward a hébergé une mère et son fils ukrainiens qui dormaient auparavant dans le sous-sol infesté de rongeurs d’une église. (Crédit : Autorisation)

Loin d’éprouver un ressentiment généralisé à l’égard du peuple ukrainien, de nombreux Juifs américains ressentent, au contraire, un lien particulier avec leurs ancêtres venant d’Europe de l’Est.

La psychologue Pincus-Ward explique avoir eu cet exact sentiment en aidant cette famille ukrainienne.

« C’était comme si mes grands-parents étaient de retour, rien qu’en entendant leur accent. Nous avons partagé des aliments communs, comme le bortsch et le chou farci, que je connaissais de mes grands-parents… C’était comme s’ils avaient débarqué sur le pas de notre porte. Comment pouvais-je ne pas aider ? a déclaré Pincus-Ward.

Des histoires similaires se déroulent aux travers des États-Unis, qui acceptent désormais les réfugiés ukrainiens dans le cadre d’un programme baptisé Uniting for Ukraine. Ce programme, qui ne reçoit pratiquement aucun financement public, s’appuie sur des sponsors privés pour héberger et soutenir les Ukrainiens pendant leurs premiers mois en Amérique. C’est là que les organisations juives interviennent.

« Nous avions beaucoup de liens avec cette partie du monde, et nous avions donc déjà de réelles capacités linguistiques [pour aider les Ukrainiens] », a déclaré Elana Broitman, vice-présidente senior des Affaires publiques de la JFNA, qui est elle-même originaire d’Ukraine.

Broitman a indiqué que la JFNA finance actuellement 20 agences du JFS aux États-Unis chargées d’aider les Ukrainiens. Ces agences sont situées dans différentes villes du pays, dont le Massachusetts, New York, Chicago et Miami.

Des évacués ukrainiens font la queue alors qu’ils attendent un nouveau transport au poste frontière de Medyka, après avoir franchi la frontière ukraino-polonaise, dans le sud-est de la Pologne, le 29 mars 2022. (Crédit : Angelos Tzortzinis / AFP)

Le directeur de la Fondation Shapiro, Larry Tobin, a déclaré que sa fondation fournit jusqu’à 2 500 dollars d’aide par famille ukrainienne, et a pour objectif de faire venir 1 000 familles ukrainiennes aux États-Unis d’ici Thanksgiving.

« Ed et Barbara Shapiro font don de leur argent parce qu’ils sont juifs, pas parce que les personnes qu’ils aident sont juives », a-t-il déclaré.

« La Torah parle clairement d’aider l’étranger. »

L’organisation humanitaire juive HIAS soutient plus de 30 centres d’accueil qui aident les personnes ayant fui la guerre en Ukraine, selon la porte-parole Merrill Zack.

Il faut un shtetl moderne

À Framingham, dans le Massachusetts, le JFS de Metrowest a récemment recruté un membre du personnel parlant russe et ukrainien, qui aide désormais 30 familles ukrainiennes à demander un permis de travail et à remplir des demandes de bons d’alimentation, d’aide financière et d’assurance médicale.

Iryna Saks du JFS a aidé Olena Mironyuk et ses deux filles à remplir des papiers. Mironyuk, âgée de 42 ans, a fui la capitale ukrainienne avec ses filles dès les premiers jours de la guerre. La famille (qui n’est pas juive) est logée dans l’appartement meublé du sous-sol de Lisa et Stuart Kliman, membres d’une synagogue réformée locale. Ils partagent la cuisine et prennent leurs repas ensemble plusieurs fois par semaine.

Olena Mironyuk, à droite, signant des documents avec l’aide d’Iryna Saks, membre du personnel, au bureau du Jewish Family Service à Framingham, Massachusetts. (Crédit : Autorisation)

« J’ai eu l’impression d’avoir atterri dans les mains d’un ange », a déclaré Mironyuk.

En effet, de nombreuses mains juives ont été tendues à la famille Mironyuk depuis son arrivée aux États-Unis.

Illana Nissenbaum, membre du Temple Beth Elohim (la même synagogue que celle où se rendent les Kliman), est devenue le chauffeur personnel des Mironyuk. Chaque jour, elle les emmène là où ils doivent aller.

« Je ne m’attendais pas à cela. Je pensais que je serais juste là pour les accueillir. Mais ils sont rentrés dans mon cœur », a déclaré Nissenbaum.

« Mes grands-parents étaient des survivants de la Shoah… J’ai ressenti, connaissant l’histoire de mes grands-parents, que je devais faire quelque chose pour aider les réfugiés d’Ukraine. »

Illana Nissenbaum, membre du Temple Beth Elohim du Massachusetts, au premier plan, s’est portée volontaire pour conduire Olena Mironyuk et ses filles, à l’arrière-plan, là où elles doivent aller jusqu’à ce qu’elles puissent trouver un moyen de transport plus permanent. (Crédit : Autorisation)

Nissenbaum a organisé un barbecue à son domicile pour permettre aux familles ukrainiennes de la région de se rencontrer et de faire plus ample connaissance. Elle a également pris des dispositions pour que les filles d’Olena Mironyuk, Arina et Masha, âgées de 11 et 13 ans, puissent participer au camp d’été du Jewish Community Center pendant trois semaines, tandis que son mari a proposé à Mironyuk de lui donner des cours de conduite.

Un membre de la synagogue a inscrit Arina et Masha pour qu’elles aient accès à une piscine. Un autre membre du Temple Beth Elohim a subventionné les tests sanguins de dépistage de la tuberculose pour Arina et ses filles, qui auraient autrement coûté à la famille 130 dollars par personne – une petite fortune pour un Ukrainien moyen, d’autant plus que la monnaie locale s’est effondrée, décimant les économies des familles en fuite.

« Je ne connais pas assez de mots en anglais pour exprimer notre gratitude », a déclaré Mironyuk.

Lisa et Stuart Kliman posant avec Olena Mironyuk, à droite, et leurs filles Masha et Alina, devant la maison des Kliman dans le Massachusetts. (Crédit : Autorisation)

Chaque semaine, la synagogue organise des réunions pour les bénévoles afin de discuter de ce qu’il faut faire pour aider les trois familles ukrainiennes qui reçoivent maintenant l’aide de la synagogue.

« J’ai toujours espéré que les gens du monde entier aideraient les Juifs. Je pense que c’est ce que les Juifs, en particulier, et les Américains, en général, doivent faire », a déclaré Lisa Kliman, l’anesthésiste de 58 ans qui a accueilli Mironyuk chez elle.

Selon elle, il n’y a pas de meilleur moyen de combattre l’antisémitisme que de permettre aux Juifs de se montrer sous leur meilleur jour.

« L’histoire est très compliquée, mais je la vois d’une manière beaucoup plus simple. Nous sommes tous des êtres humains, et les atrocités restent, ni plus ni moins, des atrocités », a-t-elle déclaré.

« La jeunesse ukrainienne ne peut pas être tenue pour responsable de ce que leurs ancêtres ont fait. »

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