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Des Libanais braquent des banques pour récupérer leurs économies gelées

De nombreux épargnants sont désespérés face à l'impossibilité de retirer leurs économies bloquées depuis trois ans dans ce pays ravagé par une crise économique inédite

Les forces de sécurité libanaises sont déployées alors que les gens se rassemblent devant la succursale de la Blom Bank dans le quartier Tariq al-Jdideh de la capitale Beyrouth, le 16 septembre 2022, pour exprimer leur soutien à un client qui a pris d'assaut la banque pour demander le retrait de ses économies gelées. (Crédit : Ibrahim AMRO/AFP)
Les forces de sécurité libanaises sont déployées alors que les gens se rassemblent devant la succursale de la Blom Bank dans le quartier Tariq al-Jdideh de la capitale Beyrouth, le 16 septembre 2022, pour exprimer leur soutien à un client qui a pris d'assaut la banque pour demander le retrait de ses économies gelées. (Crédit : Ibrahim AMRO/AFP)

Le Liban a été frappé par une série de braquages de banques cette semaine, dont trois pour la seule journée de vendredi, alors que de nombreux épargnants sont désespérés face à l’impossibilité de retirer leurs économies bloquées depuis trois ans dans ce pays ravagé par une crise économique inédite.

Au total, cinq braquages ont eu lieu en deux jours dans différentes régions du pays.

Depuis 2019, le Liban est plongé dans une profonde crise économique imputée par une grande partie de la population à la mauvaise gestion, la corruption, la négligence et l’inertie d’une classe dirigeante en place depuis des décennies.

La crise s’est caractérisée par des restrictions bancaires draconiennes empêchant les épargnants d’avoir librement accès à leur argent, tandis que la monnaie locale a perdu plus de 90% de sa valeur par rapport au dollar sur le marché noir.

Mercredi, le braquage mené par une jeune Libanaise prenant d’assaut une banque de Beyrouth pour récupérer ses économies bloquées afin de payer les frais d’hospitalisation de sa sœur atteinte d’un cancer, a eu un effet de boule de neige.

Ce même jour, un homme a braqué une autre banque dans la localité d’Aley, au nord-est de la capitale.

Vendredi, trois autres braquages ont été recensés, dont deux à Beyrouth et un dans le sud du pays.

Tôt le matin, un homme de 50 ans, accompagné de son fils âgé d’une vingtaine d’années, ont fait irruption dans une succursale de la Byblos Bank à Ghaziyeh, au sud-est de Saïda, la principale ville du Liban sud, ont affirmé à l’AFP une source policière sous couvert d’anonymat et un gardien de sécurité qui a été témoin de l’incident.

L’homme a menacé les employés de la banque avec une arme, qui, selon une chaîne de télévision locale serait factice, réclamant le retrait de ses économies gelées depuis l’effondrement bancaire qui a créé l’une des pires crises économiques du monde depuis 1850 selon la Banque mondiale.

« Il a vidé un bidon d’essence sur le sol, semant la panique dans la banque », a affirmé le gardien de sécurité qui n’a pas voulu révéler son nom.

« Injustice et oppression »

Suite à cet incident, deux autres banques ont été prises d’assaut quelques heures plus tard à Beyrouth.

Dans le quartier de de Tarik Jdidé, la situation sécuritaire était tendue après qu’un homme s’est enfermé à l’intérieur d’une succursale de la Blom Bank avec des policiers, ont déclaré à l’AFP des témoins rassemblés dans la rue.

Selon eux, il s’agit d’un commerçant endetté qui réclame le retrait de ses économies gelés et ne serait pas armé.

Trois kilomètres plus loin, dans le quartier de Ramlet al-Bayda, un homme armé d’un fusil de chasse a pris d’assaut une succursale de la Lebanon & Gulf Bank, ont affirmé des habitants à un photographe de l’AFP sur place.

Bassam al-Sheikh Hussein, un Libanais qui a pris d’assaut une agence de la Federal Bank à Beyrouth avec un fusil en août, se joint à la foule devant l’agence de la Blom Bank dans le quartier Tariq al-Jdideh de la capitale libanaise, le 16 septembre 2022. (Crédit : Ibrahim AMRO/AFP)

Le mois dernier, un épargnant a été acclamé par la foule après avoir fait irruption dans une banque à Beyrouth, réclamant, fusil à la main, ses plus de 200 000 euros d’économies, pour payer les frais d’hospitalisation de son père.

La banque avait fini par lui donner près de 30 000 euros et il s’était rendu aux autorités. Il n’a pas été poursuivi.

Face à la multiplication de ces incidents, le ministre de l’Intérieur a convoqué vendredi une réunion d’urgence « pour prendre les mesures sécuritaires nécessaires ».

L’Association des banques du Liban (ABL) a elle aussi convoqué une réunion d’urgence tout en décrétant une fermeture généralisée de toutes les succursales pendant trois jours la semaine prochaine.

De son côté, la principale association des épargnants libanais a exprimé son soutien aux auteurs de ces braquages, affirmant qu’ils font face à « l’injustice et à l’oppression ».

Selon la Banque mondiale, les autorités libanaises ont dilapidé les dépôts des épargnants ces 30 dernières années grâce à une pyramide de Ponzi.

Cette méthode – une escroquerie consistant à rémunérer les investisseurs existants avec les fonds apportés par les nouveaux entrants – a profité aux principaux acteurs politiques et économiques au détriment des ménages, affirme la Banque mondiale qui dénonce une « dépression délibérée ».

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