Des logements illégaux construits dans une implantation sous les yeux d’un conseiller de Liberman
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Des logements illégaux construits dans une implantation sous les yeux d’un conseiller de Liberman

Les logements de l'avant-poste d'Hayovel n'ont pas obtenu de permis. Les nouvelles constructions se font au nez et à la barbe du conseiller politique en charge des implantations Kobi Eliraz, qui souligne n'avoir rien à voir avec les travaux

Jacob Magid est le correspondant implantations du Times of Israël

L'implantation d'Eli, dans le centre de la Cisjordanie. (Crédit : Dror Etkes)
L'implantation d'Eli, dans le centre de la Cisjordanie. (Crédit : Dror Etkes)

ELI, Cisjordanie – Une douzaine de logements sont actuellement construits sans autorisation près du domicile du conseiller du ministre de la Défense en charge des affaires relatives aux implantations dans l’implantation d’Eli, en Cisjordanie, a appris le Times of Israël.

Ces constructions de logements, qui viendront plus que doubler la taille de l’avant-poste illégal de Hayovel, un quartier techniquement dépendant d’Eli, en Cisjordanie, durent depuis plusieurs mois, mais les maisons n’ont jamais reçu d’autorisation préalable de la part du ministère de la Défense.

L’Administration civile, l’organe du ministère de la Défense responsable des autorisations des constructions en Cisjordanie, a confirmé dans un communiqué que les travaux n’ont pas les permis nécessaires et que « des ordonnances appelant à arrêter les travaux ont été émises il y a des mois, lorsque les constructions avaient été remarquées pour la première fois. »

Hayovel, avant-poste illégal établi en 1998 sans approbation gouvernementale au sommet d’une colline située à plus d’un kilomètre de la partie principale de l’implantation d’Eli, est formé de neuf maisons, dont huit se trouvent sur des terrains appartenant à l’Etat.

L’un des habitants d’Hayovel est Kobi Eliraz, le conseiller du ministre de la Défense Avigdor Liberman en charge des implantations, dont le domicile se trouve en face du site de construction, et qui a été érigé, lui aussi, sur des terrains publics.

Une photo aérienne de l'avant-poste de Hayovel. Les zones en bleu ont été déclarées terrains publics par l'Administration civile en 2011, même si les maisons construites sur les lieux n'ont pas été pleinement autorisées. La zone en rouge est le lieu approximatif du site de construction. Le conseiller du ministère de la Défense Kobi Eliraz vit dans l'habitation marquée en jaune. (Crédit : Dror Etkes)
Une photo aérienne de l’avant-poste de Hayovel. Les zones en bleu ont été déclarées terrains publics par l’Administration civile en 2011, même si les maisons construites sur les lieux n’ont pas été pleinement autorisées. La zone en rouge est le lieu approximatif du site de construction. Le conseiller du ministère de la Défense Kobi Eliraz vit dans l’habitation marquée en jaune. (Crédit : Dror Etkes)

En tant que ministre de la Défense, Liberman est le responsable en charge de toutes les constructions israéliennes en Cisjordanie, un aspect de sa mission qu’Eliraz a été missionné pour gérer.

Les permis pour les maisons ne peuvent être accordés avant que les logements ne soient intégrés dans un plan directeur qui doit être approuvé par le ministère de la Défense.

Dans une déclaration faite en réponse à cette information, le bureau d’Eliraz a expliqué que « le conseiller du ministre de la Défense sur les questions relatives aux implantations n’a rien à voir avec ce site, et la tentative de le relier de manière artificielle à ce dossier cause un préjudice inutile. »

Kobi Eliraz, conseiller du ministre des Affaires étrangères sur les questions relatives aux implantations, à la conférence d'Amana, le 21 octobre 2014. (Crédit: capture d'écran YouTube)
Kobi Eliraz, conseiller du ministre des Affaires étrangères sur les questions relatives aux implantations, à la conférence d’Amana, le 21 octobre 2014. (Crédit: capture d’écran YouTube)

Mais l’observatoire des implantations Kerem Navot a affirmé que l’autorisation implicite donnée par Eliraz à la poursuite de travaux qui s’effectuent sous son nez est l’indication du soutien apporté par le gouvernement aux constructions dans les implantations.

« La question n’est pas de savoir si Eliraz est directement impliqué dans l’approbation de ce site de construction illégal à 50 mètres de son domicile. Le fait qu’un haut-fonctionnaire vive dans une commune, dont il a été l’ancien maire, et dont l’existence même s’est ancrée dans des activités criminelles, est le meilleur signe de ce qu’est ce gouvernement », a indiqué le fondateur de Kerem Navot, Dror Etkes.

Il y a quelques années, Eliraz était le maire d’Eli quand 150 logements qui avaient été construits sur des terrains palestiniens ont été découverts par l’Administration civile.

Même si la communauté internationale considère que toutes les activités d’implantation sont illégales, Israël fait la différence entre les logements érigés dans des implantations légales et autorisées par le ministère de la Défense sur des terrains appartenant à l’état, et ceux construits dans les avant-postes illégaux sans les permis nécessaires, et souvent sur des terrains palestiniens privés.

Les nouvelles maisons à Hayovel sont construites par Amana, une association à but non-lucratif qui construit des logements dans toute la Cisjordanie, et sur ordre d’Eli, selon le maire Ido Meushar. On ne sait pas qui possède ces maisons.

Amana a refusé de commenter et des responsables d’Eli ont refusé de dire combien de logements étaient actuellement construits, même si une enquête sur le site, entouré de feuilles de tôle ondulées blanches, semble indiquer qu’au mois 12 maisons – 16 au maximum – pourraient être construites sur cette parcelle de terrain.

Malgré l’ordonnance demandant l’arrêt des travaux, les constructions continuent.

Ce qui a commencé comme neuf maisons…

Le quartier d’Hayovel a une longue histoire de batailles juridiques et se trouve actuellement dans un processus de légalisation.

Des mobile-homes s’étaient d’abord installés sur le site jusqu’en 2003, année où les travaux avaient commencé en vue de la construction de neuf maisons dans le quartier.

Affirmant qu’elles avaient été construites illégalement, l’association La Paix Maintenant avait déposé une requête à la Haute cour de Justice en 2005, demandant leur démolition.

Au cours des quatre années suivantes, la position officielle de l’Etat avait été que l’avant-poste devait être évacué, sans pour autant qu’une date précise ait jamais été déterminée.

Refusant de présenter un plan de démolition devant la Haute cour, le gouvernement avait demandé et obtenu un total de 20 reports de l’audience du tribunal consacrée au dossier d’Hayovel.

Au cours de cette période, le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu, issu du Likud, avait remplacé la coalition de centre gauche d’Ehud Olmert, ce qui avait entraîné un glissement à droite de l’Etat sur la question des implantations.

Le site de construction entouré de murs dans l'avant-poste d'Hayovel, dans l'implantation d'Eli, à l'été 2017. (Crédit : Dror Etkes)
Le site de construction entouré de murs dans l’avant-poste d’Hayovel, dans l’implantation d’Eli, à l’été 2017. (Crédit : Dror Etkes)

Plutôt que de mener à bien la démolition des neuf structures, le gouvernement avait informé la cour en janvier 2010 qu’il mènerait une enquête afin de déterminer si les terrains pouvaient être saisis en tant que terrains publics.

Dans une initiative visant à légaliser rétrospectivement l’avant-poste, l’Etat avait déclaré en juin 2011 que presque tout Hayovel avait été construit sur des terrains publics, selon les résultats de l’enquête.

Il avait été également découvert que deux logements avaient été érigés sur des terrains palestiniens privés, et l’un d’eux avait été détruit en 2014. La Paix Maintenant avait retiré sa demande de démolition pour le second après avoir appris qu’il appartenait à la veuve d’Eliraz Peretz, tuée lors d’une opération dans la bande de Gaza en 2010.

Toutefois, le processus de légalisation du quartier d’Hayovel n’est pas encore terminé et le plan directeur qui intègre le site en construction n’a pas reçu d’autorisation de l’Etat.

Meushar a affirmé que des « tentatives interminables » ont été menées pour obtenir l’approbation du plan directeur d’Hayovel, mais que toutes ont été rejetées par les tribunaux.

Il attribue la responsabilité de ces échecs à ceux qui « exploitent le système juridique pour reporter des affaires statutaires » mais pense que le gouvernement « assumera finalement et légalisera les terrains une bonne fois pour toutes. »

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