Des médias iraniens décrivent l’embuscade menée contre Fakhrizadeh
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Des médias iraniens décrivent l’embuscade menée contre Fakhrizadeh

Des hommes armés ont assassiné le chef du programme d'armement nucléaire iranien et plusieurs de ses gardes du corps, après l'explosion d'un camion piégé, selon les médias locaux

Cette photo de l'agence de presse semi-officielle Fars montre les lieux de l'assassinat de Mohsen Fakhrizadeh à Absard, une petite ville à l'est de la capitale Téhéran, le 27 novembre 2020. (Crédit : Agence de presse Fars via AP)
Cette photo de l'agence de presse semi-officielle Fars montre les lieux de l'assassinat de Mohsen Fakhrizadeh à Absard, une petite ville à l'est de la capitale Téhéran, le 27 novembre 2020. (Crédit : Agence de presse Fars via AP)

Les médias iraniens ont rapporté les détails de l’assassinat, qui s’est déroulé vendredi, de l’éminent scientifique spécialisé dans le nucléaire Mohsen Fakhrizadeh, décrivant un camion piégé et des échanges de tirs féroces survenus aux abords de Téhéran.

Pour les services de renseignement israéliens et occidentaux, Fakhrizadeh était la personnalité la plus éminente du programme d’armement nucléaire de la république islamique. Les autorités iraniennes ont accusé Israël d’être à l’origine de l’attaque, jurant de se livrer à des représailles.

L’embuscade a eu lieu dans la ville d’Absard, une localité prisée par l’élite iranienne qui offre un panorama sur les montages environnantes. Asbard se trouve à environ 65 kilomètres à l’est de Téhéran.

Les résidents ont déclaré aux médias d’Etat qu’ils avaient entendu une explosion dans le secteur de l’attaque, suivie par de nombreux tirs d’arme automatique.

Selon la chaîne de télévision publique iranienne, un camion Nissan en stationnement, qui était rempli de bombes cachées sous une cargaison de bois, a explosé à l’approche de la voiture de Fakhrizadeh.

Alors que le véhicule transportant Fakhrizadeh s’arrêtait sur cette avenue large et bordée d’arbres, cinq ou six hommes armés ont alors émergé d’une voiture arrêtée à proximité et ont ouvert le feu, a rapporté l’agence de presse semi-officielle Tasnim.

Cette photo de l’agence de presse semi-officielle Fars montre les lieux de l’assassinat de Mohsen Fakhrizadeh à Asbard, une petite ville de l’est de la capitale de Téhéran, le 27 novembre 2020. (Crédit : Agence de presse Fars via AP)

Un échange de tirs a alors eu lieu, opposant les assassins et les gardes du corps de Fakhrizadeh. Les assaillants ont blessé Fakhrizadeh et ils ont tué au moins trois de ses gardes du corps avant de prendre la fuite.

Fakhrizadeh a été évacué par hélicoptère et il est mort à l’hôpital après les initiatives vaines de le réanimer de la part des médecins. D’autres blessés, notamment des gardes du corps de Fakhrizadeh, ont été pris en charge dans un hôpital local, ont indiqué les médias iraniens.

Les puissants explosifs installés dans le camion ont dispersé des débris jusqu’à au moins 300 mètres de distance et ils ont endommagé des poteaux et des transmetteurs électriques, a noté le New York Times.

Tasnim a indiqué que l’attaque avait eu lieu à 14 heures 30, heure locale, et que des proches de Fakhrizadeh se trouvaient à ses côtés à ce moment-là – même s’il est impossible de dire s’ils se trouvaient à bord du même véhicule. L’agence de presse a déclaré que le nombre final de morts au cours de cet incident était encore indéterminé.

Les routes en ce vendredi – une journée de week-end en Iran – étaient moins fréquentées que d’habitude en raison d’un confinement imposé dans le cadre de la pandémie de coronavirus, ce qui a offert aux attaquants une opportunité de passer à l’action de manière moins visible.

Des photos et des vidéos partagées sur internet montrent une berline Nissan avec des trous entraînés par les balles dans le pare-brise, du sang sur l’asphalte et des débris accumulés sur une partie de la route.

L’agence semi-officielle Fars a affirmé que « trois ou quatre individus, probablement tous des terroristes » ont été tués, citant des témoins. Tous les autres médias ont fait savoir que les attaquants étaient parvenus à s’enfuir.

Suite à l’attaque, les forces de sécurité iraniennes se sont déployées en grand nombre à Téhéran, cherchant apparemment les assassins, a dit Reuters.

Le Dr. Mohsen Fakhrizadeh sur une photo non-datée. (Autorisation)

Ce scientifique mystérieux aurait été le cerveau du programme d’armement nucléaire iranien.

Plusieurs hauts-responsables iraniens ont indiqué penser, dans les heures qui ont suivi l’attaque, que l’Etat juif était à l’origine de cet assassinat. Un conseiller du guide suprême a promis des représailles.

Le New York Times a indiqué qu’Israël était en effet responsable de cette attaque, citant un responsable américain et deux sources proches des services de renseignement. Fakhrizadeh était une cible de longue date de l’agence d’espionnage du Mossad, a expliqué le journal.

Ce meurtre risque encore d’attiser les tensions dans tout le Moyen-Orient, presque un an après la mort du général iranien Qassem Soleimani, tué au cours d’une frappe américaine au drone à Bagdad. Cet incident avait failli faire sombrer l’Iran et les Etats-Unis dans la guerre ouverte.

Le commandant principal des Gardiens de la révolution, le général Qassem Soleimani, (au centre), assiste à une réunion avec le Guide suprême, l’Ayatollah Ali Khamenei (hors cadre) et les commandants des Gardiens de la révolution à Téhéran, Iran, le 18 septembre 2016. (Bureau du Guide suprême iranien via AP)

Et il survient également alors que l’investiture du président-élu américain Joe Biden doit avoir lieu, au mois de janvier. Cet assassinat devrait rendre plus compliqués ses efforts de réintégration des Etats-Unis dans un accord qui avait été conclu pour garantir que la république islamique ne disposerait pas d’une quantité suffisante d’uranium hautement enrichi pour fabriquer une arme nucléaire.

Biden a promis un retour à la diplomatie dans les relations des Etats-Unis avec l’Iran, après quatre années de liens belliqueux entre les deux pays sous l’autorité du président américain Donald Trump, qui s’était retiré de l’accord sur le nucléaire signé avec l’Iran en 2018 et qui avait, à la place, réimposé de nouvelles sanctions écrasantes sur Téhéran.

Cela fait longtemps que l’Etat juif est soupçonné d’avoir mené une série d’assassinats ciblés de scientifiques iraniens spécialisés dans le nucléaire, qui ont été tués depuis presque une décennie, avec pour objectif d’entraver le programme nucléaire de Téhéran. Les chaînes de télévision israéliennes ont noté que l’attaque de vendredi avait été bien plus complexe que les meurtres qui avaient pu précéder.

Israël n’a jamais reconnu avoir assassiné des personnalités impliquées dans le programme nucléaire de l’Iran.

L’Etat juif, les Etats-Unis et les hauts-responsables, dans le monde, n’ont pas encore commenté publiquement le meurtre de Fakhrizadeh. Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a annoncé, vendredi soir, de nouvelles sanctions à l’encontre d’entités russes et chinoises qui, selon lui, soutiendraient le programme de missiles iranien, sans mentionner pour autant l’assassinat.

Les Nations unies, pour leur part, ont appelé à la « retenue », soulignant qu’il fallait éviter « toute action susceptible d’entraîner une escalade des tensions dans la région ».

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