Des milliers d’Israéliens choisissent la Géorgie pour leurs vacances
Rechercher

Des milliers d’Israéliens choisissent la Géorgie pour leurs vacances

A proximité et avec de la nourriture casher bon marché, environ 60 000 sabras font un saut en Géorgie chaque année

De gauche à droite, Liad Shemesh, un touriste israélien, à l'extérieur de la Grande Synagogue de Tbilissi avec son épouse, Einat, Adi Amram et Ortal Panehla le 20 août, 2015. (Crédit : Cnaan Liphshiz / JTA)
De gauche à droite, Liad Shemesh, un touriste israélien, à l'extérieur de la Grande Synagogue de Tbilissi avec son épouse, Einat, Adi Amram et Ortal Panehla le 20 août, 2015. (Crédit : Cnaan Liphshiz / JTA)

TBILISI, Georgie (JTA) — Le rabbin Rakhmim Murdukhashvili pensait à la synagogue remplie comme un souvenir lointain d’enfance.

En 1979, l’année de sa naissance, la population de Géorgie était de plus de 28 000 habitants. Mais depuis lors, la population a diminué jusqu’à 4 000 alors que la République a dû faire face à une guerre et à de l’instabilité dans le sillage de l’effondrement de l’Union soviétique.

La communauté juive de Géorgie remonte au moins à 1 500 ans, et sa trajectoire est emblématique d’un déclin ces dernières décennies puisque la chute du communisme a reconfiguré les anciennes communautés juives à travers la région du Caucase, y compris les Juifs de montagne d’Azerbaïdjan et du Dagestan, et les Juifs Bukharan d’Ouzbekistan et du Tadjikistan.

Mais depuis 2009, une poussée dans le tourisme israélien a donné un nouveau souffle à la communauté juive de cette république montagneuse connue pour ses paysages époustouflants, son peuple sympathique et ses boulettes géantes de viande comme les khinkali.

« Certains vendredis soir, je ferme les yeux et j’écoute le bruit des 80 Juifs qui chantent dans ma synagogue, parfois, je me souviens seulement lorsque mon père me conduisait à la shoul [synagogue], a déclaré Murdukhashvili, chef spirituel de la Grande Synagogue de Tbilisi et sacrificateur rituel juif, ou shokhet. Ils chantent dans le style marocain, pas géorgien. Mais peu importe ! Avant qu’ils n’arrivent, la seule fois où la synagogue était remplie, c’était pour Yom Kippour ».

Le rabbin Meir Kozlovsky, l’émissaire local Chabad, a déclaré que les Israéliens « ont découvert la Géorgie » comme une alternative à la Turquie, où le tourisme israélien a chuté par deux au cours des six dernières années à la suite de la détérioration des relations entre les deux pays.

Environ 60 000 Israéliens visitent actuellement la Géorgie chaque année, selon le ministère du Tourisme d’Israël, soit presque trois fois plus que les chiffres de 2010.

Le tourisme israélien a entraîné l’ouverture d’au moins trois restaurants casher et de plusieurs auberges de jeunesse dans la seule capitale. Cela a aussi impliqué que les deux synagogues de Tbilisi, principalement fréquentées, depuis longtemps, par des hommes âgés, sont en effervescence avec la présence des Israéliens affluant quotidiennement.

Certains viennent seulement pour faire un tour et prendre une photo, mais des dizaines viennent pour la prière du soir, lorsque les rangées arrière de la synagogue sont remplies par des jeunes hommes en chemin vers un trek en montagne ou de retour d’un trek.

« Je peux compter sur les 10 doigts de la main le nombre de fois que nous avons dû ouvrir l’étage du haut », a déclaré Murdukhashvili, ajoutant que depuis l’arrivée des Israéliens, la synagogue d’en haut est ouverte chaque Rosh Hashana pour accueillir l’afflux.

Sentant le potentiel financier de l’arrivée des nouveaux visiteurs, la communauté juive de Tbilisi a rapidement créé un restaurant casher, King David, dans la cour de la synagogue, qui dispose aussi d’un kiosque et d’un magasin de souvenirs.

Dans le même temps, des entrepreneurs juifs locaux se préparent à ouvrir un magasin de nourriture casher, où les campeurs pourront faire leur provision de nourriture casher et de snacks israéliens à emporter sur une montagne de treks.

La Géorgie est « proche et bon marché comme la Turquie, mais sans l’antisémitisme », a déclaré Liad Shemesh, un touriste israélien dans la trentaine.

« Je n’ai pas vraiment envie de contribuer à l’économie turque actuellement ».

Nanuli Janashvili, à gauche, au restaurant casher Jérusalem à Tbilissi, en Géorgie, avec le chef Eto Urusadze, au centre, et un chef de khinkali, le 20 août, 2015. (Crédit : Cnaan Liphshiz / JTA)
Nanuli Janashvili, à gauche, au restaurant casher Jérusalem à Tbilissi, en Géorgie, avec le chef Eto Urusadze, au centre, et un chef de khinkali, le 20 août, 2015. (Crédit : Cnaan Liphshiz / JTA)

Ortal Panehla, qui vient de la banlieue de Tel Aviv de Shaarei Tikvah, a expliqué qu’elle n’a pas voyagé vers la Géorgie pour protester contre le Turquie mais parce le pays est beau et exotique.

« On ne peut pas vraiment comparer des vacances en Turquie dans une station balnéaire ou une piscine avec un voyage de randonnée en Géorgie, a-t-elle déclaré. Ce sont vraiment deux expériences différentes ».

Avec les touristes, certains Israéliens avec des descendants géorgiens sont retournés de manière permanente dans leur pays d’origine pour profiter de la clientèle qu’ils connaissent si bien. Etty Kricheli et son mari, Jacob, qui ont immigré en Israël dans les année 1970, sont rentrés récemment et ont ouvert l’année dernière Restaurant Jérusalem au centre de Tbilisi, où ils servent des plats géorgiens traditionnels comme du ragout de bœuf avec une sauce aux noisettes et des variantes casher du khinkali.

Ils ont même embauché un chef professionnel, qui explique parfois aux clients comment consommer le khinkali : en utilisant la main droite, prendre la boulette par le sommet ramolli, qui n’est pas à manger mais sert seulement de poignée.

La supervison casher au Restaurant Jérusalem qui est généralement plein avec sa capacité de 30 couverts, est réalisée par Nanuli Janashvili, une femme géorgienne juive dans la cinquantaine.

Janashvili a déclaré qu’elle appartient à une communauté traditionnelle dans laquelle il n’a été acceptable pour les femmes de travailler que depuis peu. Restaurant Jérusalem, a-t-elle déclaré, est son premier véritable travail.

Le gouvernement géorgien a également servi de force modernisatrice pour la communauté juive. Le Premier ministre Irakli Garibashvili a participé le mois dernier à une cérémonie célébrant le 120e anniversaire de la synagogue à Oni, à 190 kilomètres au nord-ouest de Tbilisi.

Garibashvili, dont le gouvernement a fourni une partie du financement pour les rénovations des synagogues d’Oni et de Tbilisi, qualifiant la Géorgie du « second foyer du peuple juif ».

Mais Micho Benzion, connu comme étant l’unique autre sacrificateur rituel du pays, n’est pas sûr que les Juifs géorgiens seront capables de survivre. Oni disposait avant d’une communauté juive florissante, a déclaré Benzion, mais il ne reste que 16 Juifs. Pour prier, les femmes doivent fournir un minyan, un quorum de prière, une pratique généralement interdite par la loi orthodoxe juive.

« C’est triste, mais je ne suis pas sûr de ce qu’il adviendra de cette communauté, avec ou sans les touristes israéliens », a déclaré Benzion.

Benzion, âgé de 42 ans, célibataire sans enfants, dit qu’il reste en Géorgie pour le moment.

« Il est peut-être temps que, moi aussi, j’aille en Israël pour trouver une femme et m’installer », a-t-il déclaré.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...