Des patients défavorisés israéliens saluent les visites d’étudiants en médecine
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Des patients défavorisés israéliens saluent les visites d’étudiants en médecine

Le programme obligatoire de l'université de Bar-Ilan ETGAR offre une formation sur la manière de fournir des soins de santé parmi des milieux socio-culturels divers

Illustration : Une femme tenant la main d'une femme âgée sur le lit. (Crédit :Pablo_K; iStock by Getty Images)
Illustration : Une femme tenant la main d'une femme âgée sur le lit. (Crédit :Pablo_K; iStock by Getty Images)

Un programme – « le premier en son genre » – développé par l’université Bar-Ilan et qui envoie des étudiants en médecine contrôler des patients chez eux alors qu’ils viennent de sortir de l’hôpital montre « une amélioration significative » dans le bien-être des malades et un risque réduit, sans doute, d’une répétition de l’hospitalisation, selon une étude qui a évalué l’impact du programme.

La nouvelle recherche sur le projet ETGAR, développé par la faculté de médecine Azrieli de Bar-Ilan et qui est en place depuis 2015, montre que le programme, s’il bénéficie aux patients, forme également les futurs praticiens sur la meilleure manière de prendre en charge les secteurs les plus défavorisés de la société.

Trop souvent, les patients sont confrontés à des problèmes après un séjour à l’hôpital, surtout lorsqu’ils sont pauvres, isolés, comprennent peu l’hébreu.

« L’un des plus grands défis que doit relever le secteur de la santé, c’est celui des inégalités – des gens issus de milieux différents présentent des taux différents de maladie, avec une gravité des pathologies qui diffère : ce qui est dû, très largement, à des facteurs socio-culturels », explique la professeure Mary Rudolf, qui a développé le programme, lors d’un entretien téléphonique.

Photo d’illustration – Des infirmières s’occupent d’un patient dans une unité de soins intensifs (Crédit : Getty Images)

Bien souvent, ce n’est « pas la génétique » qui est à l’origine de la maladie, a-t-elle dit. « Ce sont les antécédents sociaux et culturels qui déterminent s’ils tombent malades et quelle est l’évolution de la maladie ».

Dans des pathologies comme le diabète et les maladies du cœur, par exemple, la pauvreté est « particulièrement » un facteur, dit-elle. Et le monde des professionnels de la santé tente donc de déterminer comment travailler dans des cultures différentes pour réduire les inégalités existantes. La recherche médicale – et notamment celle de Sir Michael Marmot, professeur d’épidémiologie et de santé publique à l’University College de Londres, qui étudie depuis plus de 35 ans les inégalités dans la santé au Royaume-Uni et dans le monde entier – souligne le fait que les travailleurs du secteur doivent avoir les compétences nécessaires pour offrir aux individus issus de milieux différents les soins adaptés à leurs besoins spécifiques.

En termes de santé, « il n’y a pas de taille unique pour tous », note Rudolf. Les soins doivent, au contraire, être personnalisés.

Et ainsi, ETGAR vise à former les étudiants en médecine pour qu’ils soient en capacité de « travailler avec les différentes communautés et offrir des soins de santé particuliers aux individus de tous les milieux, issus de différentes cultures et pour qu’ils ouvrent les yeux sur la manière dont l’origine sociale des malades peut avoir de l’importance sur la façon dont ils prennent en charge leur maladie », continue-t-elle.

« Quand vous découvrez des patients dans un hôpital, allongés entre des draps propres dans un lit, on a une perception très différente de l’identité de la personne et de sa vie », a-t-elle ajouté.

ETGAR a été créé pour aider les malades à connaître une transition la plus douce possible après leur départ de l’hôpital. Le programme forme les étudiants en médecine pour qu’ils réalisent des visites de suivi à domicile lorsque le personnel hospitalier juge de leur nécessité, afin de s’assurer que les patients prennent bien leurs médicaments et suivent les instructions qui ont été données. Ils constatent également comment les malades vivent en général et ils déterminent s’il faut les mettre en contact avec les services sociaux.

La professeure Mary Rudolf et son petit-enfant à Tel Aviv, le 30 juillet 2019 (Crédit : Shoshanna Solomon/Times of Israel)

Rudolf, immigrante à la voix douce originaire du Royaume-Uni, est à la tête du département de la Santé publique à la faculté de médecine Azrieli, au sein de l’université Bar-Ilan de Safed, dans le nord d’Israël. L’université lui avait demandé de figurer parmi les membres fondateurs de l’école de médecine et elle avait accepté – quittant la ville de Leeds en 2011. Elle est aussi à l’origine du programme HENRY, qui cherche à réduire la tendance croissante à l’obésité des enfants dans le monde entier.

Un an après l’introduction d’ETGAR, qui a été développé par Rudolf, par le docteur Sivan Spitzer-Shohat et par Doron Sagi, tous issus du département de la Santé de la population, ce dernier est entré comme composante obligatoire du programme de médecine.

Cinq hôpitaux de Galilée – à Safed, Nahariya et Poria, et deux autres à Nazareth – sont impliqués dans le programme. ETGAR, qui veut dire « défi, challenge » en hébreu, est également l’acronyme, dans la même langue, pour alphabétisation de santé, soutien et passerelle entre la médecine et la communauté. Les étudiants donnent aux patients une décharge simplifiée et personnalisée, traduite si nécessaire en arabe, en russe ou en anglais. Ils lisent la lettre avec le malade et vérifient les médicaments.

L’étude, qui a impliqué plus de 1 000 patients et 300 étudiants en médecine ayant pris part à ETGAR, a révélé que la compréhension des malades de leur état médical et de leurs médicaments s’était améliorée. Ils ont déclaré par ailleurs que la présence des étudiants avait rendu leur transition à domicile très différente.

« Les patients eux-mêmes apprécient beaucoup ce service », dit Rudolf. « Ils évoquent la manière dont les étudiants se montrent extrêmement attentifs à eux, les écoutent très bien. Ils ont le sentiment que ce service devrait être très largement assuré ».

Le programme a également un impact sur les étudiants, montre l’étude. « Les compétences des élèves dans la communication avec les malades augmentent, qu’il s’agisse de la communication écrite ou orale, et ils se montrent bien plus sensibles aux facteurs sociaux qui influencent la santé. Ils sont plus confiants, plus sensibles aux différentes origines culturelles », explique Rudolf.

Illustration : Une femme tenant la main d’une femme âgée sur le lit. (Crédit :Pablo_K; iStock by Getty Images)

Le mari de l’une des patientes ayant participé à l’étude explique que le suivi a été utile, son épouse ayant le sentiment que quelqu’un « s’occupait et se préoccupait d’elle, l’aidant à gérer la douleur, la soutenant, l’aidant à mieux comprendre ce dont elle souffrait, lui expliquant la lettre de décharge ».

Pour les étudiants, eux aussi, le programme est bénéfique, révèle l’étude. Une analyse en profondeur des lettres de décharge et les visites à domicile ont montré que leur sensibilisation aux influences sociales sur la santé et que leurs capacités de communication s’étaient améliorées.

Comme le déclare un étudiant dans un entretien de suivi : « Le projet m’a ouvert à un nouveau monde de soins médicaux, au-delà du traitement seul ».

L’étudiant a précisé que souvent les patients « perdaient leur volonté d’investir en eux-mêmes », mais montraient plus d’intérêt après les visites. « Peut-être ai-je réussi à leur donner un autre petit coup de pouce de motivation », a écrit l’étudiant.

Le chef de la médecine interne d’un hôpital s’est fait l’écho de ces opinions, selon l’étude. « La plupart des patients ne comprennent pas la lettre de sortie ; une visite à domicile permet de s’assurer que le patient comprend et il y a aussi une coopération accrue avec le médecin de famille », a déclaré le chef de la médecine interne dans l’étude. « Le lien interpersonnel permet aux élèves de s’engager émotionnellement, et donne au patient le sentiment que quelqu’un s’occupe de lui – réduit la peur, explique le traitement et aide même à réduire les ré-hospitalisations ».

Les chercheurs tentent toujours de déterminer si ETGAR aide les patients à éviter les rechutes et à revenir rapidement à l’hôpital. Les travaux préliminaires sur les chiffres semblent « prometteurs », a déclaré Rudolph, « mais nous n’avons pas encore les résultats. »

Tous les étudiants en médecine à Bar-Ilan sont aujourd’hui tenus de participer à ETGAR pendant leurs années de stage clinique et peuvent recevoir des bourses, financées par le Conseil israélien de l’enseignement supérieur, pour visiter des patients supplémentaires.

Le programme ETGAR est différent des autres programmes des écoles de médecine du monde entier, a dit Rudolf. « Les facultés de médecine du monde entier se rendent compte que cette question de la façon dont les facteurs sociaux affectent la santé est terriblement importante, alors elles essaient de l’enseigner aux étudiants. Mais, dans l’ensemble, elles le font théoriquement en classe comme une sorte d’exercice ponctuel ».

La particularité d’ETGAR, a-t-elle dit, est que les étudiants se rendent au domicile des patients et s’assurent qu’après leur sortie de l’hôpital, les patients comprennent leur état et prennent leurs médicaments comme il se doit. « Les étudiants ont une véritable responsabilité », a-t-elle ajouté, ce qui accroît leur expérience et leur sensibilisation.

Il est encore « tôt » pour savoir si ETGAR va s’étendre à d’autres centres médicaux, a déclaré Rudolf. Les chercheurs ont présenté leurs conclusions dans quelques conférences et espèrent les présenter lors d’une grande conférence sur l’enseignement médical en Israël en février.

« Les autres facultés de médecine s’intéressent beaucoup à la question, mais il est très important d’introduire un nouveau cours dans le programme d’études médicales », a-t-elle dit. La publication des résultats de l’étude ETGAR – les chercheurs sont sur le point de soumettre deux articles pour publication – devrait montrer au public à quel point le programme est bénéfique et inciter d’autres centres médicaux à suivre le mouvement, a-t-elle conclu.

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